Le jour où Zemmour s'est excusé (fiction)

Puisque selon Valeurs Actuelles la fiction permet tout, moi, suite à la dernière immondice de Zemmour sur CNews, je vais aussi publier un récit. Le polémiste y est kidnappé par un groupe anarcha-féministe, les Mary Read, et forcé de lire en direct un mea culpa : "J’ai, par mes paroles, semé les germes de la haine la plus stupide partout autour de moi. Ceci me remplit de honte."

 « Mais l’action qui les avait rendues célèbres avait eu lieu un an auparavant, quand les Mary Read avaient procédé au kidnapping du polémiste Eric Zemmour. 

Elle l’avait enlevé alors que celui-ci sortait des locaux de RTL, où il venait de prononcer une chronique portant sur les racisme anti-blanc des femmes musulmanes voilées des banlieues chaudes, territoires perdus de la République, femmes qui, tout en vidant les caisses du glorieux Etat Français en se bâfrant d’allocations destinées à l’éducation de leurs neufs enfants qui finiront tous djihadistes ou dealers, répriment les légitimes pulsions viriles des mâles de souche en couvrant leur corps d’immondes oripeaux témoignant de la barbarie d’une sous-culture arriérée.

Content de lui, il trottinait d’un petit pas joyeux, se rendant chez Fauchon pour y dîner avec son ami Finkielkraut. Il passait dans une petite ruelle déserte, quand les Mary Read surgirent dans une voiture. Pilant à un mètre de lui, cagoulées, elles sortirent du véhicule, l’endormirent avec un coton imbibé de Rohypnol, et le placèrent sur la plage arrière. 

Le polémiste fut placé en détention dans la petite chambre d’une maison de campagne, à une centaine de kilomètres de Paris. Il était très convenablement traité et nourri, mais sa libération était soumise à une condition : appeler RTL, et leur signaler qu’il fera sa prochaine chronique en duplex, ayant décidé de se ressourcer quelques jours à la campagne. Le contenu de cette chronique avait déjà été écrit. Il ne lui restait plus qu’à la lire le jour dit. Le texte était le suivant :

 « Mes chers auditeurs, de toutes origines sociales et géographiques, de toutes croyances et de tous sexes, chers frères humains, aujourd’hui est pour moi un jour particulier. 

Cela fait bien longtemps, désormais, que je professe, sur les plateaux, à la radio, dans mes livres, une idéologie fondée, en toute conscience, sur l’exclusion, le rejet, la stigmatisation, le refus d’embrasser dans toute son ampleur l’infinie complexité du monde. Le choix de dissimuler mes propres doutes, des propres névroses, derrière une pensée fruste et simpliste qui nie la richesse du dialogue, de l’échange, de la rencontre et de la diversité, sur cette terre, des cultures, des sociétés et des peuples.

Je me suis trompé. Sans relâche, toutes ces années, négligeant les problèmes économiques et politiques qui minent nos sociétés, créant misère et violence, détruisant l’environnement, provoquant des inégalités mortelles et des conflits stériles, j’ai pointé du doigt, avec férocité, n’hésitant pas à faire appel à toutes les techniques les plus éculées de la désinformation, la manipulation, du mensonge et de la mauvaise foi, tous ceux qui n’avaient pas l’heur de correspondre au modèle du mâle hétérosexuel blanc occidental, le seul digne à mes yeux : j’ai donc conspué les enfants d’immigrés, les jeunes gens vivant dans les banlieues pauvres, les homosexuels, les femmes, surtout celles qui se battent pour leurs droits, les musulmans, les migrants…

Oui, c’est ce que j’ai fait. J’ai, par mes paroles, semé les germes de la haine la plus stupide, la plus aveugle, partout autour de moi. J’ai été complice des profanateurs de mosquées, des ratonneurs, des harceleurs de rue, des maris violents, des petites frappes d’extrême-droite tabassant les homosexuels, des hommes politiques démago flattant les plus bas instincts d’un peuple désarçonné par la violence néolibérale. J’ai ri sur les charniers des enfants morts dans les eaux méditerranéennes. Et je me dois de vous le dire, aujourd’hui : tout ceci me remplit de honte.

Ce revirement de ma part va sans doute vous surprendre. Et je le comprends bien. Mais, il y a peu, j’ai décidé de passer quelques jours seul, loin de la folie du monde, de cette courses insensée à la fortune et au paraître qui caractérise notre civilisation mercantile. Et là, après une marche dans un quartier populaire de la ville la plus proche du bout de campagne où je me suis exilé, humant le vent frais du matin, j’ai eu une illumination.

Pris de soif, j’avais acheté une bouteille d’eau. Le petit épicier du coin était un père de famille Arabe perpétuellement souriant, qui tenait le magasin avec son épouse, tendre et attentionnée, belle sous son petit foulard, pendant que leur petite dernière, frêle adolescente, travaillait sur un bureau au fond du local, préparant son bac. Tout les gens ici les appréciaient, à cause de leur incroyable gentillesse. Au café, un peu plus loin, les habitants, de tout âge, de toute origine, se retrouvaient. Ouvriers et employés, manœuvres et professeurs, éboueurs et jardiniers, buvaient un thé à la menthe, une bière ou un café, en regardant les passants aller et venir. Après avoir échangé quelques propos avec eux, je suis rentré dans ma forêt, et là, passant parmi les pins et les chênes, écoutant le silence, scrutant les oiseaux passant dans les branches, j’ai réalisé l’erreur qu’avait été mon existence. J’ai compris que la vraie vie était là, dans le respect de la vie sous tous ses aspects, et dans la défense de la nécessité pour cette vie de s’épanouir librement, sans entraves, sans chaînes d’aucune sorte. J’ai alors ressenti une envie puissante, une pulsion, inconnue par moi jusqu’à ce jour, d’embrasser le premier venu, de faire l’amour avec lui, qu’il soit un homme ou une femme, et de nous rouler ensemble, nus, riant et nous embrassant parmi les hautes herbes.

Je vous le dis donc, depuis ma retraite : vous qui m’écoutez, ne faites pas la même erreur que moi. J’ai gâché une grande partie de ma vie à passer à côté de ce qui fait sa beauté, à savoir l’amour, le partage et la lutte pour la liberté des individus et des peuples.

La seule chose qui doit nous préoccuper, désormais, ce n’est pas de se demander si notre fantasmatique identité nationale est en péril, et autres débats mortifères qui jettent un voile de bêtise et d’ignorance sur les plaies véritables, ouvertes, saignantes, de nos sociétés : le mépris des femmes, laissées de côté, encore chaque jour battues et violées ; le racisme et les crimes qu’il engendre ; le capitalisme et les violences qu’il implique.

Cher auditeurs, l’heure est venue, désormais. Révoltons-nous. Unissons-nous, et ensemble, Noirs et Blancs, Arabes et Asiatiques, riches et pauvres, femmes, hommes et transgenres, tous, unissons-nous pour mener à bien la révolution fraternelle et soriternelle qui doit constituer notre seul horizon désirable.   

Je conclurai cette chronique en vous citant ce magnifique poème du grand poète Palestinien, Mahmoud Darwich, « Sur cette terre » :  « Il y a sur cette terre ce qui mérite de vivre : / les hésitations d’avril, / l’odeur du pain à l’aube, / les opinions d’une femme sur les hommes, / les écrits d’Eschyle, / les débuts d’un amour, / de l’herbe sur des pierres, / des mères se tenant debout sur la ligne d’une flûte, / et la peur qu’éprouvent les conquérants du souvenir. / Il y a sur cette terre ce qui mérite de vivre : / la fin de septembre, /  une dame qui franchit la quarantaine avec tous ses fruits, / l’heure de la promenade au soleil en prison, / un nuage mimant une nuée de créatures, / les ovations d’un peuple pour ceux qui montent à la mort souriants, / et la peur qu’ont les tyrans des chansons ». Je vous remercie ».

Alors, bien entendu, après avoir vu ce papier, Zemmour avait presque été saisi de vomissements, et avait hurlé, trépignant sur place, qu’il était hors de question qu’il déclame, qui plus est en direct à la radio, un tel tissu d’inepties gauchistes et bien-pensantes. Cependant, après trois semaines de détention –les Mary Read lui faisaient régulièrement appeler sa femme et ses employeurs pour les rassurer, leur disant qu’il allait bien mais était fatigué et souhaitait se reposer à l’écart du monde, c’est tout, empêchant ainsi que des recherches policières ne soient lancées-, à bout, il avait craqué, et avait lu leur chronique sur RTL, la rage au ventre.  

L’évènement avait fait grand bruit. Pensez donc : après des décennies de sexisme et de racisme décomplexé, le plus médiatisé des polémistes réactionnaires faisait machine arrière, déclarant d’une voie émue -la peur y était pour beaucoup-, en direct, qu’il s’était trompé ! Dans le microcosme parisien, on se disait qu’il avait pété les plombs, qu’il était en burnout, d’ailleurs on ne savait pas où il se trouvait, avant celle-ci cela faisait trois semaines qu’il n’avait pas fait de chronique, et on attendait de le revoir pour savoir ce qui lui arrivait. 

Les Mary Read l’avaient donc ramené à Paris. Avant de le remettre, un sac sur la tête, dans la rue, elles l’avaient cependant prévenu : elles lui conseillaient de se calmer dans ses propos, car, lui avaient-elles promis, même sous la garde d’une dizaine, d’une vingtaine de flics, il ne serait jamais à l’abri de leur colère.

Il avait porté plainte contre X. Mais depuis, il n’assurait plus de chroniques, et n’écrivait plus de livres, se contentant de vivre grassement de ses royalties sans intervenir dans le débat public.

La première victoire des Mary Read. 

La suite s’annonçait grandiose. »

(extrait de F.U.C.K., de Zdenka Ustanak)

M.D.

PS : ceci est une fiction se déroulant dans un monde futuriste.

 

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