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Billet de blog 19 avr. 2019

Urgence Climatique

Jouer la carte de l’immobilisme n’est plus possible. Les Régions doivent engager clairement la transition écologique.

m satouri
Député européen (EELV), membre des Commissions Emploi et affaires sociales, Affaires Etrangères, et des sous-commissions Défense et Droits humains
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Pendant que les marches pour le climat s’étoffent, les messages politiques se précisent. Plus personne ne croit qu’il suffit d’éteindre les lumières ou de fermer son robinet pour être à la hauteur des défis climatiques. Les citoyennes et les citoyens ont bien compris que pour ne pas changer le climat, il faut changer le système. D’autres manifestant.e.s l’ont bien compris aussi : ce n’est pas aux populations rurales ou périurbaines, victimes de l’abandon du rail et dépendantes de leur voiture de régler la facture laissée par des décennies de gabegie énergétique.

Plus que jamais, le climat est aujourd’hui au cœur de l’actualité politique et sociale. A l’échelle des communes, des régions, à l’échelle nationale et même dans plusieurs capitales européennes, la prise de conscience est là : la crise climatique aura des conséquences directes sur nos modes de vie. Au-delà des évolutions climatiques, des vagues de canicules, du niveau de la mer, chacun sait aujourd’hui que les enjeux climatiques sont aussi ceux du transport, du logement, de la santé, de l’emploi et même de l’eau et de l’alimentation.

Pour le groupe Alternative Écologiste et sociale, l’Île-de-France – peut-être plus qu’une autre région encore du fait de la densité de population et du niveau d’urbanisation – , a une responsabilité majeure. Dans une région concentrant flux et richesses, mais aussi tonnages de marchandises et de déchets qui en découlent, le défi est grand. Mais l’Île-de-France dispose aussi d’une marge de manœuvre plus importante pour diminuer drastiquement les émissions de gaz à effet de serre émis par la France. À cette Région d’assumer sa responsabilité historique, telle que définie par les traités internationaux dans le phénomène de réchauffement global pour prendre toute sa part dans la répartition des efforts. La région Île-de-France peut et doit être un acteur-clef de politiques post-carbone efficaces.

La région Île-de-France n’affiche aujourd’hui que 2,2 % de son budget dédié à la transition écologique… une peccadille face aux enjeux. Quand on y regarde de plus près, les 32 millions destinés à l’aménagement de quartiers écologiques et innovants s’avèrent financer des parkings plutôt que des jardins partagés, et les 26,5 millions d’euros prévus pour les énergies renouvelables ont servi à 97%, en 2017, à enfouir des lignes à haute tension1La compréhension des enjeux de la COP 21 reste donc bien limitée à la nécessité de paraître “green” plutôt que d’agir “green”...

Nous avons récemment proposé sans succès à Madame Pécresse d’adopter en conseil régional un vœu qui entraine la région dans une logique nouvelle : engager une COP régionale qui dépasse le déclaratif pour participer avec les associations, les collectivités locales, les syndicats, à l’élaboration des politiques correctrices nécessaires. Comment ?
en mettant fin aux investissements carbonés et au financement des projets, banques ou entreprises climaticides, plutôt qu’en soutenant les projets de Terminal 4 ou d’Europacity ou de Safran...
en aidant la restriction des émission de gaz à effet de serre : rénovation des bâtiments, lutte contre l’artificialisation des sols, extension des forêts et autres espaces végétalisés, transition agricole, plutôt qu’en supprimant les politiques d’installation des agriculteurs bio ou qu’en créant artificiellement des espaces verts sur la base d’espaces naturels existants pour gonfler les chiffres…
en mettant l’accent sur la relocalisation et l’adaptabilité de notre région, en améliorant l’autosuffisance en énergies et en alimentation tout en favorisant le “près-de-chez-soi”, plutôt qu’en favorisant les grands pôles comme Saclay, les grandes entreprises, les grands agriculteurs...

Avec 20 ans de retard la droite francilienne de Valérie Pécresse ne réussit qu’à peindre en vert son “business as usual”. Les ONG, le GIEC et les lycéen.ne.s qui défilent sous ses vitres lui disent pourtant clairement : le monde politique et les collectivités locales doivent cesser de tergiverser et agir urgemment.

Les Francilien.ne.s sont fatigué.e.s de dépendre des infrastructures de transport, des ressources alimentaires ou de l’énergie importées. Pour faire face aux chocs qu’impliquent les dérèglements climatiques ils ont besoin d’organiser la résilience. Ils ont besoin de renforcer les réseaux matériels par des réseaux humains, de solidarité et d’empathie. Ils ont besoin de renouer avec un environnement qui ne peut pas être que minéral. Ils ont besoin – encore une fois – de changer le système depuis sa source, depuis le haut, et que nos responsables politiques ne soient pas en attente du bon vouloir de chaque individu mais pro-actifs et concrets.

Face aux défis que nos générations doivent relever, personne n’a de solution magique, mais, citoyen.ne.s, pouvoirs publics, capitaux privés … tout peut et doit être mobilisé.

Au Conseil Régional comme partout ailleurs, les responsables politiques sont sensé.e.s représenter les citoyen.ne.s et ont pour mission de relayer leurs demandes, de répondre à leurs attentes. Les élu.e.s ont besoin, eux, de mouvements citoyens pour stimuler et contrôler leur action. Les actions de désobéissance civile qui se déroulent ce vendredi 19 avril 2019, comme les grèves et manifestations des lycéen.ne.s les vendredis précédents sont un appel supplémentaire, en écho aux demandes de notre groupe. Il n’est plus temps, plus raisonnable de faire la sourde oreille.

1 sur les 26,5 millions prévus pour les ENR, 97% ont servi à l’enfouissement de lignes à très haute tension. Ce sera également le cas dans les annonces du budget 2019.

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