«Délit de solidarité» dans la Roya. Raphaël, 19 ans: un procès exemplaire

Le procès du jeune Raphaël a eu lieu ce lundi à Nice. Il s’est conclu par une peine de trois mois de prison avec sursis. Sa faute ? Avoir pris quatre personnes (noires, certes) sans domicile fixe dans sa voiture, afin de les mettre à l’abri. Mais, bien sûr, le «délit de solidarité» n'existe plus depuis décembre 2012. Donc, tout va bien. Mais alors, pourquoi ai-je envie de vomir ?

Il est 14 heures moins le quart quand je débarque au Palais de Justice de Nice. J’ai tiré profit de la pause déjeuner de mon chantier pour me rendre, tout crade et puant, mon débardeur tâché par de la sève de cyprès, au procès de Raphaël, 19 ans, qui est, en ce lundi 2 octobre, jugé pour un crime qui ne peut susciter chez l’honnête citoyen qu’une grimace de dégout et un légitime et salutaire frisson d’horreur : il a pris des SDF Noirs en auto-stop sans leur avoir au préalable demandé leurs papiers. Pour ceci il risque, comme beaucoup d’autres, jusqu’à cinq ans de prison et 30.000 euros d’amende, en vertu de l’article L622-1, qui met en garde « toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l'entrée, la circulation ou le séjour irréguliers, d'un étranger en France ».

Voici l’histoire. Raphaël, passionné de sport (et de rando en particulier, me dit-on), vit à Saorge chez ses parents, et a réussi à trouver un travail comme guide touristique –dans la Roya, de toute façon, pour un jeune homme ayant récemment décroché son bac, les débouchés ne sont pas immenses, il faut bien le dire. Jusque là, tout va bien, quoiqu’on puisse s’étonner que le gaillard ait décidé de demeurer enlisé chez les bouseux de la vallée, alors que tant d’écoles de commerce et de startups lui tendaient les bras sur la Côte d’Azur, il n’a visiblement pas tout compris, mais passons.

D’autant que, depuis quelques années, l’ambiance a quelque peu tourné au vinaigre, dans la Roya. Depuis 2015, en fait. Depuis notamment ces jours où, par la grâce d’un disgracieux rocher émergeant des plages de Vintimille, en Italie, notre pays a découvert une bonne fois pour toute qu’il existait ce qu’on appelle aujourd’hui, comme ça, en passant, une « crise des migrants ».

Aussitôt, bon nombre de citoyens de la frontière franco-italienne, face à ce désastre humain que l’Etat français semblait bel et bien décidé à laisser se pérenniser bien au chaud sous un tapis, et qui j’espère, s’il existe une quelconque justice cosmique, fera que tous nos gouvernants se retrouveront un jour réincarnés en trace de freinage sur la cuvette d’un chiotte public de la Gare du Nord, bon nombre de citoyens donc, sont venus spontanément en aide aux migrants. Et encore aujourd’hui, militants ou non, ils continuent, trop peu nombreux, hélas, à porter assistance, de diverses façons, à leurs frères humains venus frapper à la porte du pays des droits de l’homme (principalement le droit de n’en avoir rien à foutre de tout ce qui ne sort pas directement de la bouche de Jean-Pierre Pernault, certes, mais c’est une autre histoire).  

Ils aident. Ils dépannent. Ils font comme ils peuvent pour compenser les tares de notre République qui, tout en continuant à laisser crever ses clochards, se rend compte qu’elle les préfère aux réfugiés. Et ils le font en toute bonne foi, persuadés que le pays dans lequel nous vivons ne saurait bafouer lui-même ses propres lois qui, en supplément de l’article L622-1 déjà cité, précisent, dans l’article L622-4, ajouté en décembre 2012 et abrogeant supposément le « délit de solidarité » : « Ne peut donner lieu à des poursuites pénales sur le fondement des articles L. 622-1 à L. 622-3 l'aide au séjour irrégulier d'un étranger lorsqu'elle est le fait […[i]] de toute personne physique ou morale, lorsque l'acte reproché n'a donné lieu à aucune contrepartie directe ou indirecte et consistait à fournir des conseils juridiques ou des prestations de restauration, d'hébergement ou de soins médicaux destinées à assurer des conditions de vie dignes et décentes à l'étranger, ou bien toute autre aide visant à préserver la dignité ou l'intégrité physique de celui-ci ».

Las ! Pas plus que ne le fut celle de Sarkozy et Hortefeux, et pas plus que ne le sera celle de Macron et Collomb, la France de Hollande et Valls n’a su, dans les faits, se montrer clémente. Et dans la vallée, depuis quelque temps, une charmante ambiance sécuritaire s’est rapidement mise en place. Comme de vilains champignons bleus et toxiques, des policiers et des gendarmes mobiles sont apparus un peu partout, dans de petites tentes sur les collines, dans les buissons, sur les routes, arrêtant une voiture après l’autre en assumant sans complexes le délit de sale gueule. Les citoyens méritants sont, par dizaine (au singulier), trainés en justice comme des criminels. Cédric Herrou, figure médiatisée de l’association Roya Citoyenne, fait l’objet d’un véritable harcèlement. L’extrême-droite locale, dont la pensée ne diffère cependant somme toute pas tellement de celle de monsieur Ciotti, dont la légende raconte ici qu’il a un jour produit une pensée intelligente et intelligible, a même crée un journal, qui n’a pour unique fonction que de diffamer, dans une prose précaire et un respect mitigé autant de l’éthique que de la syntaxe, les membres de Roya Citoyenne, Herrou en tête, ce dangereux terroriste doté « d’un caractère nihiliste et psychopatique » (sic) qui, avec ses camarades « no-borders de tous poils », mène « une tentative de déstabilisation ethnique » témoignant de « leur haine de la France et de l’homme blanc en général » (fin de citation, pour vomir c’est par là[ii]).

Mais j’en reviens à mon propos. Malgré tout ça, le jeune Raphaël, décidément bien mal avisé, est resté dans la Roya, parce que, comme beaucoup ici, il aime sa vallée, qui fut il y a de cela des siècles, et aujourd’hui encore, une terre de liberté et de résistance à l’autorité. Un lieu de passage, de migration, d’échange et de métissage où la notion de « frontière » n’a que peu de sens.

Il aurait pu rester ainsi tranquille pendant encore longtemps. Un soir cependant, le 25 juin de cette année, on lui signale la présence de quatre jeunes africains à la gare de Fontan-Saorge, non loin de son domicile. A Saorge, village perché des Alpes, même en juin, la nuit, il peut faire frisquet. Écoutant son bon cœur (le con), Raphaël va à leur rencontre, et décide de ne pas les laisser dormir dehors. Dans le village voisin de Breil-sur-Roya, il sait qu’ils pourront trouver un abri et un repas chaud sur le terrain de Cédric, qui par ailleurs, avec Roya Citoyenne, épaule les personnes souhaitant demander l’asile en France, et ce avec l’accord et de la mairie, et de la gendarmerie locale –pas les mobiles. Raphael emprunte donc la voiture de sa mère, pour un court trajet, une vingtaine de minutes au plus. Et là, dès la sortie de son village, pas de bol : il est arrêté, son véhicule est fouillé, et, avec ses passagers, il sera placé en garde à vue pendant 24 heures. Les poursuites sont lancées. Le « passeur » de 19 ans est dans le viseur de la justice de notre chère république, si prompte à mettre dehors les pue-la-sueur tout en tâchant de faire revenir au bercail les exilés fiscaux[iii].

Et ce jour-là, lundi dernier donc, il est là, à attendre son audience dans une petite salle du palais de justice de Nice. A l’extérieur, ses soutiens se sont mobilisés. Une fanfare de jeunes femmes dynamiques tente d’insuffler un peu de bonne humeur, juchée sur les escaliers du palais, devant deux grandes banderoles proclamant : « TOUS SOLIDAIRES DES SOLIDAIRES » et « LES FRONTIERES, CICATRICES DE LA TERRE ». On retrouve ici où là quelques là quelques figures connues des milieux alternatifs et associatifs de Nice et des environs. Le temps est beau. Intrigués, des cohortes de touristes japonais font halte pour nous mitrailler avec leur Iphone, et des étudiants en pleine journée de bizutage viennent, un instant, danser sur le parvis, vêtus de sacs poubelle. Comme toujours, c’est d’ailleurs devenu une blague chez certains ici, l’entrée du PJ, dont les trois portes d’entrées sont surplombées de ces trois mots, liberté, égalité, fraternité, nous narguent. Sur la première porte (liberté), un panneau indique : entrée à droite. La deuxième (égalité) est fermée par un rideau métallique. La dernière (fraternité) est gardée par un flic. Quel beau symbole de ce qu’il y a à attendre de la justice de notre pays.

P. me prévient que l’audience risque d’être reportée en toute fin de journée. La salle, dont elle sort à peine, est minuscule, et le calendrier de l’après-midi, chargé. Tandis qu’elle s’y trouvait, deux affaires étaient passées. Le premier accusé était un braqueur de coffre-fort visiblement bien peu doué, qui avait esquinté les escaliers de sa victime avec son butin et avait laissé trainer son ADN et ses empreintes absolument partout, mais qui s’obstinait à affirmer son innocence. Le deuxième était un motard malchanceux, coupable d’une mort accidentelle. Un voleur, un criminel malgré lui, et, attendant son sort, un jeune gars venu en aide à une poignée de sans domiciles fixes originaires de pays en guerre. Etrange instantané de la justice en France, en ce début de XXIème siècle.

Après avoir bu un café avec P. sur les marches, ma pause casse-croûte prenant fin, je retourne à mon chantier, et ce n’est que quelques heures plus tard, en fin d’après-midi, que je retrouve le PJ. La foule de soutien est plus dispersée. La fanfare a disparu. Dans l’attente de la décision de la juge, on patiente, dans une ambiance bon enfant, sur le parvis. Normalement, dans ces cas-là, on n’est pas trop inquiets. Bien souvent, les procès au tribunal de Nice se concluent par une relaxe, ou un sursis minime, et c’est la cour d’appel d’Aix-en-Provence qui, ensuite, par contre, mystérieusement, a aggravé, dans les deux cas échéant, les peines encourues. 

Cette fois-ci, cependant, ceux qui ont assisté à l’audience sont moins sereins. P. me raconte que la juge a paru étrangement partiale et à charge contre Raphaël, malgré une instruction que la procureure elle-même a jugée très « fine [au sens de mince] et faite rapidement ». Les PV contenaient des « coquilles » portant sur la nationalité des quatre jeunes migrants (Maliens et Libyens) supposés. Ceux-ci ont été entendus sans traducteur, ce qui est illégal, mais il se trouve que, par miracle, deux d’entre eux parlaient français, ce qui est surprenant. Il est dit qu’il y avait parmi eux deux majeurs et deux mineurs, mais les dates de naissance indiquées sont 95, 92, 85 et 98, ce qui est sans doute incorrect.

Et malgré ça, la juge a trouvé bon de demander à Raphaël, par exemple, ce qu’il avait fait depuis l’obtention de son bac ; s’il « aidait également des français » ; et autres questions qui prêtent à interrogation quant aux a priori de celle qui les pose. D’autant que cette même personne commit également un lapsus magnifique : Raphaël aurait pris en charge, « sans leur demander leurs papiers » (sic), ce qui est un comble, visiblement, des « personnes de nationalité irrégulière » (re-sic). De toute façon, le sort du jeune homme était bon : comme le stipule un flic dans son PV d’audition, dès que des personnes d’une telle nationalité « montent dans la voiture, c’est un passage ». Voilà qui ouvre des perspectives radieuses. Gare aux auto-stoppeurs trop basanés.

La procureure non plus, me dit P., n’y est pas allée avec le dos de la cuillère. Morceau choisi : « Tous les migrants sont dans des situations difficiles, mais l’exception humanitaire n’a pas à s’appliquer de manière générale ». A ses yeux, ces personnes n’étaient pas en situation « de danger immédiat, pas plus en situation de détresse que les autres migrants ». Se peler le jonc devant une gare SNCF de montagne sans savoir où aller, c'est donc bénéficier d'une sorte de confort relatif. Ainsi, selon elle, le simple fait de les aider à la circulation, même sans paiement, allait contre la loi –une étrange lecture, on en conviendra, de l’article L622-1. Sachant que Raphaël est jeune et que son casier judiciaire est vierge, elle a affirmé cependant qu’elle ne pouvait pas requérir en deçà de l’habitude du ministère public, soit 4 mois de sursis.

Durant sa plaidoirie, Zia Oloumi aura beau jeu de montrer que son client, coupable selon ses termes « d’avoir aidé quatre SDF », faisait l’objet d’une procédure mal foutue, mal instruite, reposant sur des éléments douteux tenus pour des évidences, et que les seules certitudes tangibles dans ce dossier étaient que Raphaël n’avait reçu aucune contrepartie, et qu’il avait agi dans le seul but de s’assurer que ces quatre personnes puissent bénéficier de conditions d’accueil dignes. Ce qui ne l’aura pas empêché d’écoper de 24 heures de garde à vue. Me Oloumi a insisté sur le fait que c’était au parquet de démontrer la réalité des faits, pas au prévenu. Il a également posé une question pertinente, à savoir : doit-on désormais demander à tous les gens que nous rencontrons leurs papiers d’identité ?, et conclu sur la nécessité de clarifier la loi en ce qui concerne l’aide apportée aux migrants, qui est en train de sombrer sous nos yeux dans un vaste YOLO (si je puis me permettre cette expression hardie) juridique peu en phase avec le régime démocratique dans lequel nous sommes sensés vivre.  

P. achève de me raconter le procès. La nuit est tombée. Nous sommes là, encore une poignée, à attendre le verdict, cigarettes aux lèvres, bières à la main, plaisantant, riant. Soudain, quelqu’un s’exclame : « Ils sont là ! ». Raphael, escorté par Zia et par ses parents, sort du Palais de Justice. Un peu raide dans le costume noir qu’il a revêtu pour l’occasion, il s’approche. Une fois arrivé sur les marches, Zia prend la parole, mais ses propos ne sont pas tout à fait ceux espérés : il annonce que Raphael vient de se prendre trois mois de sursis. Un par migrant, plaisante-t-il (l’un des quatre était, semble-t-il, français). Souriant, il pointe les problèmes soulevés par le procès, qui marque un jalon dans la répression de l’aide aux migrants : jusque-là, le tribunal de Nice, je l’ai déjà dit, avait toujours conclu à la relaxe –ou une peine minime de sursis. L’étau se resserre. « Faites attention à qui vous faites monter dans votre voiture, à partir de maintenant. Moi, par exemple, ne me prenez pas ! » On rit, quand même un peu sous le choc. Zia conclut sur leur décision de, bien entendu, faire appel. Mais il y a peu d’espoir que la cour d’Aix soit plus clémente. C’est elle, qui, il y a quelques temps, avait affirmé que « les actions de Cédric Herrou s’inscrivaient de manière plus générale, comme il l’a lui-même revendiqué et affirmé clairement à plusieurs reprises, dans une démarche d’action militante en vue de soustraire des étrangers aux contrôles mis en œuvre par les autorités » et estimé, à partir d’un si brillant postulat, que le militantisme pouvait être tenu pour une sorte de contrepartie (on s’interroge alors sur le vide sidéral qui doit régner entre les oreilles de quelqu’un capable de soutenir sans éclater de rire des propos aussi ineptes).

La soirée se terminera autour d’une bière, en face du Palais de Justice, jusqu’à la fermeture du bar, en compagnie de trois condamnés, dont deux en appel : Cédric (4 mois avec sursis), Pierre-Alain (2 mois), et Raphaël, le nouveau venu. Et je ne compte même pas P. qui, par chance, n’a écopé, pour les mêmes raisons, que d’un « rappel à la loi ».

On en est donc là. Alors même qu’il s’avère dramatiquement incapable d’apporter la moindre réponse à une situation qui dure depuis des années et met en jeu les vies de milliers de personnes, l’Etat français, et sa justice, que l’on imagine parfois, dans des moments de délire, destinée à la défense des plus faibles, criminalise des citoyens dont le seul tort est de ne pas rester les bras croisés devant la barbarie qu’on leur présente comme seul horizon désirable.

La France n’accueille pas « toute la misère du monde » ; elle n’en accepte, avec des réticences, qu’une toute petite partie, tout le reste se faisant bien souvent du Sud vers le Sud, et surtout dans les pays frontaliers des régions en conflit. Ainsi, selon le Haut-commissariat des Nation Unies, en 2015, 86% des réfugiés ont été reçus par des pays à faibles ou moyens revenus. Faut-il le préciser, les migrants viennent la plupart du temps de pays en guerre (Mali, Syrie, Lybie, Soudan), guerres que nous avons parfois nous-mêmes provoquées, par exemple dans le cas Libyen –BHL, soit maudit sur vingt générations pour tes crimes. Il ne s’agit pas de migration « économique » ou de « confort », d’ailleurs les « migrants économiques » et de confort véritables, à savoir les milliardaires Russes ou les cheiks saoudiens ou qataris venus acheter des villas sur la Côte d’Azur, dans ce même riant département du 06 qui traite comme des criminels les érythréens fuyant la dictature, voyagent tranquillement en classe affaire, tandis que les autres périssent par milliers dans les eaux de la méditerranée, et doivent endurer des trajets harassants de plusieurs semaines, plusieurs mois pour se faire expliquer (sans interprète) à la PAF de Menton[iv] que c’est bien gentil d’être venu, mais qu’il faut y aller, maintenant.

Les accords de Dublin III stipulent : « Le Conseil européen, lors de sa réunion spéciale de  Tampere les 15 et 16 octobre 1999, est convenu d’œuvrer à la mise en place d’un RAEC [régime d’asile européen commun], fondé sur l’application intégrale et globale de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés, complétée par le protocole de New York du 31 janvier 1967 (ci-après dénommée «convention de Genève»), et d’assurer ainsi que nul ne sera renvoyé là où il risque à nouveau d’être persécuté, c’est-à-dire de maintenir le principe de non-refoulement. À cet égard, et sans affecter les critères de responsabilité posés par le présent règlement, les États membres, qui respectent tous le principe de non-refoulement, sont considérés comme des pays sûrs par les ressortissants de pays tiers ». Et pendant ce temps, cette vieille baderne sénile de Collomb peut très tranquillement annoncer des quotas de reconduites à la frontière –quitte à livrer des opposants Soudanais, comme l’a révélé StreetPress –ce n’était pas encore lui, mais tout de même[v]. Article 25 :  « La réalisation progressive d’un espace sans frontières intérieures au sein duquel la libre circulation des personnes est garantie conformément au traité sur le fonctionnement de l’Union européenne et l’établissement de politiques de l’Union concernant les conditions d’entrée et de séjour de ressortissants de pays tiers, y compris des efforts communs de gestion des frontières extérieures, rendent nécessaire l’établissement d’un équilibre entre les critères de responsabilité dans un esprit de solidarité ». Il serait peut-être temps que l’UE arrête de se torcher avec ses propres lois, et qu’elle cesse de laisser le flou juridique l’emporter sur le respect des droits humains fondamentaux et des conventions internationales.

Car, rappelons-le, tout pays est dans l’obligation de respecter la déclaration universelle des droits de l’homme, notamment ses articles 13 et 14 : « Article 13 : 1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un Etat. 2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays. Article 14 : 1. Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l'asile en d'autres pays ». Aider qui que ce soit à accéder à ses droits fondamentaux ne devrait pas être répréhensible par la loi.

Messieurs Macron, Collomb, Ciotti, Estrosi, Bettati, et j’en passe, il faut vous l’expliquer comment ? Que vous n’ayez pas le courage d’utiliser une partie de l’argent que nous autres, Français, vous donnons pour financer l’aide à ceux qui en ont réellement besoin, au lieu de vos salaires de parasites et vos frais de bouche, est déjà, en soi, scandaleux. Mais que vous poursuiviez en justice ceux qui font votre travail d’élus, dépasse l’entendement. Comme si je traînais devant les tribunaux pour détournement de mineurs le type qui donne à manger à mes enfants que j’ai laissé enfermés chez moi pendant que je glande au casino. Quant à ceux qui rechignent encore et toujours à laisser venir en France des personnes fuyant la répression et les bombes, je leur souhaite que notre pays ne tombe jamais dans la guerre civile, et qu’il n’aient jamais à aller se faire refouler à la frontière italienne comme des malpropres après avoir parcouru à pied toute l’autoroute du soleil, rongés par la soif sur le goudron brûlant, tout en portant sur leur dos les deux chemises rescapées de leur garde-robe, car ça leur ferait tout drôle, et risquerait de les mener à un éclair de lucidité qui pourrait leur être fatal, les pauvres. Je me contenterai donc, puisqu’il n’y a que l’argent qui les émeut, de leur signaler que le coût de la surveillance des frontières et des reconduites est bien supérieur à celui d’une politique qui consisterait à laisser tout un chacun libre de s’installer et de travailler dans notre pays.  

Je conclurais mon propos par cette petite légende de la Roya. En un temps pas si reculé, la vallée était crainte pour ses sorcières. Or, il advint qu’un jour, l’une d’entre elles devint jalouse de Marion, une fille du bourg : celle-ci avait su se faire aimer d’un jeune type (probablement fade, inintéressant et porté à aider les auto-stoppeurs Noirs en galère) du nom d’Hyppolyte. Pour se venger d’elle, que fit la sorcière ? Elle força Marion à danser au sommet des montagnes qui entourent le village, au bord des précipices. Horrifiés, les villageois la regardaient danser, danser, danser, les pieds toujours à deux pas du gouffre. Ils avaient beau couvrir la malfaisante d’insultes, la menacer des pires châtiments, la jeune fille dansait, dansait, jusqu’à ce que l’inévitable arrive : elle tomba. Et mourut. Il y a une morale : la sorcière, ici, est un président idiot mais persuadé de son intelligence. La danseuse, ici, s’appelle démocratie. Les villageois, ici, s’égosillent alors que dans la triste réalité, ils ne font rien.   

Que disait Ascanio Celestini ? « Je regarde les ouvriers des barricades

de 48 et de 68, les paysans crottés de terre,

les journaliers agricoles qui sentent l’oignon,

les étudiants de 77 et les précaires de l’an 2000,

les maîtresses courageuses et les mères courage,

les associations de tombés au front,

les résistants et leurs drapeaux,

les soldats connus,

les soldats inconnus,

les soldats méconnus,

les exemptés du service militaire,

les parents des victimes,

les voisins d’en face des persécutés,

les officiants des sacrifiés,

les survivants des tremblements de terre,

des alluvions,

des inondations,

des exondations,

les réchappés,

les négligés,

les oubliés,

les indignés,

les enragés,

les opprimés

et les offensés.

 

Je regarde l’anarchiste immobile

au fond de la salle.

Le premier de la file,

Même s’il n’y a pas de file à proprement parler.

C’est lui qui est le plus près de la porte de la présidence.

Lui non plus n’a pas encore

Lancé sa bombe,

Mais ça ne veut pas dire qu’il y ait renoncé,

qu’il ait jeté sa soutane aux orties.

Si quelqu’un avait la possibilité de la lancer,

ce serait certainement lui le premier.

 

Moi aussi je la lancerais bien,

Mais je ne me permets pas de passer devant lui.

Je suis un révolutionnaire,

Pas un mal élevé.

Pourtant j’ai moi aussi

Quelque chose en commun avec lui

et avec eux tous.

Nous avons quelque chose en commun,

je ne sais pas si c’est l’idéal

ou si c’est parce que nous avons tous fait la même erreur.

 

Toujours est-il que nous sommes tous immobiles

Chacun dans son trou.

 

En un million d’années la mouche non plus

n’a pas appris à échapper à l’araignée ».

Comprenne qui voudra. Sur ce…

Salut et fraternité,

M.D.

P.S. : merci à la Chouette pour le compte-rendu du procès et la relecture attentive.

 

 

[i] J’ai coupé les paragraphes 1 et 2, qui stipulent : « 1° Des ascendants ou descendants de l'étranger, de leur conjoint, des frères et soeurs de l'étranger ou de leur conjoint ;  2° Du conjoint de l'étranger, de la personne qui vit notoirement en situation maritale avec lui, ou des ascendants, descendants, frères et sœurs du conjoint de l'étranger ou de la personne qui vit notoirement en situation maritale avec lui »

[ii] Pour ceux qui auraient encore de la gerbe en rab après cet extrait, la revue s’appelle Di Vugui d’a la Roya et le site Nice-Provence-Info diffuse régulièrement leurs facéties.

[iii] Message personnel à Florent Pagny : reste au Portugal, mais ne nous impose plus tes chansons, par pitié.

[iv] Une PAF qui contrevient très régulièrement aux conventions internationales, notamment en ce qui regarde la reconduite des migrants mineurs. https://www.youtube.com/watch?v=KM-X7tWYLMY. Regardez ces vidéos, et, je vous en prie, vomissez l’Etat capable d’utiliser vos impôts pour de tels crimes.

[v] https://www.streetpress.com/sujet/1506702391-la-france-livre-opposants-politiques-dictature-soudan. Je mêle ici allégrement les reconduites à la frontière et les expulsions, ce qui est indigne de ma part, mais que voulez-vous.

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