Quelle union pour les gauches aux municipales ?

Nous, signataires de ce texte, écologistes et municipalistes libertaires, souhaitons clarifier notre départ d'une réunion qui avait pour but de créer à Nice une liste unitaire de gauche, en vue des municipales de 2020. Et d’apporter des éléments de réflexion à quiconque est désireux de mener à bien l’union des gauches -qui ne se fera pas n'importe comment, ni avec n'importe qui.

Ce départ, certes un peu bruyant –mais ce n’étais pas voulu, croyez-le bien, d’autant que beaucoup parmi vous, du PC à EELV en passant par la FI, sont des ami.e.s et que nous nous sentons en accord total avec la ligne qu’ils défendent-, est cohérent avec ce que nous avions exprimé dès les première et deuxième réunions, qui ont eu lieu avant l’été déjà : nous pensons, pour des raisons éthiques et politiques évidentes, que cette union des gauches ne peut se faire qu’autour d’une plateforme commune : antiautoritaire –donc basée sur la démocratie directe-, antiraciste, antisexiste, et écologiste, donc anticapitaliste. Tout ceci à la fois, et sans aucun compromis possible.

 Droit dans ses bottes dans le mur.

Et là-dessus, le compte n’y est pas –notamment, voire principalement, à cause de la présence parmi les convié.e.s d’un transfuge du PS dont les pratiques militantes toxiques (son principal défaut étant qu’il tente systématiquement de tirer la couverture à lui, et fait preuve d’un goût immodéré pour la médiatisation de sa petite personne, au détriment des causes qu’il prétend défendre[i]) sont connues de tous.tes, mais aussi de diverses personnes témoignant d’une vision de la politique figée, d’appareil –en bref, comme si les Gilets Jaunes, ainsi que les autres mouvements de réappropriation de l’espace commun, n’avaient pas, à raison, envoyé valdinguer tout ça il y a longtemps déjà.

Les échos, notamment, des tractations menées ici même et dans tout le pays par certains cadres d’EELV, du PC et du PS (qui peut encore vouloir travailler avec le PS ?) ne sont pas de bonne augure. Manifestement, certain.e.s d’entre vous ne voient pas le mur. Nous, oui. Et, comme nous l’avons signalé il y a quelques mois, nous ne tenons pas à aller nous emplafonner avec celles et ceux qui n’ont pas encore compris que le temps de la politique des partis, avec ses jeux puérils pour savoir qui-c’est-qui sera tête de liste, et qui-c’est-qui qu’on invite, est bel et bien terminé –et personne ne le regrettera.  

 La social-démocratie, ni sociale, ni démocratique, a pris fin. Elle sera remplacée, inexorablement, par la démocratie directe.

Lors de la réunion, nous avons employé ce mot : libertaires. Car c’est ce que nous sommes –anarchistes, communistes –et socialistes pour de vrai. Et, surtout, écologistes. Et si nous employons ce terme, libertaires, c’est parce qu’il est porteur d’avenir. Parce qu’il est l’avenir du politique, conçu au sens fort de ce mot : à savoir, la gestion commune du bien-vivre ensemble.

Éthique et pratique.

En tant que libertaires et marxiens, tendance Karl, Léon et Groucho, donc, nous ne sommes pas une force d’appoint. Nous sommes une force d’action, et de proposition.  

Ni naïfs, ni stratégiques, nous sommes honnêtes. Et nous ne sommes ni des pions, ni des clowns –mais des bouffons, si vous voulez, au sens où les bouffons sont ceux qui rappellent au pouvoir que ses singeries n’amusent plus personne.  

Nous sommes toute une galaxie frater et soriternelle, d’associations, de collectifs, de militant.e.s, d’habitant.e.s, qui chaque jour inventons, sans rien demander à personne, le monde de demain. Un monde d’entraide, respectueux de nos frères et sœurs humains, des animaux, des plantes, des plaines, du ciel et des montagnes, et soucieux d’aller dans le sens de cette tendance naturelle qu’ont les femmes et les hommes à ne pas apprécier que des gens qu’ils ne connaissent pas décident à leur place de ce qui est bien et bon pour elles et eux.

Nous sommes ainsi tous personnellement porteurs de pratiques issues de l’écologie sociale et du municipalisme libertaire, qui, à notre connaissance, ne sont justement pas un programme politique, mais plutôt une succession de situations concrètes alimentées, et s’auto-alimentant, par une éthique, et par la pratique quotidienne de celle-ci.

Pouvoir aux quartiers. Pas de quartier pour le pouvoir.

Nous pensons, en conséquence, que le pouvoir, pour être utile et légitime, doit redescendre vers les quartiers, au sein desquels de vrais comités de quartier, dotés de lieux de réunion, de moyens matériels proportionnels à leurs besoins, décideraient de l’allocation des fonds dont ils disposeraient dans la commune, selon leurs affinités et leurs priorités, dans le cadre de l’éthique anarchiste –c’est-à-dire, antiautoritaire. Et dans une recherche, toujours à renouveler, du consensus

Aucune prise de pouvoir. Aucune figure égotique. Nous voulons une liste de 69 personnes sans étiquettes, une liste écologiste, sociale, et antiautoritaire. Ainsi que l’un de nos jeunes camarades l’a signalé lors de la réunion, si une tête dépasse et qu’elle déplait, le moins que l’on puisse espérer est qu’elle s’efface. D’elle-même. Sans pour autant que ses idées disparaissent -encore faut-il qu’elle en ait ! Pour celles et ceux qui souhaitent continuer à barboter dans le marais des vieilles façons politiciennes de faire, d’autres listes, d’autres terrains de jeux existent –ce ne seront pas les nôtres.

Le formol est moisi, agitons le bocal

Et plus les tenants de la « stratégie », du « ma binette au JT de France 3 Région », du « Moi-Je guidant le peuple » et du « je joue sur tous les tableaux, un pion par-ci un pion par-là » tenterons de nous éloigner, plus nous reviendrons, déterminés et en masse. Nous appelons cela l’effet boomerang. Un boomerang en forme de sourire, tel celui du chat d’Alice –sourire joueur flottant au milieu d’un corps invisible, mais bien présent. Basta de la prostitution électorale, du clientélisme, du marketing politique et des stratégies au formol !

Cette campagne électorale sur la base de l’écologie sociale et du municipalisme libertaire, nous allons la faire, quoiqu’il en soit. Peut-être en serez-vous ? Nous la ferons, mais pas pour le pouvoir. Nous la ferons pour et avec les gens, les habitant.e.s des quartiers, les oublié.e.s, les confus.es, les paumé.e.s de la politique, les égaré.e.s, les pas-d’accord, les en-colère, les j’en-peux-plus, les tous-les-mêmes. Comme nous l’avons fait, et comme nous continuerons à le faire, avec les Gilets Jaunes par exemple, nous irons à la rencontre de chacune et chacun : parce que nous préférons très largement discuter, dans la rue, avec un homme qui vote FN par ignorance et rancœur, et sans doute parce qu’il se trompe de colère, comme le déclarait il y a 20 ans une affiche du MRAP reprenant Senghor, qu’au sein d’une salle de réunion avec une personnalité politique de « gauche », avec toutes les guillemets nécessaires, persuadée qu’elle a raison. Celui-là ne nous intéresse pas. Ses luttes ne sont pas les nôtres. Et nous n’avons rien à faire ensemble, même de loin.  

Si vous n’êtes pas avec nous, vous êtes bien seul.e.s.

Voici donc résumée les raisons de notre départ, qui est tout sauf un caprice. À chaque réunion, nous vous l’avons signalé : nous sommes des gens habitués à faire. Nous faisons : des actes, des liens, des projets, des rêves.

La frustration crée le désir. Et le désir crée la frustration (et inversement).

Nous n’aimons donc pas perdre notre temps. Nous sommes frustrés. Nous avons envie d’aller dès maintenant dans les quartiers pour dire aux gens qui s’organisent déjà, formellement dans des associations, des comités de quartier, et informellement lors des milliers de situations du quotidien qui le nécessitent, que nous sommes là, pas pour les aider, pas pour leur dire comment faire, mais pour faire avec elles et eux, pour apprendre de ces pratiques concrètes et pragmatiques. Pour faire simplement le travail d’interface entre les moyens légaux, les richesses crées chaque jour par nos labeurs, et les besoins pratiques : ici, de quoi créer un potager communautaire ; là, de quoi rendre gratuits les transports en commun ; ici, de quoi s’assurer que tel immeuble inoccupé car insalubre soit remis en état, et mis à disposition des mal-logés. Nous serons ainsi les petites mains fiables qui soutiendront les habitant.e.s des quartiers, et participeront à ce que les pratiques quotidiennes d’entraide et de partage ne signifient plus confrontation à l’administration, peur d’être illégal, complexité sécuritaire ou interdit tout court, mais soient développées et encouragées.      

Nous voulons voter pour chacun.e de nous. Faute de quoi, nous ne voterons pas, à nouveau. Et, à nouveau, vous serez désavoué.e.s. Parce qu’à la lutte concrète pour un monde écologiste et solidaire, et contre l’univers déplaisant et disgracieux proposé par la droite du centre et de l’extrême, de Patrick Allemand (PS-LREM) et ses émules à Philippe Vardon (FN) en passant par les duettistes Eric & Cricri, vous aurez à nouveau substitué les querelles d’appareil et les stratégies égotistes.

« La seule vengeance qui m'apaiserait, c'est l'avènement de la liberté, la grande délivrance qui profiterait à mes amis et aussi à mes ennemis. Tous. Mais jusque-là, la lutte continue » (Bartolomeo Vanzetti).

Salutations frater- et soriternelles.

Collectif boomerang – Nice.

 

[i] Notons en guide d’exemple le triste épisode de l'hiver dernier, au sujet des violences et de la répression à l'encontre des Gilets Jaunes, quand, place Garibaldi il a offert la tribune à P. Allemand, Macroniste notoire que nous avions par ailleurs conspués. Entendre un lamento sur le LBD 40 prononcé par un soutien de Macron nous était simplement insupportable. Plus encore, D. N., qui parle des Gilets Jaunes sans jamais y participer, après avoir invité son partenaire idéologique à nous délivrer la bonne parole, a ensuite refusé de nous laisser le micro, considérant que l’évènement qu’IL avait déclaré était clos. Ces faits précis (sans même mentionner ceux relatifs aux manifestations contre le féminicide, qui l’ont vu se substituer au collectifs féministes seuls à même d’organiser ce type d’évènement, et sans parler non plus de l’agacement profond qu’il suscite au sein des collectifs d’aide aux migrants) sont affligeants. Qui peut les cautionner, au nom de la recherche de l'unité? L’unité n’est pas un totem, et elle ne se fera pas avec n’importe qui. En tous les cas, en ce qui nous concerne, elle ne se fera ni avec P. Allemand, ni avec D. N.

 

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