M Tessier
Лентяй (fainéant), бывший неудачник (ex- loser), негодяй (vaurien), самозванец (imposteur), лицемер (hypocrite), категоричный (péremptoire), retraité sans gloire, probable escroc, possible usurpateur, politiquement suspect, traducteur très amateur de littérature russe.
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Billet de blog 11 juil. 2018

M Tessier
Лентяй (fainéant), бывший неудачник (ex- loser), негодяй (vaurien), самозванец (imposteur), лицемер (hypocrite), категоричный (péremptoire), retraité sans gloire, probable escroc, possible usurpateur, politiquement suspect, traducteur très amateur de littérature russe.
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Oblomov : chapitre VI

Le transparent Alexeïev et le matamore Tarantiev sont partis. Oblomov, vautré dans un fauteuil, somnole. L'auteur en profite pour nous exposer des bribes du passé de son héros : comment Oblomov, venu de sa campagne à Pétersbourg, a échoué aussi bien dans le service de l'État que dans la société, et s'est peu à peu refermé sur lui-même...

M Tessier
Лентяй (fainéant), бывший неудачник (ex- loser), негодяй (vaurien), самозванец (imposteur), лицемер (hypocrite), категоричный (péremptoire), retraité sans gloire, probable escroc, possible usurpateur, politiquement suspect, traducteur très amateur de littérature russe.
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VI

     Et que faisait-il donc, chez lui ? Lisait-il ? Écrivait-il ? Étudiait-il ?

     Oui : un livre ou un journal lui tombait-il sous la main, qu’il le lisait.

     S’il entendait parler de quelque œuvre remarquable, l’envie lui venait d’en prendre connaissance ; il recherchait le livre, le réclamait et, pour peu qu’on le lui apportât sans le faire trop attendre, il se mettait à sa lecture, il se faisait une première idée du thème ; encore un pas, et il l’eût assimilé, mais voilà qu’on le retrouvait couché, regardant le plafond d’un œil apathique, le livre gisant à côté de lui, ni achevé ni compris.

     Il se refroidissait encore plus vite qu’il ne s’emballait : il ne reprenait jamais un livre délaissé.

     Cependant il avait étudié comme les autres, comme tout le monde, c’est-à-dire jusqu’à l’âge de quinze ans, dans une pension ; ensuite, les vieux Oblomov s’étaient décidés, après une longue lutte, à envoyer Iliouchaà Moscou, où il avait, bon gré mal gré, achevé des études de sciences.

     Sa timidité et son apathie l’empêchèrent d’étaler au grand jour sa paresse et sa tendance aux caprices devant des étrangers, à l’école, milieu où l’on ne faisait pas d’exception en faveur des enfants gâtés. Il se tenait bien en classe et écoutait les professeurs parce qu’il n’y avait pas moyen de faire autrement, et il apprenait ses leçons péniblement, avec force soupirs et pas mal de transpiration.

     Tout cela était pour lui un châtiment envoyé par le ciel en punition de nos péchés.

     Il n’allait jamais plus loin, en apprenant sa leçon, que la ligne marquée de l’ongle par le maître, ne posait jamais de questions, ne réclamait pas d’explications. Il se contentait de ce qu’il y avait d’écrit dans le cahier et ne manifestait pas de curiosité indésirable, même lorsqu’il ne comprenait pas complètement ce qu’il entendait et apprenait.

     Lorsqu’il réussissait tant bien que mal à venir à bout d’un ouvrage de statistique, d’histoire ou d’économie politique, il était parfaitement content.

     Et quand Stolz lui apportait des livres à lire en plus de ce qu’on lui faisait étudier, Oblomov lui coulait un long regard silencieux.

     — Et toi aussi, Brutus ! soupirait-il en s’attaquant à l’ouvrage.

     Une telle intempérance en matière de lecture lui semblait pénible, et même contre-nature.

     À quoi bon tous ces cahiers pour lesquels on dépense tant de papier, de temps et d’encre ? À quoi bon les manuels ? Pourquoi, enfin, six ou sept années de réclusion sévère et de punitions, toujours assis à se morfondre sur des leçons, avec interdiction de courir, de faire le fou et de s’amuser avant d’en avoir entièrement fini ?

     « Quand est-ce qu’on vit ? se demandait-il2. Quand va-t-on enfin mettre en circulation ce capital de connaissances dont la plus grande partie est jusqu’à présent inutile dans la vie ? L’économie politique, par exemple, l’algèbre, la géométrie, qu’en ferai-je à l’Oblomovka3 ? »

     L’histoire elle-même a seulement de quoi vous rendre chagrin : on y apprend qu’à telle époque ce ne furent que calamités, on y lit le malheur de l’homme ; le voici qui rassemble ses forces, travaille, se démène, endure et se donne un mal effrayant, tout cela pour se préparer de beaux jours. Et les voici qui arrivent – l’histoire elle-même aimerait souffler un peu : mais non, revoilà les nuages, l’édifice s’écroule de nouveau, il faut se remettre à l’ouvrage, se démener… Loin de se fixer, les beaux jours s’enfuient – et la vie s’écoule, s’écoule, et les cassures se succèdent.

     Les lectures sérieuses le fatiguaient. Les penseurs échouèrent à éveiller en lui le désir des spéculations abstraites.

     Les poètes, en revanche, l’émurent au plus profond de lui-même : le voilà alors jeune homme comme les autres. Il connut à son tour ce moment de bonheur qui sourit à tous sans manquer à personne, ce temps où les forces s’épanouissent, où les espoirs fleurissent, ainsi que le désir du bien, de l’action, de la vaillance, cette époque de la vie où le cœur bat fort, où le pouls se fait sentir, ce temps de frémissements, de discours enflammés et de larmes délicieuses. Son esprit et son cœur s’illuminèrent : il secoua sa torpeur, son âme envisagea l’action.

     Stolz l’aida à prolonger ce moment autant que la nature de son ami le rendait possible. Ayant ferré Oblomov par la poésie, il le tint dix-huit mois sous la férule de la pensée et de la science.

     Mettant à profit l’envolée enthousiaste de cette jeune rêverie, il fixa à la lecture des poètes d’autres fins que la seule jouissance, il montra avec rigueur, dans le lointain, les routes de la vie, la sienne comme celle de son ami, qu’il entraîna vers l’avenir. Émus tous les deux, ils versaient des larmes et se juraient solennellement l’un l’autre de suivre les voies lumineuses de la raison.

     L’ardeur juvénile de Stolz gagnait Oblomov, qui brûlait de se mettre au travail et de tendre au but lointain mais ensorcelant.

     Mais la fleur de la vie s’épanouit sans donner de fruits. Et l’ivresse d’Oblomov se dissipa ; il pouvait encore, d’après les indications de Stolz, et seulement de temps en temps, lire tel ou tel livre, mais sans se hâter, sans fièvre, ses yeux en suivant paresseusement les lignes.

     Quel que fût l’intérêt du passage auquel il était arrivé, lorsque venait l’heure de manger ou d’aller dormir, il posait le livre ouvert, la reliure vers le haut, et allait manger, ou soufflait la bougie et se couchait.

     Si on lui donnait le premier tome d’un ouvrage, il le lisait mais, sa lecture finie, ne demandait pas le deuxième tome ; si on le lui apportait, il le lisait lentement.

     Puis il ne parvint plus à venir à bout même du premier tome, il passait le plus clair de son temps libre un coude sur la table et la tête posée sur le coude ; il utilisait parfois, à la place de son coude, le livre dont Stolz lui imposait la lecture.

     Ainsi prit fin la carrière d’étudiant d’Oblomov. La date à laquelle il assista à son dernier cours marqua les colonnes d’Hercule4 de son érudition. Le directeur de l’établissement, en signant son certificat de fin d’études, traça, comme auparavant le professeur avec la marque de son ongle sur la page, le trait au-delà duquel notre héros ne jugeait pas nécessaire d’étendre ses ambitions en matière de savoir.

     Sa tête était comme un dépôt hétéroclite, des archives où voisinaient anciens faits et personnages disparus, époques et religions englouties, chiffres, vérités, problèmes et thèses en vrac et sans cohérence, allant de l’économie politique aux mathématiques, etc.

     C’était comme une bibliothèque formée de volumes dépareillés touchant à diverses branches du savoir.

     Ses études produisirent un étrange effet sur Ilia Ilitch : entre la science et la vie, s’ouvrait pour lui un gouffre qu’il ne tentait même pas de franchir. La vie était une chose, la science une autre.

     Il avait étudié le droit sous toutes ses formes, les codes en vigueur comme ceux tombés depuis longtemps en désuétude ; il avait même suivi un cours de procédure judiciaire et, lorsqu’à l’occasion d’un vol commis chez lui il dut écrire à la police, il prit une plume et une feuille de papier, réfléchit tant et plus, et finit par envoyer chercher un scribe.

     C’était le staroste qui s’occupait de la comptabilité du village. « Que viendrait donc y faire la science ? » se demandait Oblomov avec perplexité.

     Et le voici qui retournait à sa solitude sans être lesté du savoir qui aurait pu indiquer une direction à la pensée qui folâtrait à sa guise ou bien, désœuvrée, somnolait dans sa tête.

     Que faisait-il donc ? Il continuait encore et toujours à tracer le dessin de sa propre vie. Il y trouvait, avec quelque raison, sagesse et poésie en quantité inépuisable, même sans le secours des livres et de l’étude.

     Ayant trahi, et le service de l’État, et la société, il entreprit de trouver d’autres objectifs dans l’existence ; méditant sur son but à lui, il en vint en fin de compte à découvrir que l’horizon de son activité quotidienne n’était autre que lui-même.

Il comprit qu’il avait reçu en lot le bonheur familial et le soin du domaine familial. Jusqu’alors, il ne connaissait pas bien l’état de ses affaires : Stolz s’en occupait de temps en temps à sa place. Il ne savait vraiment ni ses recettes, ni ses dépenses, ne faisait aucun budget – absolument rien.    

     Le vieil Oblomov avait légué le domaine à son fils exactement comme lui-même l’avait reçu de son propre père. Bien qu’ayant passé toute sa vie à la campagne, il n’avait pas cherché à finasser, ne s’était pas cassé la tête à se lancer dans diverses entreprises, comme on le fait de nos jours, histoire de trouver de nouvelles méthodes pour améliorer la productivité des sols, ou d’étendre et de renforcer les anciennes méthodes, etc. Il ensemençait ses champs comme l’avait fait son père et gardait les mêmes débouchés que lui pour ce qui était des produits de la terre5.

     Du reste, le vieillard se réjouissait beaucoup lorsque la récolte était bonne ou lorsque la hausse d’un prix de vente lui fournissait un revenu supérieur à celui de l’année précédente : il parlait de bénédiction divine. Mais, tout bonnement, il n’aimait ni les nouveautés, ni l’âpreté au gain.

     — Nos pères et nos grands-pères n’étaient pas plus bêtes que nous, disait-il en réponse à certains conseils que lui-même jugeait pernicieux, et ils ont coulé des jours heureux ; nous non plus, s’il plaît à Dieu, nous ne connaîtrons pas la faim.

     Récoltant de son domaine, sans ruse ni artifice, largement de quoi déjeuner et dîner chaque jour avec sa famille et ses hôtes, il rendait grâce à Dieu et tenait pour un péché de chercher à acquérir davantage.

     Si son intendant, ayant mis mille roubles dans sa poche, lui en apportait deux mille et, les larmes aux yeux, prétextait la grêle, la sécheresse et les mauvaises récoltes, le vieil Oblomov se signait et disait, les paupières humides à son tour : « C’est la volonté de Dieu : on ne discute pas avec Dieu ! On doit remercier le Seigneur de ce qu’il accorde.

     Depuis la mort des deux vieillards, les affaires ne s’étaient pas améliorées, à la campagne, mais au contraire, ainsi qu’on a pu le voir dans la lettre du staroste, avaient empiré. Ilia Ilitch devait évidemment se rendre sur place pour y découvrir la raison pour laquelle ses revenus diminuaient peu à peu.

     Il se proposait bien de le faire, mais ne faisait que temporiser, en partie parce que  cette expédition représentait à ses yeux un exploit, quelque chose de nouveau et d’inconnu.

     Il avait effectué un seul voyage, dans sa vie, sans changer de chevaux, au milieu d’édredons, de coffrets, de malles, de jambons, de petits pains, de viandes et de volailles de toutes sortes, rôties ou bouillies, et accompagné d’une nombreuse domesticité.

     C’est ainsi qu’il avait accompli cet unique voyage, de son domaine à Moscou6, et cet unique déplacement, il l’avait adopté comme le modèle de tous les voyages. Mais il avait entendu dire qu’à présent, on ne voyageait plus de la sorte : il fallait galoper à s’en rompre le cou !

     Ensuite, Ilia Ilitch différait aussi son expédition parce qu’il ne s’était pas préparé comme il le fallait à s’occuper de ses affaires.

     Il n’était plus de la même race que son père et son grand-père. Il avait fait des études et fréquenté le monde : tout cela lui suggérait diverses idées éloignées de leurs manières de voir. Il comprenait que non seulement ce n’était pas un péché que d’acquérir des biens, mais que le devoir de chaque citoyen était de contribuer honnêtement au bien-être général. De ce fait, dans le dessin de sa vie dont il traçait, en solitaire, les lignes, jouait une très grande place un nouveau plan visant à réorganiser son domaine et régir ses paysans, en conformité avec les exigences de l’époque.

     L’idée fondamentale du plan, sa structure générale, ses principales sections – depuis longtemps, tout est prêt dans sa tête ; il ne reste que les détails, les devis et les chiffres.

     Cela fait plusieurs années qu’il travaille sans relâche à ce plan, qu’il y pense, qu’il y réfléchit, en marchant aussi bien qu’en étant couché ou en étant avec des gens ; tantôt il y ajoute, tantôt il en change différents articles, ou il repense à un point imaginé la veille et oublié pendant la nuit ; et parfois, tel un éclair, scintille une idée nouvelle et inattendue qui met son cerveau en ébullition – et au travail.

     Il n’est pas un sous-fifre quelconque, médiocre exécuteur d’idées toutes prêtes et fournies par quelqu’un d’autre ; il est à la fois le créateur et l’exécuteur de ses propres idées.

     Le matin, dès qu’il a quitté son lit pour boire son thé, il s’allonge aussitôt après sur son divan, soutient sa tête de la main et réfléchit sans ménager ses forces jusqu’à ce qu’enfin, ce dur travail ayant épuisé sa tête, sa conscience lui dise : en voilà assez pour aujourd’hui et pour le bien commun.

     Alors seulement, il se décide à se reposer de son labeur et à prendre une nouvelle pose, moins affairée, moins sévère, davantage propice à l’abandon et à la rêverie.      

     Se libérant des soucis liés aux affaires, Oblomov aimait se retirer en lui-même et habiter le monde qu’il s’était créé.

     Il connaissait les jouissances liées aux pensées d’inspiration élevée ; les peines de l’humanité ne lui étaient pas étrangères. Il lui arrivait, à d’autres moments, de pleurer amérement, dans les profondeurs de son âme, sur les malheurs de l’espèce humaine et de ressentir de vagues souffrances sans nom, ainsi que de l’angoisse, en même temps que l’appel d’un au-delà lointain, peut-être de ce monde où jadis Stolz l’entraînait parfois…

     De douces larmes coulent sur ses joues…

     Il lui arrive aussi d’être plein de mépris pour les vices humains, pour le mensonge, la calomnie, tout le mal répandu à travers le monde, et de s’enflammer du désir de montrer à l’homme ses ulcères, et les idées s’allument soudain en lui, allant et venant dans sa tête comme les vagues de la mer, puis elles grandissent jusqu’à devenir des intentions, lui échauffent le sang, font remuer ses muscles et se raidir ses tendons, les intentions se changent en aspirations pressantes : sous l’impulsion de la force morale, il change à tout instant de pose, ses yeux brillent, il se soulève à moitié sur son lit, étend le bras et jette des regards inspirés tout autour de lui… Voici que l’aspiration va se réaliser, se métamorphosera en exploit… et alors, Seigneur ! Quels miracles, quelles heureuses suites ne pourrait-on attendre d’un aussi grand effort !

     Mais voilà que la matinée passe, déjà le jour décline et avec lui les forces d’Oblomov, épuisées et aspirant elles aussi au repos : l’effervescence tempétueuse s’apaise dans son âme, sa tête se dégrise des vapeurs de ses idées, son sang coule plus lentement dans ses veines.  Doucement, pensivement, Oblomov se retourne sur le dos et braque un regard triste sur le ciel, à travers la fenêtre, il suit des yeux le soleil qui se couche avec magnificence derrière une maison à trois étages au propriétaire inconnu.

     Combien, combien de fois a-t-il ainsi suivi des yeux le soleil se couchant !

     Au matin, revient la vie, reviennent l’agitation et les rêves ! Il lui plaît parfois de s’imaginer en guerrier, général invincible renvoyant au néant non seulement Napoléon, mais encore Iérouslane Lazariévitch7 ; il invente une guerre ainsi que sa cause : il voit par exemple une ruée des peuples africains sur l’Europe8, ou encore il organise de nouvelles croisades et guerroie, décide du sort des peuples, saccage des villes, épargne ou châtie, accomplit des prouesses de bonté et de grandeur d’âme.

     Ou alors, le voici penseur ou grand artiste : tout le monde s’incline devant lui avec des exclamations : « Regardez, regardez ! voilà Oblomov, notre célèbre Ilia Ilitch ! »

     Lors de ses amers moments d’inquiétude, il se tourne et se retourne, il se couche la tête vers le bas, parfois même il s’égare complètement ; il s’agenouille alors au bas du lit et se met à prier avec ardeur, en y mettant tout son cœur, suppliant le ciel d’écarter de lui, d’une façon ou d’une autre, l’orage qui le menace.

     Après quoi, ayant confié aux cieux sa destinée, il se tranquillise et devient indifférent à tout : que l’orage, là-bas, en fasse à sa guise !

     Ainsi a-t-il l’habitude de faire jouer ses forces morales et de rester souvent en émoi des journées entières, s’éveillant à peine, avec un profond soupir, d’un rêve enchanté ou d’un souci torturant, à la tombée du jour, tandis que l’énorme globe solaire entame sa descente splendide et se cache derrière la maison à trois étages.

     Alors, il le suit de nouveau d’un regard pensif, un sourire triste aux lèvres, et se repose paisiblement de ses émotions.

     Cette vie intérieure d’Ilia Ilitch n’était vue ni sue de personne : tous pensaient qu’Oblomov ne faisait, en gros, que rester couché et manger de bon appétit, et qu’il n’y avait rien d’autre à attendre de lui ; que ses pensées étaient à peine cohérentes. Ainsi parlait-on de lui partout où on le connaissait.

     Stolz, lui,  était fort au courant et pouvait témoigner des facultés d’Oblomov, du travail intérieur volcanique de ce cerveau ardent et de ce cœur si humain, mais Stolz n’était presque jamais à Pétersbourg.

     Seul Zakhar, qui avait passé sa vie entière à circuler à proximité de son maître, connaissait encore mieux toute sa vie intérieure ; mais il était convaincu que son maître et lui menaient leur barque correctement, qu’ils vivaient normalement, comme il se doit, et qu’on ne saurait vivre autrement.         

  1. Diminutif affectueux d’Ilia.
  2. Dans le texte : « se demandait-il de nouveau » , ce qui est audacieux, car ce temps d’études s’écoule avant qu’Oblomov, au chapitre V, ne devienne fonctionnaire…
  3. Nom du domaine familial des Oblomov. Ne pas confondre avec l’oblomovisme – en russe : oblomovchtchina…
  4. Rappelons que les Anciens désignaient par ce nom Gibraltar, frontière du premier monde connu…
  5. Cette inertie contraste avec les nombreux passages d’Anna Karénine où Tolstoï décrit les recherches de Lévine pour moderniser l’agriculture russe, vingt-cinq ans plus tard.Oblomov semble lui aussi gagné par la fièvre des réformes, mais…
  6. Énorme étourderie de l’auteur, semble-t-il, puisque notre héros habite Pétersbourg…
  7. Héros du folklore russe, remontant à des contes du XVIIsiècle.
  8. Écrit dans les années 1850 : les peurs ne datent pas d’hier.

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