«Ensauvagement»: les rues ne sont plus sûres

Ils ont raisons, les éditorialistes de Valeurs Actuelles, BFM et CNews: ça s'ensauvage ! Tenez, moi-même, hier soir en rentrant du bar, j’ai été agressé dans mon hall d’immeuble par une bande de « racailles » à qui je venais d’ouvrir, et qui m’ont frappé au sol avant de fuir. Bon, par contre, ils étaient blancs, crâne rasé ; bref, c’étaient des fachos qui m’avaient reconnu et suivi. Ça compte ?

Mais, non, étrangement, cette délinquance-là n’intéresse pas beaucoup notre ministre de l’intérieur, parti en guerre contre les barrettes de shit, les sandwichs distribués aux migrants à Calais et les tweet de Jérôme Rodrigues, ni évidemment nos experts en parole publique des chaînes d’info en continu, pour qui ces braves fachos sont une salutaire réaction face à l’engeance islamogauchiste : « Génération Identitaire, moi je trouve qu’ils sont quand même assez gonflés, ces jeunes » (Philippe de Villiers) ; « Bah oui, ils sont marrants, bravo, bravo ! » (Élisabeth Lévy).

Et pendant qu’ils les applaudissent, c’est nous qui prenons les coups. Il y a douze jours, les « marrants » sont venus à la fac de lettres de Nice ; pas pour emprunter un bouquin à la BU, ça risquerait de leur faire pousser des neurones sous la tonsure, mais pour casser le nez d’un pote syndicaliste étudiant qui y tenait un stand. Et voilà qu’ils viennent me chercher dans mon hall d’immeuble pour me mettre des pains après avoir demandé : « c’est toi l’antifa ? » (pas eu le temps de répondre, mais un pote m'a suggéré : "Je ne me qualifierais pas en tant que tel mais je suppose que vous êtes les fa ?").

Il y a peu, j’ai eu la stupeur de lire dans le Canard que le procès des attentats était « insuffisant », « parce que seront absents du box ceux que Richard Malka, l'avocat de Charlie, nomme les "complices intellectuels" et que Riss, le directeur de l'Hebdo, appelle des "collabos". Ces gens "d'une gauche souvent radicale" qui, en hurlant à l'islamophobie, ont indirectement pu fournir des arguments à ceux qui cautionnent encore la rhétorique pseudo-judiciaire des Kouachi et Coulibaly réunis » ...

Et c’est en gros le message diffusé par la grande partie de nos médias : les gauchistes, avec leurs combats anti-islamophobes et anti-racistes, se font plus ou moins directement les complices, pardon, les « collabos », de la délinquance dans les banlieues et du terrorisme des émules décérébrés de Daech…. Et puis quoi, encore ? On refile le corona, aussi ?

« Les antifascistes sont les vrais fascistes », « les antiracistes sont racistes », et voilà que nous nous retrouvons à nous faire imposer la grille de lecture d’un délirant monde inversé, dans lequel celles et ceux qui luttent au quotidien pour une société plus égalitaire et moins violente sont désignés comme étant les coupables de tous les dérèglements qu’un œil un peu plus exercé peut facilement attribuer au capitalisme décomplexé et à son corollaire, le repli identitaire à tendance nationaliste.

Et grâce à ces brillants stratèges, on s’en retrouve là : les valeureux guerriers « de souche », pendant que les micro-trottoir de TF1 demandent aux passants tout le mal qu’ils pensent des islamo-racailles et des Gilets Jaunes radicalisés, et que nos ministres pérorent sur « l’ensauvagement » du pays, peuvent se permettre de venir bien tranquillement me casser la gueule en bas de chez moi, alors que je rentre beurré, en contradiction manifeste avec leur propre slogan, « on est chez nous ! », puisque là, du coup, j’étais chez moi.

Et si « l’ensauvagement », c’était ça ? Ces miliciens fascistes qui déambulent arme au poing dans nos rues, copains comme cochons avec la police, avec laquelle ils partagent la plupart des idées courtes qui les unissent : ein reich, ein volk ?

Le « séparatisme » n’est ni rouge ni noir, il est bien blanc, et s’exonère violemment des lois de la République, trop libertaires, égalitaires et fraternitaires à ses yeux. Ils ne luttent pas contre l'insécurité, ils sont l'insécurité.

Des potes qui ont ou avaient des idées fachos, j'en ai. On en débat. L'important c''est de discuter. Ces gens-là n'en sont pas capables. Et c'est peut être ça le plus con dans cette histoire, finalement.

Concluons en musique avec la Canaille, Jamais nationale :

« Cette voix sinistre est d'humeur assassine
Elle s'évertue à plonger la tête immigrée dans la bassine
Déteste ses racines, traque son taux de mélanine
Reproche l'odeur de sa cuisine ou la largeur de ses narines
Le traite comme un danger roule son nom dans la farine
Ses théories sont consanguines parle de flingues de carabines
Défend une France en blanc ou en bleu Marine
Alors le porc et sa portée de gorets s'en lèchent les babines

N'hésitons pas à l'répéter
L'heure est grave l'état d'urgence est décrété
Non pas question d'garder le silence
Cette voix revient comme un cauchemar diaboliser nos différences
Ici ça pue j'ai la nausée
Une profonde indignation comment rester les bras croisés
Cette voix c'est le poison qui tourne en rond dans son bocal
Mon identité ne sera jamais nationale »

Salutations libertaires,

M.D.

PS : rassurez-vous je vais bien hein.

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