M Tessier
Лентяй (fainéant), бывший неудачник (ex- loser), негодяй (vaurien), самозванец (imposteur), лицемер (hypocrite), категоричный (péremptoire), retraité sans gloire, probable escroc, possible usurpateur, politiquement suspect, traducteur très amateur de littérature russe.
Abonné·e de Mediapart

307 Billets

0 Édition

Billet de blog 1 avr. 2016

M Tessier
Лентяй (fainéant), бывший неудачник (ex- loser), негодяй (vaurien), самозванец (imposteur), лицемер (hypocrite), категоричный (péremptoire), retraité sans gloire, probable escroc, possible usurpateur, politiquement suspect, traducteur très amateur de littérature russe.
Abonné·e de Mediapart

Le gage d'amour ( Mikhail Boulgakov, début 1925 )

Dédié aux indignés de la Place de la République, ainsi qu'à un lecteur m'ayant gentiment proposé des corrections pour "La steppe".

M Tessier
Лентяй (fainéant), бывший неудачник (ex- loser), негодяй (vaurien), самозванец (imposteur), лицемер (hypocrite), категоричный (péremptoire), retraité sans gloire, probable escroc, possible usurpateur, politiquement suspect, traducteur très amateur de littérature russe.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le gage d'amour 

( Récit d'une idylle )   

Au début des années vingt, Mikhail Boulgakov a déjà abandonné la médecine pour se consacrer à la littérature. Il fait paraître en feuilleton dans les journaux de courtes histoires rappelant les nouvelles humoristiques de Mikhail Zochtchenko, qui datent de la même époque.

Cette histoire se passe en URSS, pendant la NEP.

I. Les ombres sous la lune  

Le silence régnait dans la gare. Même l’infatigable locomotive de manoeuvre avait cessé de vociférer et s’était assoupie sur une voie. Avec un sourire radieux, la lune s’était montrée au-dessus de la forêt, inondant tout d’une lumière verdâtre surnaturelle. L’odeur des acacias montait à la tête, on entendait un rossignol désoeuvré siffloter...Et ainsi de suite.

A l’ombre remplie d’arabesques des buissons, deux ombres se serraient l’une contre l’autre et l’on voyait parfois briller des boutons d’uniforme ferroviaire.

— Tu me racontes des bobards, mon salaud, - chuchota une voix de femme. Tu joues avec moi, tu me jetteras ensuite. 

— Tu n’as pas honte, Maroussia* ? - chuchotait en réponse une voix enrouée, tremblante et comme offensée. - Alors, d’après toi, je suis capable d’une telle saloperie ? Vois-tu, Mania*, je me tirerais une balle dans la tête, plutôt que de tromper une femme !

— Une balle dans la tête, mon oeil, - reprit la voix féminine, tout émue. - Qu’attendre de ta part ? A peine ton plaisir pris, tu fileras par le premier train, bonsoir la compagnie. Arrière, bonhomme !

«Ils s’embrassent, ces cochons-là, - pensa, mélancolique, le chef de gare, un vieux garçon, assis à son balcon, - avec une lune pareille, c’est comme de s’embrasser avec un fanal à la main».

— On les connait, les gars comme toi, - murmurait l’une des ombres, tout en repoussant l’autre. Ça pousse sa chanson, et ensuite c’est moi qui serai bonne pour sangloter avec un petit enfant et essuyer ses larmes.

— Tu n’auras pas à sangloter, Manioucha*. C’est moi qui essuierai les larmes du gamin, si c’est comme ça. Chez nous, il n’aura même pas le temps de se mettre à pleurer, que je l'embrasserai dans le cou Je te donnerai trois ou quatre tchervonetz** pour lui.

— Quel numéro, je crois rêver, - nasilla le chef de gare, abandonnant son balcon.

— Bref, fiche-moi le camp.

— Donne un peu tes lèvres.

— Va te faire...Et recule, hein. Il s’enroule comme un démon.

«En voilà, une nana intraitable, - pensa l’ombre aux boutons luisants. - Mais je t’aurai ! En voilà une garce ! Tiens, il me vient une idée...C’est que j’ai une cervelle d’or, moi...»

— Tu sais quoi, Maroussia, écoute un peu. Puisque tu ne me crois pas, je vais te donner un gage.

— Va-t’en, avec ton gage, fiche-moi la paix !

— Pas si vite, Maroussia. Attends de voir ce que je vais te donner. Tout en chuchotant, l’ombre se mit à se déboutonner. - Un tel gage...c’est plus qu’un ami, pas moyen de s’en passer. Si bien que tu es sûre de me revoir.

— Montre un peu...

Et les ombres chuchotèrent encore un long moment, en dissimulant quelque chose.

Puis ce fut le silence

La lune émergea soudain de derrière la pinède et se cacha pudiquement dans les nuages, comme une Turque mettant son tchador.

Et ce fut l’obscurité.

II. Le gage à l’abri dans le coffre 

Il pleuvait. Assise à côté de la fenêtre, Maroussia se demandait : «Où donc est-il allé se fourrer, ce salopard ? Oh, je le savais. D’accord, mon bonhomme, gambade tant que tu veux, faudra bien que tu reviennes. Sans le gage en question, tu n’iras pas loin. Mon bonheur est enfermé dans ce coffre...Tout de même, j’aimerais bien savoir où il est, mon séducteur !»

III. Un plan scélérat  

Et pendant ce temps-là, le séducteur se tenait dans un bureau de la milice***.

— Que désirez-vous, citoyen ? - s’enquit le responsable local.

Le séducteur toussota et commença :

— Euh...Il m’est arrivé un malheur.

— Mais encore ?

— Une affaire indescriptible. J’ai égaré mon livret de travail****.

— Ça peut très bien se décrire. Cela arrive aux gens peu soigneux. En quelles circonstances ?

— Comme d’habitude. Vous voyez, pardon, ce trou dans ma poche. J’étais sorti me balader...A la lumière de la lune....Je lui ai dit...

— Qui ça, lui ?

— Ah non !... Pardon. Simple lapsus. Je n’ai rien dit, juste regardé, zut - ma poche est trouée, le livret est tombé !

— Insérez une annonce dans le journal, et ensuite, vous la découpez et revenez nous voir. On vous donnera un nouveau livret.

— A vos ordres.

IV. La lettre fatale  

Annonce parue quelque temps après dans «La sirène»***** :

« Egaré livret de travail n°...au nom de Untel. Attribué par le bureau de police du quartier...le 8 mai 23******»

Un peu plus tard, arriva au courrier de «La sirène» cette lettre qui résonna comme un coup de tonnerre, à la rédaction :

«Très respecté camarade rédacteur ! Tout ceci n’est que mensonge ! Le livret de travail n’a pas été égaré, Untel est un menteur. Il me l’a confié comme gage d’amour. Et maintenant, le voilà qui met cette annonce !»

V. Epilogue  

Untel s’arrachait les cheveux en criant :

— Qu’est-ce que je peux faire, maintenant, je suis déshonoré ?!

Un ami se tenait à côté de lui, qui lui dit :

— Je ne sais vraiment pas quel conseil te donner. Faire ça à une femme, c’est d’une telle bassesse. Tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même ! 

* Diminutifs de Maria : ils sont innombrables, on peut ajouter Macha, Marina, Moussia, etc.

** Billets de dix roubles

*** Police

**** Document sans lequel il est impossible de se faire embaucher

***** Sifflet de locomotive ou d’usine, pas celle de la mythologie 

****** 1923

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Santé
« CNR santé » : la désertification médicale fait dérailler le grand raout institutionnel
Difficile de bien qualifier le Conseil national de la refondation, dans sa version santé, lancé dans la Sarthe. Devant 500 personnes, le ministre de la santé a appelé les « territoires » à trouver leurs « propres solutions ». Des habitants sans médecin traitant ont tenté de rappeler à l’État ses obligations.
par Caroline Coq-Chodorge
Journal — Santé
En ville, à la mer et à la montagne : là où se trouvent les oasis médicales
Cause sans cesse perdue, la lutte contre les déserts médicaux masque une autre réalité : les médecins libéraux s’installent toujours plus nombreux comme spécialistes dans quelques zones privilégiées. Ils sont aussi toujours plus nombreux à pratiquer des dépassements d’honoraires.
par Caroline Coq-Chodorge et Donatien Huet
Journal
Guerre en Ukraine : des Français collaborent avec la « justice » de Poutine
Depuis le lancement de l’invasion de l’Ukraine, plusieurs militants français d’extrême droite fabriquent des preuves de crimes de guerre ukrainiens pour un faux tribunal russe.
par Elie Guckert
Journal — Moyen-Orient
« Les foules iraniennes exigent de séparer le gouvernement de la religion »
Pour le philosophe Anoush Ganjipour, les manifestations en Iran exigent que le pouvoir des mollahs abandonne sa mainmise sur l’espace public. Une telle revendication d’une sécularisation, moderne, procède des injustices commises par la République islamique.
par Antoine Perraud

La sélection du Club

Billet de blog
Appelons un chat un chat !
La révolte qui secoue l'Iran est multi-facettes et englobante. Bourrée de jeunesse et multiethnique, féminine et féministe, libertaire et anti-cléricale. En un mot moderne ! Alors évitons de la réduire à l'une de ces facettes. Soyons aux côtés des iranien.nes. Participons à la marche solidaire, dimanche 2 octobre à 15h - Place de la République.
par moineau persan
Billet de blog
Dernier message de Téhéran
Depuis des années, mon quotidien intime est fait de fils invisibles tendus entre Paris et Téhéran. Ces fils ont toujours été ténus - du temps de Yahoo et AOL déjà, remplacés depuis par Whatsapp, Signal, etc. Depuis les manifestations qui ont suivi la mort de Mahsa, ces fils se sont, un à un, brisés. Mais juste avant le black out, j'avais reçu ce courrier, écrit pour vous, lecteurs de France.
par sirine.alkonost
Billet de blog
Iran - Pour tous les « pour »
Les messages s'empilent, les mots se chevauchent, les arrestations et les morts s'accumulent, je ne traduis pas assez vite les messages qui me parviennent. En voici un... Lisez, partagez s'il vous plaît, c'est maintenant que tout se joue.
par sirine.alkonost
Billet de blog
Artistes, écrivains et journalistes iraniens arrêtés
Une traduction de la chanson « Barayé » (Pour...) du chanteur Shervin Hajipour, arrêté le 29 septembre.
par Mathilde Weibel