«Il est temps pour la République de faire renaître ce qu’elle a laissé mourir »

Le président Macron aux Mureaux semble avoir tout fait tout pour éviter la stigmatisation dans sa visite aux Mureaux. Mais la préparation du projet de loi contre les "séparatismes" exacerbera nécessairement le débat public et menace de passer à côté – comme c'est déjà le cas dans le discours initial – des véritables besoins d'émancipation de nos quartiers.

Ce vendredi matin, le président Macron s’est exprimé depuis les Mureaux (Yvelines) pour présenter les grandes orientations du projet de loi contre les "séparatismes", qui sera soumis au conseil des ministres le 9 décembre 2020. Je salue la mesure de ce discours, dans lequel le président a pris soin de ne pas tomber dans des amalgames associant musulman.e.s et islamisme radical. Je salue aussi le fait qu’il ait mis l’accent sur les initiatives locales qui œuvrent au vivre-ensemble, notamment celles portées par les élu.e.s et le tissu associatif (culturel, sportif, éducatif) des Mureaux pour éviter de stigmatiser les quartiers populaires. Nos territoires portent en effet en eux les solutions pour contrer le repli sur soi, si tant est qu’on veuille bien leur prêter main forte financièrement, agir à la hauteur des enjeux sociaux, culturels, économiques et écologiques et leur faire confiance.

Je défends depuis longtemps certaines des mesures annoncées par le président. Oui, il est absolument nécessaire de lutter contrer l’influence des prédicateurs radicaux, des financements étrangers et intéressant de demander au Conseil Francais du Culte Musulman d’encadrer et de labelliser la formation des imams en France. Oui, le projet de financer via la Fondation de l’islam de France davantage de recherches en matière de culture, d’histoire et de sciences est également une bonne réponse aux discours de haine anti-musulmans qui se  multiplient dans l’espace public – même si c’est bien loin de suffire face à l’islamophobie galopante contre laquelle j’aurais souhaité entendre davantage de propositions. 

Enfin, face aux écoles illégales, aux manquements à la neutralité dans les services publics, il est logique et salutaire d’agir, sans tomber là encore dans l’excès, et en garantissant l’égalité, la qualité des services publics pour tous, la promotion du vivre-ensemble. 

C’est sur ces derniers points que notre vigilance doit être grande. Sur le fait, par exemple, que ces mesures s’appliquent à toutes les communautés, et non uniquement à celle qui a – seule – fait l’objet des propos de ce vendredi. A l’issue de ce discours, je m’interroge sur les mesures concrètes qui déboucheront des annonces et de cette promesse d’équilibre. Je ne suis pas dupe sur le fait que la lutte contre "ceux qui veulent nous séparer" peut aussi être instrumentalisée pour créer un système arbitraire de subventions répondant à des critères politiques, au sein des écoles, pour les associations, ce qui serait contradictoire avec la défense des principes républicains. J’analyserai avec attention la proposition de loi et chacun de ses amendements.

Enfin, si le constat prend en compte ce que le président a nommé le “terreau” des replis identitaires, force est de constater que les actes ne sont pas au rendez-vous sur ce point pourtant essentiel.

Il y a urgence à traiter les plaies et maladies plus profondes que sont cette ghettoïsation de certains quartiers délaissés par la République, les difficultés économiques et sociales, les situations d’enclavement, d’explosion des prix du logement, de reculs des services publics, d’affaiblissement des associations locales.

Il est selon moi bien dommage d’être venu aux Mureaux pour faire mine de valoriser cette ville, sans pour autant reproduire les modèles qui existent déjà et qui fonctionnent et donc d’alimenter les outils locaux qui permettent de lutter au quotidien et de favoriser le vivre-ensemble dans les centres sociaux, les écoles, les associations de quartier...

S’il faut, selon les mots du président, “reconquérir ce que la République a laissé faire” et faire obstruction au repli identitaire, il serait surtout nécessaire de faire renaître ce que la République a laissé mourir dans ces quartiers. Mais cela demande sans doute bien plus de courage.

 

Mounir SATOURI

Ancien conseiller municipal des Mureaux

Député européen EELV - Greens/EFA

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