Valérie Pécresse donne 1 M€ de subvention à une filiale de SAFRAN, sans contrepartie

Mon appel à l'esprit de responsabilité de Monsieur Petitcolin, Directeur Général du groupe SAFRAN.

Lors de la dernière commission permanente du Conseil Régional d'Île-de-France, Mme Pécresse a décidé d'attribuer, sans aucune contrepartie, une subvention d'un million d'euros pour un projet de développement aéronautique d'une filiale du groupe SAFRAN. Le groupe Alternative Écologiste et Sociale s'est opposé à cette subvention et a demandé des garanties sur l'utilisation des fonds publics.

N'ayant pu obtenir de réponse cohérente de la part de l'exécutif régional, voici une lettre ouverte que j'ai décidé d'envoyer à M. Petitcolin, directeur général du groupe SAFRAN.


Monsieur le Directeur Général,

Par la présente lettre, je souhaite attirer votre attention sur la caractère excessif de la subvention que votre groupe SAFRAN a obtenue auprès de la région Île-de-France une subvention de 1 millions d’euros pour sa filiale SAFRAN LANDING SYSTEMS alors qu’il a distribué plus de 710 millions d’euros à ses actionnaires en 2018.

Cette somme d’un million d’euros allouée par Valérie Pécresse à SAFRAN LANDING SYSTEMS le 24 janvier 2019 est doublement choquante parce qu’elle représente à peine 0,14% des dividendes reversés aux actionnaires de SAFRAN d’une part, et d’autre part, elle est fondée sur une simple promesse de création de 60 emplois, sans garantie et sans contrôle, a posteriori.

Je ne nie pas la légitimité de votre entreprise à solliciter des subventions auprès des collectivités territoriales. Je déplore toutefois que l’exécutif de Mme Pécresse mette en place des dispositifs qui, de toute évidence, ne sont encadrés par aucun critère d’attribution. Et c’est sur ce point que l’ensemble des élu-es du groupe que je préside a été indigné.

Valérie Pécresse, dès son arrivée à la tête de la région, a supprimé le dispositif “emploi-tremplin” qui subventionnait à hauteur de 15 000 euros par emploi les entreprises de l’économie sociale et solidaire ou les associations. Avec 1 million d’euros, il est possible, avec certitude, de remettre dans l’emploi 67 personnes. Pour mémoire, en 2015, 3850 salarié-es travaillaient encore en emploi-tremplin dans une entreprise de l’ESS francilienne - qui elles, rappelons-le, étaient soumises à des critères de réalisation d’objectifs bien plus drastiques.

Lors des débats, l'exécutif régional a argumenté son choix – non soumis à la délibération d’un jury – de subventionner SAFRAN sur les enjeux de création d’emploi et d’un risque de délocalisation. Il expliquait qu’il existe une compétition entre les régions et que si l’Île-de-France ne leur distribue pas d’argent, elles prendront la décision de se délocaliser. C’est dans ce contexte que nous constatons, à regrets, que des politiques ploient sous le joug et les menaces de certains acteurs économiques. Ce renoncement en dit long sur l’état réel de l’indépendance des pouvoirs publics face au pouvoir économique.

Je n’étais pas présent lors de l’entrevue entre les responsables de votre entreprise et les représentant-es de Mme Pécresse et j'espère sincèrement que le chantage décrit plus haut n’a pas été au centre des discussions.

Nous tenions à vous en informer : les débats au sein de la Commission Permanente du conseil régional du 24 janvier 2019, ont permis aux élu-es de notre groupe de rappeler leur attachement aux services publics et au développement économique pourvu qu’il réponde à des objectifs d’excellence sociale et environnementale. Nous soutenons que la France, à travers l’animation des régions, aurait tout à gagner à harmoniser ses règles d’aides au secteur  économique afin d’être plus forte et résiliente face aux prédations de certains acteurs du secteur privé. En ce sens, il nous paraît irresponsable de poursuivre la logique de compétition entre les territoires sans la transformer en coopération.

Je me plais à croire que c’est l’un des objectifs d’entreprises privées, telles que la vôtre, que de travailler pour le bien du pays dans lequel elles résident. Continuer à poursuivre comme unique objectif le profit des actionnaires par le reversement de dividendes ne peut que maintenir notre monde dans une trajectoire délétère. Il est temps de prendre la décision de sortir de la voie qui, depuis des décennies, nous enfonce dans les catastrophes sociales et environnementales.

Aussi Monsieur Petitcolin, puisque vous avez eu la chance de faire bénéficier votre entreprise d’un million d’euros d’argent public et dans un esprit de responsabilité, je vous demande de bien vouloir renoncer aux sommes qui ont été débloquées par Valérie Pécresse si, dans les 3 années qui viennent, les promesses d’emploi et développement responsable autour du projet de votre filiale venaient à ne pas se réaliser. Nous vous encourageons dans une telle démarche, car elle permettrait de démontrer une forme d’éthique, d’exemplarité et de respect du service public et des citoyen-nes qui ont participé au financement de vos activités.

Dans l’attente de votre réponse, veuillez recevoir, Monsieur le Directeur Général, l’expression de mes meilleures salutations.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.