M Tessier
Лентяй (fainéant), бывший неудачник (ex- loser), негодяй (vaurien), самозванец (imposteur), лицемер (hypocrite), категоричный (péremptoire), retraité sans gloire, probable escroc, possible usurpateur, politiquement suspect, traducteur très amateur de littérature russe.
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Billet de blog 16 août 2015

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Лентяй (fainéant), бывший неудачник (ex- loser), негодяй (vaurien), самозванец (imposteur), лицемер (hypocrite), категоричный (péremptoire), retraité sans gloire, probable escroc, possible usurpateur, politiquement suspect, traducteur très amateur de littérature russe.
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De l'inconvénient d'avoir des parents ( Mikhail Zochtchenko )

M Tessier
Лентяй (fainéant), бывший неудачник (ex- loser), негодяй (vaurien), самозванец (imposteur), лицемер (hypocrite), категоричный (péremptoire), retraité sans gloire, probable escroc, possible usurpateur, politiquement suspect, traducteur très amateur de littérature russe.
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     Spécialiste de la nouvelle humoristique, M. Zochtchenko (1894 - 1958) a écrit d'autres oeuvres, certaines traduites en français. Voir Wikipédia. C'est un écrivain pétersbourgeois. En butte aux attaques de Jdanov après la guerre ( situation évoquée par S. Dovlatov dans le chapitre 5 du livre Album de famille, également évoquée par Arkady Lvov dans son grand roman  La cour : Zochtchenko fut vilipendé en même temps qu'Anna Akhmatova, en 1946...), il cessera de publier.

     Il écrivit notamment de très nombreuses nouvelles pendant les années vingt, avec un fort succès, semble-t-il. Voici l'une d'elles, datant de 1924.

De l’inconvénient d’avoir des parents

     Cela faisait déjà deux jours que Timofeï Vassilievitch était à la recherche de son neveu, Siérioga Vlassov. Et, le troisième jour, juste avant de repartir, il tomba dessus. Dans le tramway. 

     Timofeï Vassilievitch s’assit dans le tramway, sortit de sa poche une pièce de dix kopecks qu’il voulut tendre au receveur, et, jetant un coup d’oeil à ce dernier - diable ! L’individu ne lui était pas inconnu. Timofeï Vassilievitch regarda plus attentivement : eh oui ! C’est bien lui - Sergueï Vlassov en personne, en tenue de receveur.

     — Coucou ! s’écria Timofeï Vassilievitch. - Siérioga ! c’est bien toi, mon canard ?

     Le receveur, décontenancé, se mit, sans raison apparente, à arranger son dévidoir à billets, et répondit :

     — Une minute, mon oncle, il faut que je distribue les billets.

     — D’accord ! Pas de problème, - dit l’oncle, tout content. - Je t’attends.

     Timofeï Vassilievitch se mit à rire, et à expliquer la situation aux autres passagers :

     — C’est mon neveu, Siérioga Vlassov. Le fils de mon frère Pierre...Ça fait bien sept ans que je ne l’ai pas vu...ce petit sagouin...

     Timofeï Vassilievitch, ravi, regarda son neveu, et lui cria :

     — Deux jours, déjà, que je te cherche, mon canard. Que je fouille la ville. Et qui voilà ? En receveur... Je suis allé à ton ancienne adresse, rue Raznotchinnaïa. Connais pas, qu’on me répond. Il a dû déménager...Où ça ? Dites-le moi, je suis son oncle. Aucune idée, qu’on me répond. Et qui voilà ? Receveur ?

     — Receveur - répondit le neveu en baissant la voix.

     Les passagers se mirent à dévisager l’oncle. Celui-ci, tout content, continuait à rire, et regardait avec tendresse son neveu, lequel ne savait plus où se mettre et, se souvenant qu’il était en service, se demandait comment se comporter avec son oncle et que lui dire.

     — Ainsi, - reprit l’oncle, te voilà receveur. De tramway ?

     — Receveur...

     — Dis donc, quelle coïncidence ! Voilà que que je prends le tramway, Siérioga, mon canard, je jette un coup d’oeil - et qu’est-ce que je vois ? Ce receveur a une tête que je connais bien. Et c’est bien toi. Dix donc, ça fait sept ou huit ans, hein ! Ah, ce que je suis content...Drôlement content...

     Le receveur se dandina d’un pied sur l»autre, et lâcha soudain :

     — Dites donc, mon oncle, il faut payer. Prendre un billet, quoi... Vous allez loin ?

     L’oncle eut un rire heureux, et flanqua un coup dans la sacoche du receveur.

     — Bien sûr que j’aurais payé ! Parole d'honneur  ! Sur une autre ligne, ou dans un autre wagon, mettons que j’aurais loupé le tien – bref, j’aurais payé ma place. En bon argent. Ah, dis-donc, sept ou huit ans, hein !... Je vais à la gare, mon canard.

     — Ça fait deux stations prononça le neveu d’un air mélancolique, en regardant ailleurs.

     — Qu’est-ce que tu me racontes ?  s’étonna Timofeï Vassilievitch. Tu te sens bien ?

     — Il faut payer, mon oncle, - répondit doucement le receveur. - Deux stations...Il n’est pas question de voyager à l’oeil, sans billet...

     Timofeï Vassilievitch serra les mâchoires d’un air offensé, et jeta un regard sévère sur son neveu.

     — Tu me fais ça à moi – ton oncle ? Tu veux voler ton oncle ?

     Le receveur regardait mélancoliquement par la fenêtre.

     — Tu joues les maraudeurs, se fâcha l’oncle. Sept ans qu’on ne s’est pas vus, mon salaud,  et toi, tu n’as rien de plus pressé que d’exiger de l’argent de moi pour le trajet. De moi, ton propre oncle ? Inutile d’agiter les mains. Même si tu es mon neveu, tu ne fais pas peur. Arrête d’agiter les mains, pas la peine de faire des courants d’air.

     Timofeï Vassilievitch fit rouler dans sa main la pièce de dix kopecks, et la rempocha.

     — Qu’est-ce que ça veut dire, les amis ? Timofeï Vassilievitch  s’adressait aux autres passagers.  Il exige de l’argent de son propre oncle. Deux stations, qu’il dit... Alors ?

     — Il faut payer - pleurnicha quasiment le neveu. - Ne vous fâchez pas, camarade mon oncle. Tout simplement, ce n’est pas mon tramway. C’est le tramway de l’Etat. Du peuple.

     — Que ce soit le tramway du peuple ne me concerne pas, - répliqua l’oncle.  Tu pourrais tout de même, mon salaud, respecter ton oncle. Me dire de garder mon argent laborieusement gagné. De voyager à ta santé. Voilà qui ne ruinerait pas le tramway. L’autre jour, dans le train... un receveur ... qui n’était même pas de ma famille... m’ a dit :  je vous en prie, Timofeï Vassilievitch, c’est pour moi... Asseyez-vous... et j’ai pu voyager... même pas de ma famille... Tu n’auras pas d’argent.

     Le receveur s’essuya le front avec sa manche, et sonna brusquement pour demander l’arrêt.

     — Veuillez descendre, camarade mon oncle, dit le neveu sur un ton très officiel.

     En voyant que l’affaire prenait une grave tournure, Timofeï Vassilievitch leva les bras au ciel, sortit la pièce de dix kopecks, puis la fourra de nouveau dans sa poche.

     — Non, dit-il, impossible ! Que moi, je te donne de l’argent, morveux, pas question. Je préfère m'en aller.

     Timofeï Vassilievitch se leva, solennel et indigné,  et se dirigea vers la sortie. Pour se retourner.

     — Ton oncle... Tu chasses ton propre oncle, dit avec fureur Timofeï Vassilievitch. Morveux, je vais te... Salopard, je vais te... Je pourrais te faire fusiller, pour ça. J’ai le bras long...

Avec un regard meurtrier pour son neveu, Timofeï Vassilievitch sortit du tramway.

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