Avant de devenir le Commissaire Européen hongrois en 2019, Oliver Varhelyi était le chef de la représentation de son pays auprès des institutions européennes. Une enquête publiée conjointement par plusieurs journaux européens début octobre vient de révéler que durant cette période, le gouvernement hongrois a fait espionner les institutions européennes, depuis la représentation de Hongrie qu’il dirigeait, en essayant de recruter des espions au sein de la Commission. Suite à ces révélations, les appels à la démission ou à la destitution d’Oliver Varhelyi se sont relancés et le groupe des Verts a relayé cette exigence au Parlement Européen.
Au-delà de cette affaire, Oliver Varhelyi aurait déjà dû être destitué depuis bien longtemps. Sous le mandat précédent, il avait été désigné Commissaire en charge de la politique du voisinage. Depuis 2019, il avait été très actif sur la zone du Proche-Orient et ne se cachait pas de sa proximité avec le gouvernement israélien. Il avait constamment cherché à saboter la politique européenne de soutien à l’Autorité palestinienne et à couper les vivres à l'UNRWA et à toutes les actions menées par l’UE pour venir en aide aux Palestiniens victimes de l’occupation illégale israélienne, en contradiction avec la politique définie par le Conseil et le Haut représentant de l’Union pour les Affaires extérieures. Il a cependant bénéficié d’un soutien de poids : celui de la présidente Ursula von der Leyen.
Après le 7 octobre 2023, il avait même décidé seul, via un simple tweet et de façon totalement illégale, de suspendre toute l’aide versée par l’Union Européenne à l’Autorité palestinienne, causant ainsi un dommage considérable à l’image de l’Europe dans le monde. Deux jours plus tard, cette décision que j’ai dénoncée comme étant une “faute politique et institutionnelle” avait certes été heureusement annulée. Mais le mal était largement fait dans l’opinion publique mondiale. Et malgré ce manquement gravissime à toutes les règles européennes, il n’avait été ni démis de ses fonctions malgré nos appels, ni même publiquement désavoué pour son acte.
Pendant tout le reste du mandat 2019-2024, la Présidente de la Commission a continué à appuyer avec constance Oliver Varhelyi et ses prises de position intempestives, obligeant le HRVP Josep Borrell à un constant rééquilibrage de la position européenne vis-à-vis du conflit à Gaza au vu des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis par l’armée israélienne. Il avait par ailleurs soutenu des accords financiers manifestement illégaux, conclus avec la Tunisie ou l’Egypte.
Pour le mandat en cours, Oliver Varhelyi a certes été exfiltré de ce poste stratégique mais la présidente de la Commission a de nouveau accepté sa nomination par le gouvernement hongrois. Elle lui a délégué le domaine de la santé et du bien-être animal ce qui, au passage, montre son peu d’engagement sur le sujet...
Malheureusement, le parcours de ce personnage au sein de la Commission illustre parfaitement la connivence croissante qu’on observe ces dernières années à Bruxelles entre le PPE et l’extrême droite, au-delà des grandes déclarations creuses sur la défense de la démocratie. Il illustre les atermoiements d’une Europe qui ne prend pas les mesures nécessaires pour se protéger contre la montée de l’extrême-droite, de ses idées et de ses méfaits.
Aujourd’hui, après les révélations concernant les activités d’espionnage de l’UE , la présidente de la Commission ne peut plus continuer à fermer les yeux : Oliver Varhelyi doit d’urgence être démis de ses fonctions.
Au-delà du cas personnel Varhelyi, il est urgent d’enclencher la procédure “article 7” visant à priver la Hongrie de Viktor Orban de son droit de vote au Conseil, l’institution qui représente les 27 gouvernements européens, tant pour sa collusion avec la Russie que pour les manquements au respect des valeurs démocratiques de l’Union. Viktor Orban et ses sbires ont déjà causé beaucoup trop de tort à l’Union Européenne.