En première page du « Monde diplomatique » de juin, un court éditorial de S. Halimi, intitulé : « Les années folles ».
L’idée centrale en est que les néolibéraux ont poussé dans toute l’Europe un soupir de soulagement devant l’élection d’Emmanuel Macron. Ce qui n’est pas faux. L’auteur voit une simplification dans la fusion de la droite et de la gauche de gouvernement (il passe sous silence l’effondrement en cours de LR et surtout du PS, qui va tout de même faire quelques vagues), laquelle met simplement fin aux fausses alternances. Là encore, on peut suivre, de même lorsqu’il rappelle que se poursuit l’écrasement de la Grèce. Bref, après l’alarme causée en 2016 par le Brexit (dont le résultat de la dernière élection montre aussi que plus personne ne sait quoi en faire, de l’autre côté de la Manche. Histoire à suivre.) et par l’élection de Trump, les néolibéraux se rassurent, ne leur manque plus que la réélection de M. Renzi en Italie.
L’article se gâte ici, vers la fin. Doublement :
« Quant à M. Trump, dont certaines foucades et rodomontades inquiétèrent un instant les chancelleries occidentales, la normalisation de sa présidence est bien avancée ; son empêchement organisé en cas de nécessité. »
Premier dérapage : ce passage d’une part exonère Mister Trump de tout gros défaut, on croirait entendre Emmanuel Todd, et d’autre part, il est lourdement complotiste. L’impeachment éventuel de Trump ne serait que le résultat d’une conspiration néolibérale. On disqualifie à l’avance tous les mouvements qui, aux États-Unis, s’opposent à Trump. Pas très brillant.
« Au cours des années 1920, constatant qu’après une ère de grèves et de révolutions, la plupart des États européens… avaient retrouvé leur régime de croisière, l’Internationale communiste dut concéder la “stabilisation du capitalisme“ . Soucieuse de ne pas désarmer pour autant, elle annonça en septembre 1928 que l’accalmie serait “partielle, temporaire et précaire“. De sa part, l’avertissement parut mécanique, logomachique, même ; c’était alors l’euphorie des possédants, les Années folles. Le “jeudi noir“ de Wall street éclata un an plus tard. »
Deuxième dérapage, et j’adore ce « soucieuse de ne pas désarmer » , qui oublie seulement ce petit détail : à la fin 1928, Staline a la haute main sur le Parti (bolchevik) unique et par conséquent sur la fameuse « Internationale », toute opposition a été vaincue, Trotski est déporté à Alma-Ata (Almaty, de nos jours) en attendant mieux. Un an plus tard, le même Staline va lancer le Plan quinquennal et l’industrialisation à marche forcée, sur le dos des zeks du goulag et des paysans mourant de faim dans les campagnes. Broutilles que l’on peut passer sous silence ?