M Tessier
Лентяй (fainéant), бывший неудачник (ex- loser), негодяй (vaurien), самозванец (imposteur), лицемер (hypocrite), категоричный (péremptoire), retraité sans gloire, probable escroc, possible usurpateur, politiquement suspect, traducteur très amateur de littérature russe.
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Billet de blog 31 août 2015

M Tessier
Лентяй (fainéant), бывший неудачник (ex- loser), негодяй (vaurien), самозванец (imposteur), лицемер (hypocrite), категоричный (péremptoire), retraité sans gloire, probable escroc, possible usurpateur, politiquement suspect, traducteur très amateur de littérature russe.
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Intermède : Dovlatov

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Лентяй (fainéant), бывший неудачник (ex- loser), негодяй (vaurien), самозванец (imposteur), лицемер (hypocrite), категоричный (péremptoire), retraité sans gloire, probable escroc, possible usurpateur, politiquement suspect, traducteur très amateur de littérature russe.
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Trois histoires brèves tirées du recueil  Le compromis, dont une traduction existe déjà, aux éditions du Rocher, par  Christine Zeytounian-Beloüs        

Le narrateur travaille en Estonie - alors république soviétique - dans les années soixante-dix du vingtième siècle, il fait des vacations dans  deux journaux du coin. On retrouve l'époque présente en filigrane dans le chapitre 10 du livre Album de famille.

Premier compromis

( « L’ Estonie soviétique ». Novembre 1973 )

« CONFERENCE SCIENTIFIQUE. Des savants de huit nationalités différentes sont arrivés à Tallinn pour la septième Conférence d’étude de la Scandinavie et de la Finlande. Ces spécialistes viennent d’URSS, de Pologne, de Hongrie, de RDA, de Finlande, de Suède, du Danemark et de RFA. La conférence comprend six groupes d’études. Elle regroupe plus de 130 savants : des historiens, des archéologues, des linguistes - qui feront des rapports et des communications. La Conférence durera jusqu’au 10 novembre »

La Conférence se tenait à l’Institut polytechnique. Je m’y suis rendu, j’ai bavardé un peu sur place. En cinq minutes, j’avais rédigé ma note d’information. Je l’ai donnée au secrétariat. Peu après se montra le rédacteur Touronok, onctueux comme un massepain. Le type même du vaurien timide. Emu, pourtant, ce jour-là :

- Vous avez commis une faute politique grossière.

- ?

- Vous avez donné la liste des pays...

- Et alors, on ne peut pas le faire ?

- On peut et on doit. Mais pas comme vous l’avez fait. Dans quel ordre. Je vois la Hongrie,  la RDA, le Danemark, après quoi - la Pologne, l’URSS, la RFA...

- Eh bien oui, c’est l’ordre alphabétique.*    (  * impossible à rendre en français...)

- Ce n’est pas une démarche de classe, - s’est mis à gémir Touronok, - il existe une règle de fer. En tête, les pays démocratiques ! Ensuite, les Etats neutres. Et pour finir, les membres du bloc...

- OK - j’ai fait.

J’ai récrit ma note d’information, je l’ai donnée au secrétariat. Le lendemain, Touronov est arrivé en courant :

- Vous vous foutez de moi ! Vous le faites exprès ?

- Comment ça ?

- Vous avez confondu les démocraties populaires. Je vois la RDA après la Hongrie. Toujours l’ordre alphabétique, hein ?! Oubliez ce lexicalisme opportuniste ! La Hongrie doit être en troisième position ! Il y a eu un putsch, là-bas.

- Mais avec l’Allemagne, il y a eu une guerre.

- Ne discutez pas ! Pourquoi discutez-vous ? Il s’agit d’une autre Allemagne, une autre ! Je ne comprends pas qu’on vous ait fait confiance ! Quelle myopie politique ! De l’infantilisme moral ! Nous nous renseignerons...

Cette note d’information me valut deux roubles. J’en espérais trois...

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Quatrième compromis

( « Tallinn-Soir » . Octobre 1974 )

« L’ABECEDAIRE ESTONIEN

A la lisière de la forêt, par un jour pluvieux,

On a rencontré un animal sauvage.

Nous lui avons dit : « Bonjour ! »

Il nous a répondu : « Téré ! » *

Et tout de suite après, un rayon de soleil

Est sorti des nuages...»

( * Bonjour !  en estonien )

« Tallinn-Soir » est édité en russe. Et voilà que nous avions concocté une nouvelle rubrique - « L’abécédaire estonien ». Pour les petits lecteurs russes. J’avais préparé le premier numéro. En écrivant des petits vers plutôt gentils. Huit petites pièces. Journaliste tout-terrain, j’étais secrètement fier de mes petits vers. 

Vania Troul, instructeur du Comité Central, m’a téléphoné :

- Qui a rédigé cette fable chauvine ?

- Pourquoi chauvine ?

- Donc, c’est toi ?

- Oui. Où est le problème ?

- Il y a bien un animal sauvage.

- Certes.

- Qu’en résulte-t-il ? Qu’un Estonien est un animal sauvage ? Je suis une bête sauvage ? Moi, instructeur du Comité Central du parti, je suis une bête sauvage ?!

- C’est un conte, c’est purement conventionnel. Il y a une illustration. Des petits gars ont rencontré un ours. L’ours a une bonne bouille, sympathique. C’est un personnage positif...

- On peut savoir pourquoi il parle estonien ? Qu’il parle plutôt la langue d’un pays capitaliste...

- Je ne pige pas.

- Ce qu’il ne faut pas t’expliquer ! Tu n’es pas mûr pour un journal du parti, vraiment pas mûr...

Une heure plus tard, le rédacteur s’est pointé :

- Le jury vous met une amende de deux points.

- Quel jury ?

- Vous semblez oublier que le concours continue. Les auteurs de bons textes recevront une prime. Le grand gagnant ira faire un tour à l’Ouest, en RDA.

- Et, en toute logique, le dernier ira faire un tour à l’Est ?

- Ce qui signifie ?

- Rien, je blaguais. Alors, comme ça, la RDA, c’est l’Ouest ?

- D’après vous ?

- Le Japon, ça c’est l’Ouest !

- Quoi ?! - s’est écrié avec effroi Touronok.

- Du point de vue des idées - ai-je ajouté.

Telle une ombre, une immense fatigue a rembruni le visage du rédacteur.

- Dovlatov, - a-t-il déclaré, - il n’y a pas moyen de discuter avec vous ! Souvenez-vous que ma patience a des limites...

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Septième compromis

( « L’ Estonie soviétique ». Avril 1976 )

« DEGUISEMENT POUR MARTIEN ( Une personne, un métier). Qu’attendons-nous d’un bon tailleur ? Qu’il nous fasse un costume à la mode. Et que penseriez-vous d’un coupeur de tissu qui retarderait, en matière de mode, de...deux siècles ? Cependant, cet individu est fort respecté et mérite les mots les plus flatteurs. Nous parlons du grand couturier du Centre dramatique de la République socialiste soviétique d’Estonie, Voldemar Silde. Citons parmi ses clients permanents les nobles et les mousquetaires espagnols, les tsars russes et les samouraïs japonais, sans oublier les chauves, les coqs et les martiens.

Un costume de théâtre résulte des efforts combinés du dessinateur et du tailleur. Il doit correspondre au caractère de l’époque, exprimer l’esprit du spectacle et les particularités du personnage. Figurez-vous Oneguine dans un pantalon trop large, ou Sobakievitch dans un frac des plus élégants...Pour confectionner le costume de l’esclave Esope, Voldemar Silde a dû étudier la peinture ancienne, la tragédie grecque...

Redingote, caftan, manteau à longs pans, veste de hussard, surtout - voici des habits avec leurs caractéristiques et leurs accessoires.

- Un jeune acteur, - raconte Silde, - m’a demandé un jour : « Le frac et le smoking ne sont-ils pas la même chose ? » Ces affaires sont, selon moi, aussi distinctes qu’un téléviseur d’un magnétophone. 

En allant voir les spectacles d’autres théâtres, Voldemar Khendrikovitch, avec une exigence toute professionnelle, observe la façon dont sont habillés les personnages.

- Il n’y a qu’à mon cher théâtre Vakhtangov que je peux oublier que suis couturier, pour suivre le déroulement de la pièce - ce qui montre de façon sûre que les dessinateurs et les coupeurs sont, là-bas, irréprochables. 

Tailleur, dessinateur, homme de théâtre, Voldemar Silde travaille lui-même de façon irréprochable. »

A la réunion, on m'a félicité.

- Dovlatov arrive à écrire de façon vivante à propos de la première bêtise venue.

- Et le sous-titre fait de l’effet...

- On se demande où il va pêcher ses mots - accessoires...

Le lendemain, je fus convoqué par le rédacteur Touronov.

- Asseyez-vous.

Je me suis assis.

- Je vais être désagréable.

« Comme toujours, idiot » , me suis-je dit.

- C’est quoi, votre rubrique ?

- « Une personne, un métier » Nous nous penchons sur les métiers rares. De même que sur les côtés imprévus...

- Vous connaissez le métier de votre Silde ?

- Oui. Il est couturier de théâtre. Un côté imprévu...

- Ça, c’est aujourd’hui. Mais auparavant ?

- Aucune idée.

- Apprenez qu’à la guerre, il était bourreau. Du côté des Allemands. Il a pendu des patriotes soviétiques. Ce qui lui a valu douze ans de privation de liberté.

- Seigneur ! - ai-je fait.

- Vous comprenez la faute que vous avez commise ? Encenser un traître à la Patrie ! Vous avez compromis pour toujours une rubrique intéressante !

- Mais c’est le directeur du théâtre qui me l’a recommandé.

- Le directeur du théâtre est un ancien  lieutenant-chef  SS. De plus, il est bleu.

- Bleu ?

-  Homosexuel, c'est une vieille appellation. Il ne vous a pas fait d’avances ?

Ben si, je me suis dit. Et pas qu’un peu. Il m’a tendu la main, à moi, journaliste. Ce qui m’a fort étonné...

Je me suis alors souvenu d’une conversation avec un Français.  A propos de l’homosexualité.

- Chez nous, c’est passible de prison, - m’étais-je vanté.

- Et les hémorroïdes, c’est aussi passible de prison ? - avait répondu le Français...

- Je ne vous accuse pas, - m’a dit Touronok, - Vous avez fait ce qu’on attendait, ça correspondait à votre candidature. Mais il faut être plus prudent. Le choix d’un héros est une affaire sérieuse, extrêmement sérieuse...

La rédaction en a parlé pendant quinze jours. Ensuite, c’est mon collègue Bouch qui s’est distingué. Il a décroché un entretien avec le capitaine d’un cargo de la RFA. La veille de la commémoration de la Révolution d’octobre. Le capitaine, devant Bouch, célèbre les mérites du pouvoir soviétique. On a appris peu après que c’était un réfugié estonien. A l’été soixante-deux, il s’était tiré en kayak en Finlande. De là, en Suède. Etc. Bouch avait tout inventé. Cela fit un tel boucan qu’on m’a oublié...

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