M Tessier
Лентяй (fainéant), бывший неудачник (ex- loser), негодяй (vaurien), самозванец (imposteur), лицемер (hypocrite), категоричный (péremptoire), retraité sans gloire, probable escroc, possible usurpateur, politiquement suspect, traducteur très amateur de littérature russe.
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Billet de blog 10 juil. 2017

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Les aventures d'un singe (Mikhaïl Zochtchenko)

Un petit conte écrit en 1945, qui mit Jdanov en fureur...

M Tessier
Лентяй (fainéant), бывший неудачник (ex- loser), негодяй (vaurien), самозванец (imposteur), лицемер (hypocrite), категоричный (péremptoire), retraité sans gloire, probable escroc, possible usurpateur, politiquement suspect, traducteur très amateur de littérature russe.
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Mikhaïl Zochtchenko (1894-1958) est considéré comme le maître de la nouvelle brève, composée de phrases courtes et accessibles, volontiers humoristique, cet humour recouvrant de son vernis une peinture de la réalité tragique du quotidien soviétique, notamment dans les années 1920.

     « Je me souviens avoir entendu Zochtchenko dire un jour que les poulets rôtis avaient sans doute appris à voler, car on n’en trouvait plus nulle part. » raconte Iouri Annenkov dans son Journal de mes rencontres

     Zochtchenko était tenu en haute estime par Evguéni Zamiatine, chef de file du groupement littéraire « Les frères de Sérapion » , peu à peu pris en grippe par les autorités. Mais, toujours pour I. Annenkov :

     « À mes yeux, en tant qu’écrivain, Zochtchenko faisait figure de nouveau Tchékhov du début : celui qui signait Tchékhonté. »

     Son travail connaît une inflexion dans les années trente, il participe à des ouvrages bien plus discutables, comme Le canal Staline (Gorki en était aussi, auquel Soljénitsyne taillera un costard dans L’archipel du Goulag, mais Staline le fera quand même empoisonner, par prudence, avant l’ouverture des grands procès de 1936), qui glorifie l’esclavage des zeks présenté comme une rééducation par le travail collectif. L’écrivain Sergueï Dovlatov l’épinglera à ce sujet dans son livre « Les nôtres » , que j’ai traduit sous le titre « Album de famille ». Il écrit aussi, peut-être pour sauver sa peau au plus fort de la terreur stalinienne, de petits récits pieux à propos de Lénine.

     Il se lance, alors qu’il est évacué à Almaty (à l’époque, Alma-Ata), dans la rédaction d’une autobiographie romanesque, Avant le lever du soleil. Mais en 1946, lle journal Zviezda (L’étoile) publie son récit Les aventures d’un singe, qui lui vaudra des ennuis, Jdanov le prenant pour cible, avant d’embarquer la poétesse Anna Akhmatova dans la charrette. Citons un passage d’une résolution du Comité central du Parti communiste, due à Jdanov, datant du 14 août 1945 et concernant Zochtchenko, telle que la rapporte I. Annenkov :

     « Ouvrir les pages de Zviezda à des voyous et à des vauriens de la littérature comme Zochtchenko est d’autant plus inadmissible que la rédaction de la revue a une bonne connaissance du faciès moral de l’auteur et de sa conduite indigne durant la guerre, alors que, sans aider en rien le peuple soviétique sans sa lutte contre l’envahisseur allemand, il a écrit un texte aussi répugnant que Avant le lever du soleil… »

Les aventures d’un singe

(Mikhaïl Zochtchenko, 1945)

     Il y avait, dans une ville du midi, un zoo. Un zoo assez petit, dans lequel on trouvait un tigre, deux crocodiles et trois serpents, ainsi qu’un zèbre, une autruche et un singe, une guenon, quoi. Et puis, bien sûr, les menues créatures – oiseaux, poissons, grenouilles et autres insignifiants représentants du règne animal.

     Au début de la guerre, lorsque les fascistes bombardèrent la ville, une bombe tomba en plein sur le zoo. Elle y éclata avec un fracas assourdissant. Causant la stupeur de toutes les bêtes du zoo.

     Du reste, les trois serpents étaient passés de vie à trépas, ce qui n’était peut-être pas une grosse perte, mais aussi l’autruche, malheureusement.

     Les autres animaux étaient indemnes, ils avaient, comme on dit, plus de peur que de mal.

     C’était la guenon la plus effrayée. Le souffle de la bombe avait renversé sa cage. Celle-ci avait dégringolé de son tertre. Une cloison s’était déchirée. Et voilà notre guenon étalée sur un sentier du parc.

     Elle était tombée, mais ne resta pas à faire le mort, comme les gens au fait des choses militaires. Elle grimpa tout de suite dans un arbre. De là, elle sauta sur l’enceinte du parc. Et se retrouva au dehors. Et se sauva comme une possédée.

     Tout en détalant, elle pense certainement : « Alors, non, si des bombes tombent par ici, alors là, je ne suis pas d’accord. » Elle cavale de toutes ses forces par les rues de la ville, à une telle vitesse qu’on pourrait croire des chiens à ses trousses.

     Elle traversa toute la ville en courant.  Elle se retrouva sur une route, et la voilà qui s’enfuit hors de la ville. Bon, c’est un singe, pas un être humain. Elle n’y comprend rien. Elle ne voit pas l’intérêt de rester dans cette ville.

     À force de courir, elle se fatigua. Se retrouva complètement épuisée. Elle grimpa dans un arbre. Avala une mouche pour reprendre des forces. Ainsi que deux vermisseaux. Et s’endormit sur sa branche.

     Un véhicule militaire passa sur la route. Le chauffeur aperçut le singe dans l’arbre. Il s’en étonna. Il s’approcha à pas de loup . L’enveloppa de sa capote. Et l’installa dans la voiture. Il se disait : « Il vaut mieux l’offrir à quelqu’un parmi mes connaissances, autrement elle va mourir de faim, de froid ou d’autres privations de ces temps de guerre. » Et donc, le voilà en route avec l’animal.

     Il arriva à Borissov1. Il s’en alla remplir sa mission. En laissant le singe dans l’auto. Il lui dit :

     — Attends-moi, mignonne. Je n’en ai pas pour longtemps.

     Mais la guenon ne l’attendit pas. Elle profita d’une glace brisée pour se glisser au-dehors et s’en fut se baguenauder dans les rues.

     Et la voici qui déambule comme une mignonne. Se balade, se promène la queue en l’air. Les gens sont surpris, bien sûr, on essaye de l’attraper. Seulement, ce n’est pas si facile, de l’attraper. Elle est vive, agile, elle court vite. On a beau la poursuivre, pas moyen de mettre la main dessus.

     La voilà fatiguée, harassée. Et elle a faim, bien sûr.

     Mais où pourrait-elle trouver à manger, en ville ? Les rues n’offrent rien de comestible. Avec sa queue, elle ne peut pas s’amener dans une salle à manger. Ni dans une coopérative. D’autant moins qu’elle n’a pas d’argent. Ni de bon de réduction. Ni de carte d’alimentation. Le cauchemar.

     Elle entra tout de même dans un magasin coopératif. Avec l’impression qu’elle trouverait quelque chose. On vendait là des légumes – des carottes, des rutabagas et des concombres.

     Elle fit donc un saut au magasin. Là, c’était la queue. Ne pensez pas qu’elle se mit dans la file. Ni qu’elle tenta de se frayer un passage vers le comptoir. Elle fit de la voltige directement sur la tête des clients jusqu’à la vendeuse. Et bondit sur le comptoir. Sans demander combien coûtait le kilo de carottes, elle s’empara tout bonnement d’une botte de carottes et déguerpit, comme on dit. Elle sortit en courant du magasin, pas mécontente de son achat. Bon, c’est un singe. Elle n’y comprend rien. Elle ne voit pas l’intérêt de rester le ventre vide.

     Au magasin, bien sûr, c’était la panique, un boucan du diable. Les gens criaient. La vendeuse, occupée à peser des rutabagas, faillit s’évanouir sur place, de surprise. Et, certes, il y a de quoi être épouvantée, de voir, à la place des clients habituels et standard, bondir une chose velue et pourvue d’une queue. Qui, par-dessus le marché, ne paye pas.

     On se rua au dehors à la poursuite de l’animal. Mais la guenon a pris sa course, tout en mâchant ses carottes. Elle n’y comprend rien.

En tête des poursuivants, des garçonnets. Suivis par les adultes. En queue de peloton, un milicien2 qui donne des coups de sifflet.    

Tout à coup surgit un chien, venant de nulle part. Qui se mit lui aussi à courir après notre guenon. Il ne se contente pas de japper et d’aboyer, il prétend planter ses crocs dans l’animal.

     Notre guenon accéléra son allure. Tout en cavalant, elle doit se dire : « Ehh, j’ai eu tort de quitter le zoo. J’étais plus tranquille dans ma cage, j’y retourne à la première occasion. »

     Et de courir de plus belle, seulement le chien ne la lâche pas, il est bien près de l’attraper.

     Alors, notre singe sauta sur une palissade. Et lorsque le chien fit un bond pour lui agripper au moins un pied, l’autre lui flanqua un grand coup sur le museau avec ses carottes. Le chien glapit de douleur et rentra chez lui à toutes jambes, la truffe écrasée. En pensant à coup sûr : « Désolé, citoyens, je serai mieux à la maison, tranquillement couché, qu’à subir de tels désagréments en tentant de vous attraper un singe. » 

     Bref, le chien s’enfuit, et notre singe sauta dans la cour.

     Or, dans cette cour, se trouvait un garçon, un adolescent occupé à couper du bois, un certain Aliocha Popov3.

     Il coupe donc du bois, et soudain aperçoit le singe. Il se trouve qu’il adore les singes. Il a toujours rêvé d’avoir un singe avec lui. Et le voilà.

     Aliocha retira son blouson et en recouvrit la guenon, tapie au bas de l’escalier.

     Le garçon l’amena chez lui. Lui donna à manger. Lui fit boire du thé. Tout ça plut beaucoup au singe. Avec une seule ombre : la grand-mère  d’Aliocha n’était pas emballée par la guenon. Elle avait crié dessus et voulu lui donner un coup sur la patte. Tout ça parce que, en buvant son thé, la grand-mère avait posé sur sa soucoupe une sucrerie déjà mordillée, et que la guenon s’en était emparée et se l’était fourrée dans la bouche. Bon, c’est un singe. Pas un être humain. Un être humain ne volerait pas juste sous le nez de la grand-mère, il s’y prendrait autrement. Le singe, toc, sous le nez de la grand-mère. Celle-ci, bien sûr, en pleura presque.

     La grand-mère déclara :

     — Il est extrêmement désagréable de cohabiter avec une sorte de macaque à queue. Dont l’aspect inhumain va me faire peur. Qui va me sauter dessus dans le noir. Qui va manger mes sucreries. Je refuse catégoriquement de cohabiter avec un singe.  L’un de nous doit se retrouver dans un zoo. Serait-ce donc moi, par hasard ? Non, il est préférable que ce soit le singe qui soit au zoo, et que moi je continue à vivre chez moi.

     Aliocha dit à sa grand-mère :

     — Non, grand-mère, vous n’avez pas à aller au zoo. Je vous garantis que la guenon ne vous chipera plus de nourriture. Je vais faire son éducation, comme celle d’un être humain. Je lui apprendrai à manger à la petite cuillère. Et à boire son thé dans une tasse. Pour ce qui des bonds, je ne pourrai pas l’empêcher d’escalader la lampe qui pend au plafond. Évidemment, de là, elle peut vous sauter sur la tête. Mais vous ne devez absolument pas avoir peur. Car ce n’est qu’un inoffensif singe, habitué, en Afrique, à sauter et à gambader. 

     Le lendemain, Aliocha alla à l’école. En demandant à sa grand-mère de surveiller l’animal. Mais la grand-mère n’en avait cure. Elle se dit : « Et puis quoi encore, est-ce que je vais surveiller n’importe quelle horreur ? » Et, dans de telles dispositions, elle fit exprès de s’endormir dans son fauteuil.

     Et alors, notre singe se glissa par un vasistas ouvert et se retrouva dehors. Et se mit à flâner au soleil. Elle voulait peut-être simplement se promener, mais peut-être aussi qu’elle avait l’intention de retourner faire des courses au magasin. Sans payer, juste comme ça.

     Passait à ce moment dans la rue le vieux Gavrilytch4, un invalide. Il se rendait aux bains, et portait un grand panier avec du savon et du linge. 

     Il aperçut le singe et, au début, n’en crut pas ses yeux. Il se dit qu’il avait des visions, parce qu’il venait de vider une chope de bière. 

     Et le voilà qui regarde la guenon. Laquelle le regarde à son tour. En se disant éventuellement : « Qu’est-ce que c’est encore que cet épouvantail, avec son panier ? »

     Gavrilytch comprit enfin que le singe était bien réel, et non le fruit de son imagination. Il pensa, du coup : « Allez, je l’attrape. Demain, je l’amène au marché pour la vendre. J’en tirerai cent roubles. De quoi boire une dizaine de chopes d’affilée. » Et, dans cet état d’esprit, Gavrilytch partit à la pêche au singe, avec des « Kyss, kyss, kyss… viens un peu par ici. »

     Il savait bien que ce n’était pas un chat, mais se demandait quelle langue il fallait lui parler. Ce fut seulement ensuite qu’il se rendit compte qu’il avait affaire à une créature du haut de l’échelle, parmi les bêtes sauvages. Il sortit alors un petit morceau de sucre de sa poche, le fit voir au singe et lui dit, en guise de salut :

     — Jolie guenon, ce morceau de sucre ne vous tente-t-il pas ?

     L’autre répond : « Ah, si, bien sûr » … Ou plutôt, elle ne dit rien, parce qu’elle ne sait pas parler. Elle s’approcha simplement, rafla le bout de sucre et se mit à le manger. 

     Gavrilytch la saisit et la mit dans son panier. C’était chaud et confortable. Notre guenon ne s’avisa pas de s’en échapper. Elle se disait peut-être : « Ce vieux débris peut bien me porter dans son panier s’il en a envie. C’est même agréable. »

     La première intention de Gavrilytch était de la ramener chez lui. Puis, ça ne lui dit rien de retourner chez lui, il l’amena aux bains avec lui. En se disant : « C’est encore mieux, d’aller aux bains avec elle. Je vais la laver. Elle sera toute propre, bien plaisante. Je lui nouerai un ruban au cou. On m’en donnera davantage, au marché. »

     Et le voilà qui arrive aux bains avec sa guenon, et qui commence à se laver avec elle.

     Mais aux bains, il faisait très chaud – tout juste comme en Afrique. Cette atmosphère chaude plaisait beaucoup à notre guenon. Avec un bémol. Parce que Gavrilytch s’était mis à la savonner, et que du savon lui était entré dans la bouche. Pas terrible, comme goût, bien sûr, mais pas au point de crier, de griffer et de refuser de se laver. Notre guenon se contenta de recracher le savon, mais elle en reçut alors dans l’œil. ce qui lui fit complètement perdre la tête. Elle mordit Gavrilytch au doigt, lui échappa et se sauva comme une possédée.

     Elle bondit dans le vestiaire où les gens se déshabillaient. Faisant peur à tout le monde. Personne ne vit en elle un singe. Ils voient surgir une boule blanche, couverte de mousse. Qui saute d’abord sur un divan. Puis sur le poêle, et de là, sur un casier. Du casier, la chose saute sur une tête. Et repart sur le poêle.

     Il y eut des cris, une bousculade pour sortir des bains. Et notre singe suivit, et dégringola l’escalier.

     En bas, se trouvait la caisse, avec son guichet. Le singe sauta dans l’ouverture, espérant sans doute y trouver un peu de calme, échapper à l’agitation, à la bousculade. Mais, à l’intérieur, siégeait une caissière corpulente, qui se mit à glapir. Elle sortit en trombe de la caisse en criant : 

     — Au secours !  Une bombe blanche est tombée dans ma caisse, je crois. Donnez-moi mes gouttes de valériane.

     Notre guenon en avait par-dessus la tête, de tous ces cris. Elle sortit bien vite de la caisse et se carapata au-dehors. 

     Et la voilà cavalant en pleine rue, toute mouillée et couverte de savon. Avec, de nouveau, des gens à ses trousses. Les petits garçons en tête. Les adultes suivent. Puis vient le milicien. Et pour finir, le croulant, notre Gavrilytch, à moitié habillé, tenant ses bottes dans ses mains.  

     Tout  à coup ressurgit le chien qui, la veille, lui avait donné la chasse.

     Mais cette fois-ci, le chien ne se jeta pas à sa poursuite. Il se contenta d’observer la course du singe, ressentit une forte douleur à la truffe et, loin de se mettre à courir, s’en retourna.

     Pendant ce temps-là, notre jeune Aliocha, rentré de l’école, n’avait pas retrouvé à la maison son singe bien-aimé. Il en eut beaucoup de chagrin. Les larmes aux yeux, même. Il se dit qu’il ne reverrait jamais son glorieux petit singe chéri.

     Triste et plein d’ennui, il sortit dehors. Le voilà qui erre dans les rues, mélancolique. Et soudain, il voit des gens courir. Tout d’abord, il n’eut pas l’idée qu’ils couraient après son singe. Il se dit qu’il devait y avoir une alerte aérienne. C’est alors qu’il aperçut sa guenon, mouillée et couverte de mousse. Il se rua pour la rejoindre. Il la saisit. Et la serra contre lui, refusant de la céder à qui que ce soit.

     Et tous les poursuivants s’arrêtèrent. Et entourèrent le garçon.

     Mais notre vieillard, notre Gavrilytch sortit de la foule. Et, montrant à tous son doigt mordu par l’animal, il déclara :

     — Citoyens, ne laissez pas ce petit gars prendre dans ses bras mon singe, que j’ai l’intention de vendre au marché, demain. C’est mon singe à moi, qui m’a mordu au doigt. Vous voyez bien tous mon doigt enflé. Cela prouve que je dis la vérité. 

     Le jeune Aliocha Popov dit :

     — Non, ce singe est à moi. Voyez comme il m’a sauté dans les bras. Cela aussi, prouve que je dis la vérité.

     Alors, un homme émerge de la foule – le chauffeur même qui avait pris avec lui le singe dans son véhicule. Il s’exprime à son tour :

     — Non, Messieurs, ce singe n’appartient à aucun de vous deux. C’est ma guenon, parce que je l’ai emmenée. Mais je pars rejoindre mon unité. Je fais donc cadeau du singe à celui qui le tient avec tant d’amour dans ses bras, et non à celui qui, sans pitié, s’apprête à le vendre au marché pour s’acheter à boire.  Le singe est la propriété du garçon.

     Tout le monde se mit à applaudir. Rayonnant de bonheur, Aliocha Popov serra plus étroitement encore le singe contre lui. Et le rapporta triomphalement chez lui.

     Gavrilytch s’en retourna aux bains finir de se laver, avec son doigt mordu.

     Et le singe resta vivre chez le jeune Aliocha Popov. Jusqu’à maintenant. Je suis récemment passé à Borissov. Et suis allé tout exprès rendre visite à Aliocha – voir comment ça se passait. Oh, la guenon a la belle vie. Elle ne s’enfuit nulle part. Elle est devenue très docile. Elle s’essuie le nez dans un mouchoir. Et ne touche pas aux sucreries des autres. De sorte qu’à présent, la grand-mère est bien contente, elle ne se fâche plus contre l’animal et n’a plus l’intention de déménager pour s’installer au zoo.

    En entrant dans la pièce, j’ai trouvé la guenon assise à table. Elle siégeait aussi dignement qu’une caissière de cinéma. Et mangeait à la petite cuillère sa bouillie au riz .

     Aliocha me déclara :

     — Je lui ai donné une bonne éducation, comme à un être humain, et, à présent, tous les enfants, et même  certains adultes, peuvent prendre exemple sur elle.        

  1. En Biélorussie.
  2. Policier
  3. À la fois drôle et évocateur, car Popov, c’est Dupont-Martin, mais Aliocha Popovitch, c’est l’un des trois bogatyrs, l’un trois Preux des contes russes. Voir Wikipedia.
  4. Pour Gavrilovitch, fils de Gabriel.

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