Macron président : comment, pourquoi ? Retour sur un hold-up démocratique.

Bon. Maintenant que le braquage a eu lieu, revenons un peu sur la scène du crime, le hold-up électoral du siècle. Comment ce *** de Macron est-il parvenu à accéder à la présidence ? C’est à cette question que je vais tenter de répondre, en synthétisant tout ce qui a pu se dire ici ou là, et en ajoutant bien sûr une brillante touche personnelle.

Macron au pouvoir : comment, pourquoi ?

Le jeune bourge arriviste

Macron nait en 1977, l’année du rapprochement entre le Mozambique et l’URSS ; hasard ? Je ne pense pas. Il est le fils de deux médecins, ce n’est pas sa faute, mais l’inscrit d’emblée dans la catégorie CSP+ qu’il n’a jamais quittée. Il fait ses études chez les jésuites (il ne cache d’ailleurs pas son catholicisme, se prenant lui-même pour Jésus), puis au lycée Henri-IV, véritable incubateur de gosses de bourges, où il passe son bac avant d’entrer en prépa littéraire où, contrairement à ce qu’il aime parfois à laisser entendre (une sorte de mensonge par omission), il échoue deux fois à l’examen d’entrée à l’Ecole Normale Supérieure, son drame. Après une maîtrise sur Machiavel –pour le coup, une lecture dont il a su tirer parti- et un DEA sur je ne sais quoi, on s’en fout, il commence à sérieusement à se dire qu’il est temps d’arrêter de glander à la fac, et de devenir président ou quelque chose dans le genre. Il commence tranquillement en allant étudier à l’IEP Paris, puis en venant parasiter occasionnellement le bureau de Paul Ricœur, l’auteur de Temps et récit, quoique selon Marc Endeweld dans son livre L’Ambigu monsieur Macron, le philosophe n’ait en fait guère accordé d’importance à ce jeune ambitieux qui néanmoins, grâce à ce compagnonnage (si tant est que l’on puisse dire que l’on « compagnonne » avec son vers solitaire), intègre le comité de rédaction de la revue Esprit, organe historique du christianisme de gauche (qui bascule à droite à partir des années 80). Il prétendra aussi plus tard avoir bossé pour le philosophe de (vraie) gauche Etienne Balibar, mais celui-ci a démenti, pas de bol. Bref ; il a 25 ans. Bien décidé à passer à la vitesse supérieure, il entre à l’ENA-Strasbourg, où il forge bien entendu son tempérament rebelle et anti-système (ah.ah.). Ceci fait, il intègre l’Inspection Générale des Finances, et tire profit du parrainage du sympathique Jean-Pierre Jouyet, un ami de Fillon et de Hollande qui fait partie de tous les gouvernements depuis des lustres. Il commence déjà à attirer l’attention du grand patronat, comme le rappelle cet article du Figaro (citant Marianne) traitant des rapports entre Laurence Parisot, ancienne patronne du Medef, et Macron : « On se connaît bien», souligne l'ex-patronne des patrons. «J'ai apprécié travailler avec lui, c'est un interlocuteur remarquable pour son écoute, sa créativité», rapporte Laurence Parisot (…). L'hebdomadaire (Marianne, donc, NB) rappelle qu'en 2006, elle avait tenté de recruter Emmanuel Macron au poste de directeur général du Medef. Il avait refusé mais depuis ils n'ont jamais perdu contact ».

A partir de ce moment, Macron entre de plain-pied dans les élites, et fréquente assidument les grands de ce pays : Henry Dunant, magnat de l’immobilier très influent au sein de qu’on appelle la Deuxième Gauche (issue du renoncement au marxisme, à l’acceptation des lois du marchés et donc du capitalisme, ce n’est donc bien évidemment plus de la gauche du tout –c’est ce qu’on peut trouver en raclant au fond de la tête de Valls) ; Jacques Attali (pour ceux qui ne le connaissent pas, c’est une sorte d’oracle postmoderne qui présente la particularité de s’être toujours trompé dans toutes ses prédictions), dont il intègre la commission du même nom, un bidule néolibéral mis en place par Sarkozy et prônant le retour à la croissance par la déréglementation ; Xavier Fontanet, président d’Essilor, une grosse boîte d’optique ; Serge Weinberg, président de Weinberg Capital Partners, qui selon leur site « propose une réelle alternative aux dirigeants et actionnaires recherchant un partenaire qui puisse les aider à recomposer leur capital » ; Laurent Bigorgne, directeur général de l’institut Montaigne ; Françoise Holder, codirectrice du groupe Holder (chaînes de boulangeries Paul…) ; Stéphane Boujnah, président d’Euronext, qui gère les bourses de Paris, Lisbonne, Amsterdam et Bruxelles ; Christian Dargnat, ancien de la BNP Paribas et du Crédit Mutuel, qui est aussi passé par le Medef ; Pierre Naterre, ancien du Medef également ; Jean-Michel Darrois, un avocat d’affaire ; ou encore Alain Minc, l’homme qui deux mois avant le cataclysme qu’a représenté la crise des subprimes de 2008, affirmait sur tous les plateaux télés que tout allait bien, et qui est sans doute à la fois l’un des économistes les plus médiatisés et les plus incompétents du pays. C’est lui qui pistonne Macron pour le faire entrer chez Rothshild, la célèbre banque d’affaire.

Le banquier qui flambe

 Là, ça commence à devenir intéressant. Comme l’a souligné pendant la campagne une note de blog sur le site Les Crises, Macron se comporte dans sa banque comme un parfait petit soldat du capital et, grâce à ses compétences dans le domaine (notamment auprès de Nestlé qui selon la CGT, je le dis en passant, fraude chaque année 192 millions d’euros au fisc), empoche un sacré pactole : entre 2011 et 2013, il brasse ainsi 2,7 millions brut, soit 1,4 millions nets. Or, qu’a-t-il déclaré comme patrimoine, en 2014, au moment de devenir ministre ? Et bien, tenez-vous bien : presque rien. Volatilisé, le pognon. Ce qui suggère qu’il est parvenu à claquer l’équivalent d’un SMIC par jour pendant ses années Rothshild. Justification de Sylvain fort, porte-parole d’En Marche ! : « Pendant les années Rothschild, Emmanuel Macron a adapté son train de vie à ses revenus, et il a donc pas mal dépensé. » C’est peu de le dire. Un bon gestionnaire, en somme. D’autant que ce ne sont pas les seules bizarreries de cette déclaration de patrimoine surréaliste. Jugez plutôt : en 2007, alors qu’il ne gagne « que » 40 00 euros par ans, il achète un appartement de 83 m² à Paris à 890 000 €, soit 1 000 000 €, si on ajoute les frais. Comme c’est une grosse somme, il emprunte 550 000 euros (sans intérêts, c’est bien d’avoir des amis riches) à Henry Dunant, évoqué plus haut, et 400 000 euros au Crédit Mutuel (la banque préférée de Bolloré, un autre copain de Manu), étant entendu qu’il a dû tout de même tomber sur un conseiller plutôt conciliant, car faire un crédit de cette ampleur quand on déclare 40 000 euros pas an, c’est inédit. Quant à Dunant, on ne sait pas s’il n’a pas exigé des contreparties, notamment à Bercy. Tout ça pour rien : l’appartement a été pour lui une ruine, puisqu’il l’a payé 250 000 euros de trop. Sacré gestionnaire, encore une fois : à un tel point, que malgré des revenus plus que confortables (un millions et demi après impôts en trois ans), il doit quand même encore souscrire deux emprunts auprès du Crédit Mutuel : 350 000 euros pour des travaux en 2011, et 200 000 pour on ne sait quoi en 2012. Bref ; Macron gère son patrimoine comme un manche –tout en se démerdant, on ne sait comment, pour ne jamais être assujetti à l’ISF.

 Dès cette période faste, bien sûr, le bonhomme n’est jamais bien loin du politique, quitte à pratiquer parfois des enjambements douteux, par exemple lorsque, ainsi que l’avait brièvement rapporté le journal Capital, en 2013, il appelle la rapporteure PS du projet de loi de séparation des banques « plusieurs fois pour lui demander de retirer deux amendements non favorables à ses amis banquiers. Elle avait fait la sourde oreille. » Le fripon ; déjà, l’idée de tirer des ficelles en faveur de ses compères lui trottait dans la tête.   

Le ministre incompétent

Cependant, pas idiot non plus, Manu finit par réaliser que pour servir les intérêts du capital, plutôt que de devoir passer des coups de fils au pouvoir, le mieux demeure en fin de compte d’être le pouvoir. Sitôt dit, sitôt fait –il est pressé, le bougre : se servant de son « amitié » (je ne sais guère comment appeler ça) avec Jouyet et Attali, Macron entre dans l’orbite du Parti Socialiste ; présenté à François Hollande, il coordonne pour lui le travail de quelques économistes de tendance libérale, avant de devenir, une fois passé la victoire du Flamby, secrétaire général adjoint de l’Élysée, chargé des questions économiques. Et en 2014, c’est la première consécration : soutenu par Jouyet et fort de l’affection du président, qui comme d’habitude ne voit rien venir, il est nommé au ministère de l’économie.

 Bon, passons rapidement sur les lois Macron : libéralisation des bus, facilitation des licenciements, travail le dimanche et la nuit, privatisation du don du sang (mais oui ! C’est dans l’article 48, qui prévoit de céder des parts du Laboratoire de Fractionnement et des biotechnologies) en gros du libéralisme bête et méchant comme on l’aime ; ce n’est pas le plus intéressant à retenir de son passage chez Hollande : ce que je préfère, c’est bien entendu le Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi, ou CICE. Une vraie merde néolibérale, à l’état chimiquement pur. 

Qu’est-ce que c’est ? Très simplement : 40 milliards d’euros par an (ouille.) d’allégements de charges fiscales pour les patrons, avec l’espoir fou que cela les incitera à créer des emplois. Pierre Gattaz, l’inénarrable président du Medef, créera d’ailleurs à cette occasion ses fameux pin’s « 1 millions d’emplois », sans que l’on sache trop s’il s’agit d’humour, de bêtise, ou d’un subtil mélange des deux. Car le problème avec le CICE, c’est qu’il n’a aucune chance de fonctionner, et ce pour une raison très facile à entendre : quand bien même il paierait ses salariés 1 euro de l’heure, un patron n’a aucune raison d’embaucher s’il n’a pas de commandes ; or, qu’est-ce qui détermine les commandes ? La demande. Et qu’est-ce qui finance la demande ? Et bien, les capacités d’investissement de consommateurs qui, s’ils sont payés 1 euros de l’heure, ne peuvent bien évidemment rien acheter, et le serpent se mord la queue. D’autant que, on le sait très bien par de nombreuses observations, la marge dégagée par de nombreuses entreprises ne se dirige pas vers l’investissement productif ou la consommation, mais vers le profit actionnarial. C’est ballot. Mais tout de même, me diriez-vous, si l’emploi coûte moins cher, selon la théorie des avantages comparatifs dans le cadre de la mondialisation, cela peut tout de même servir à attirer des investisseurs, ou que sais-je ? Que vous êtes couillons. Si tout le monde, comme c’est le cas actuellement, baisse les charges salariales en même temps, cela annule de facto tout avantage relatif. Raté, donc. Bref. démontrer l’inanité par le menu des mesures économiques libérales demanderait un bouquin entier.  

Autre fait d’arme magnifique : avoir pris fait et cause pour Uber, un modèle économique qui lui paraît très intéressant ; d’ailleurs, n’a-t-il pas affirmé : « Je ne vais pas interdire Uber et les VTC, ce serait les renvoyer vendre de la drogue à Stains » ? Or Uber, ce n’est rien d’autre qu’une multinationale de la Silicon Valley, qui, comme toutes ces multinationales, ne paye aucun impôt et fait son beurre grâce à la publicité et au trafic de données personnelles, et propose aux pauvres bougres qui intègrent sa plate forme un statut d’esclave postmoderne : pas de sécurité sociale, pas de retraite, des revenus dépendant totalement de la capacité du travailleur à chercher des clients (il est donc payé au rendu)… Tout ceci sans que jamais la firme ne participe à l’effort fiscal nécessaire au financement des hôpitaux, des écoles, de tous les services publics. Un charmant avenir en perspective.

Pendant son passage à Bercy, Macron nous aura également régalé par ses saillies anti-pauvres, véritable monument à la connerie des dominants tellement sûrs de leur fait qu’ils en oublient de réfléchir, et que Gérard Filoche a compilée sur son site. Florilège : « Si j’étais chômeur, je n’attendrais pas tout de l’autre, j’essaierais de me battre d’abord » ; «Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires » ; « Bien souvent, la vie d’un entrepreneur est bien plus dure que celle d’un salarié, il ne faut pas l’oublier. Il peut tout perdre, lui, et il a moins de garanties » (déclaration d’une bêtise insondable, qui donne idée de la vision que Macron des réalités de la vie salariée) ; Parlant des salariée de Doux : « Il y a dans cette société une majorité de femmes. Il y en a qui sont, pour beaucoup, illettrées. » ; « Le libéralisme est une valeur de gauche » ; « Les salariés français sont trop payés » « Les salariés doivent pouvoir travailler plus, sans être payés plus si les syndicats majoritaires sont d’accord » ; « Le FN est, toutes choses égales par ailleurs, une forme de Syriza à la française, d’extrême-droite » ; « Je n’aime pas ce terme de modèle social » ; « Être élu est un cursus d’un ancien temps » (et la démocratie, on en fait quoi, connard ?) ; à un prolétaire cégétiste qui lui fait face : « Vous n’allez pas me faire peur avec votre t-shirt, la meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler » ; « Les britanniques ont la chance d’avoir eu Margaret Thatcher » (rappel : Thatcher a mené une politique qui a littéralement dévasté les Royaume-Unis, si bien qu’aujourd’hui encore, dans certains quartiers ouvriers, l’espérance de vie est inférieure à la moyenne indienne) ; « La France est en deuil d’un roi » (encore une fois, bonjour le respect des institutions démocratiques) ; « Je suis pour une société sans statuts » (donc : ubérisation généralisée) ; « Je ne suis pas là pour défendre les jobs existants » (ce qui a le mérite d’être clair) ; « Le chômage de masse en France c’est parce que les travailleurs sont trop protégés » ; Il qualifie les frondeurs PS s’opposant à sa loi de « foyer infectieux » ou de « fainéants » ; « Vu la situation économique, ne plus payer les heures supplémentaires c’est une nécessité » ; « La gauche classique est une étoile morte. L’idéologie de gauche classique ne permet pas de penser le réel tel qu’il est » ; « 35 h pour un jeune, ce n’est pas assez » ; «  une start-up nation est une nation ou chacun peut se dire qu’il pourra créer une start-up. Je veux que la France en soit une ». Le fait qu’un individu capable d’énoncer de telles inepties ait pu être, ne serait-ce qu’une seule seconde et avec des guillemets, accolé au mot « socialiste » en dit long sur la dégénérescence du concept. Trosky, Lénine, revenez, ils sont devenus fous.

Et pour couronner le tout, le ministre aura tiré profit de son mandat pour mettre tout son pouvoir d’influence au service du secteur financier, bloquant notamment la loi de séparation entre fonds spéculatifs et fonds de dépôt ; comme la loi finalement passée, malgré toutes ses tentatives pour la faire avorter, ne lui plaisait pas, il ne l’a tout simplement pas ratifiée. Malin, le type. Avec lui, la finance (qui, je le rappelle, est l’entité actuellement occupée à détruire le monde) est entre de bonnes mains.     

 Macron, en plus d’avoir géré son argent comme une brelle quand il bossait chez Rothshild, a donc également balancé par la fenêtre celui des français (même le mien ! Etant au RSA, je ne paye pas d’impôt, mais comme tout le monde je casque tous les jours avec la TVA, le plus injuste des impôts, donc la préféré des abrutis comme Macron) quand il conseillait Hollande sur les questions d’économie, et s’est distingué par sa totale incompétence dans le domaine. C’est bien simple : s’il tentait de passer le bac ES, il ne l’aurait pas et écoperait de ce commentaire : « 3/20. Apprend bien ses leçons, mais ne fait preuve d’aucune curiosité, ni d’esprit critique. Reprenez-vous, jeune homme ».

Le chouchou des médias

C’est pour toutes ces raisons que, quand ce crétin à tête de gland a quitté Bercy pour lancer un parti au nom ridicule, en Marche ! (avec un point d’exclamation), j’ai fait comme tout le monde : je me suis marré, et je me suis dit qu’il allait rapidement retourner palper de l’oseille dans son bureau chauffé de chez Rothshild, sirotant son café en contemplant une photographie de sa momie aztèque (car qu’on ne me dise pas que la Brigitte ne ressemble pas à Rascar Capac). Mais c’était sans compter un élément déterminant : la passion qu’avait suscité ce jeune homme arriviste au sein d’une bonne partie des médias. Une passion parfois proche du délire, et renforcée par les liens très étroits entretenus par Macron avec les principaux magnats de la presse hexagonale : Xavier Niel (Le Monde, L’Obs…), Patrick Drahi (Libé, L’express…), Bernard Arnault (Le Parisien...), Vincent Bolloré (Canal+…)…

Comme toujours dans le cas évident d’une vaste campagne de propagande médiatique, il est bien entendu fondamental de préciser, avant toute chose, que celles-ci ne sont pas nécessairement couronnées de succès. La campagne pour le « oui » au référendum de 2005 n’a pas empêché le « non » de l’emporter ; idem pour le Brexit ; et pareil encore pour l’accession de Donald Trump à la présidence américaine, le milliardaire n’ayant pas été, c’est le moins qu’on puisse dire, le candidat des médias. Mais parfois, cela fonctionne : et pour le coup, avec Macron, nous avons affaire à un véritable cas d’école.

 Dès l’annonce de son départ du gouvernement Hollande, on pouvait déjà noter que quelque chose clochait. En effet, la chose a fait l’objet d’un traitement digne de la découverte d’un vaccin contre le cancer, ce qui ne pouvait que provoquer un légitime sentiment de perplexité chez les spectateurs de l’époque : bon, le puceau gérontophile s’en va, et quoi ? Grand bien lui en fasse. Mais dans les journaux, cela a donné, ad vomitam (voir les articles d'Acrimed sur le sujet), un véritable déferlement de unes, de gros titres, d'articles venant très gentiment le brosser dans le sens du poil en entretenant sciemment un feuilleton grotesque, et gavant le public de sondages grossiers (rappelons que Macron est le seul candidat qui a eu la chance de voir ses chances au second tour testées alors même qu'il n'était pas sensé passer le premier). 

Et ça ne s’arrêtera plus jusqu’à ce jour funeste où sa tête s’est affichée à la place de celle de Mélenchon, en ce tragique premier tour qui restera longtemps à la fois dans les annales, et dans nos anus (pardon). Et désormais qu’il est passé (inutile de dire que c'est préférable au FN, mais ça n'empêche pas la lucidité), c’est, si je peux me permettre, la fête du slip, comme en témoignent des déclarations délirantes, relevées notamment par Samuel Gontier sur son excellent blog, Ma Vie au poste, dans lesquelles Manu est comparé pêle-mêle à Kennedy, au Christ, à Moise, bref à l’un des plus grands génies que ce pays ait enfanté (je ne caricature même pas). La palme revient, bien entendu (avec Challenges), à L’Obs qui, en plus d’un édito (et non pas une tribune, les deux genres étant sensément à part) hallucinant appelant clairement, avant même le premier tour, à voter Macron, consacra un nombre incroyable de ses unes au « candidat anti-système » (rire un peu, ça ne fait jamais de mal).

Comment expliquer cette frénésie de la quasi-totalité de toutes les sphères éditoriales en faveur d’un jeune homme sans programme, qui n’avait pourtant pas brillé lors de son passage à Bercy ? Il est parfois difficile d’expliquer les folies collectives qui atteignent une corporation en son entier. Mais il est possible, ici, de dégager quelques pistes.

Tout d’abord, l’évidence : Macron est ultralibéral. Et, pour la majeure partie de ceux qui font (ou tentent de faire) l’opinion, ce dogme économique est le seul tolérable, l’alternative étant laissée à la seule extrême-droite, parfait repoussoir, épouvantail ultime, bien pratique quand il s’agit de pousser des électeurs, de plus en plus rétifs à venir à l’abattoir, et de plus en plus traversés par l’idée que peut-être on les prend pour des cons, à voter « utile » -mais c’est un autre sujet. Pour les dominants, la gauche qu’ils disent « radicale », donc la vraie gauche, est une aberration, pour la simple raison qu’elle menace les intérêts du capital, donc de la classe dont ils sont membre, celle de l’oligarchie (bon, tout ce vocabulaire fait sans doute un peu vieux gaucho, mais que voulez-vous). D’où le mépris souverain et les moqueries condescendantes avec lesquelles ils ont accueilli la victoire de Hamon aux primaires du Parti Socialiste. D’où le mépris de classe non dissimulé avec lequel Poutou est toujours reçu. D’où la levée de bouclier, et la vague de désinformation, qui a suivi la percée de Mélenchon dans les sondages, en fin de campagne, pendant laquelle ils étaient à deux doigts de nous annoncer l’arrivée imminente, en cas de victoire du dangereux chaviste, de l’Armée Rouge sur les champs Elysées. Les médias, dans leur grande majorité, et dans les grosses lignes, défendent –plus ou moins consciemment- une pensée de droite. Plus précisément : une pensée libérale. Etant cultivés, néanmoins, beaucoup de journalistes ont tout de même une ouverture d’esprit qui les empêche de basculer carrément dans une droite réactionnaire et conservatrice à la Fillon ; c’est pourquoi la presse s’est au début entichée de Juppé, le gentil pépère de droite « centriste », libéral mais pas facho puis, une fois celui-ci éliminé par la primaire, se sont vautrés sans complexes dans le macronisme, avec une ferveur quasi érotique. Car en fin de compte, c’est Macron qui, avec son hypocrite « ni droite ni gauche » (toujours cette idéologie du centre), colle le mieux avec ce que pensent les « élites » intellectuelles du pays, persuadées que le néolibéralisme, plutôt qu’une idéologie, est un « pragmatisme », qui ne demande pour s’exprimer à plein que de laisser un « gestionnaire » de talent mettre fin aux archaïsme nous séparant encore du paradis consuméro-capitaliste (mâtiné, éventuellement, d’un verni social et/ou écologique –très mince dans le cas de Macron).

De plus, Macron est parfaitement parvenu à donner l’impression ne s’être pas compromis avec un système politique au bord de l’implosion, et que même ses plus fervents soutiens historiques ont désormais bien du mal à soutenir. Jeune, assez pour avoir esquivé toutes les logiques d’appareil qui, jusqu’à présent, à travers des parcours étalés sur plusieurs décennies, faisaient la légitimité des hommes politiques du sérail traditionnel, Macron a su passer entre les gouttes. Il a eu, lui, la bonne idée de ne pas passer par ce processus, créant son « mouvement » (c’est bel et bien un parti, évidemment) en évitant soigneusement la case de primaires dans lesquelles de toute façon, que cela soit à droite ou à gauche, il se serait vautré : quoique depuis toujours familier de la sphère des « experts », des dominants, des technocrates, il put donc ainsi donner l’illusion d’être à part de ce petit monde, pour la plus grande joie de l’idéologie dominante et de ses tenants dans les médias et ailleurs, qui purent ainsi déclarer leur amour pour lui sans passer pour d’ignobles suppôts du « système » (j’entends par là : les instances décisionnelles de la domination) dont ils font tous partie.  

 Enfin, c’est un homme qui maîtrise parfaitement tous les codes contemporains du storytelling. De sa jeunesse d’élève prodige à sa démission prétendument fracassante du gouvernement Hollande, Macron et les communicants qui l‘entourent ont su créer un récit cohérent, fascinant pour qui n’y regarde pas de trop  près. Thématique du « surdoué » brûlant les étapes. Imaginaire de la jeunesse rebelle et insolente (sic), convoqué jusqu’à l’indécence, par exemple en intitulant l’autobiographie du prodige : Révolution (pour vomir, c’est par là) ; Macron est devenu celui qui « casse les tabous », « brise les codes », « dépasse les clivages », et j’en passe des plus énormes. Et, bien sûr, comment ne pas en parler, « cadrage Harlequin » de son écœurante (à force d’être étalée en public : que sa copine soit vieille et moche, en soi, en s’en fout) relation avec Brigitte, une relation qui, grâce aux bons conseils d’une certaine Mimi Marchand, « Reine des people » et experte dans l’art de créer des récits médiatiques pour presse-poubelle, fera beaucoup pour dynamiser la popularité du candidat, dont l’ultra-conformisme de pensée et de vie est passé à la trappe derrière le caractère original du couple, soigneusement instrumentalisé.

Et le résultat est là : à force de matraquage, Macron est désormais président, et difficile depuis quelques jours de ne pas retenir ses haut-le-cœur devant l’unanimisme de la presse et des chaînes de télévision, qui communient dans une hallucinante séance de fellation collective, TF1 allant même jusqu’à nous imposer un documentaire qui restera dans les annales du léchage de cul présidentiel, à mi-chemin entre spot publicitaire pour du jambon Madrange et document de propagande soviétique sur la vie de Staline. « Les hommes de génie sont des météores destinées à brûler pour éclairer leur siècle », y affirme le commentaire. « C’est Bonaparte, à 22 ans, qui a prononcé cette phrase. Deux siècles plus tard, Macron la fait résonner. »Diantre. On y trouve également ces fortes paroles d’Ana Cabana, éditorialiste en chaleur : « On sent bien qu’il parle à Dieu, il entend des voix, il est dans la transcendance. Macron est mystique, christique même. Et quand je lui ai demandé : “Mais alors, est-ce que Dieu vous parle ? Est-ce que vous parlez à Dieu?”, il me dit : “Ce sont les voix qu’on crée soi-même.” » Arrêtez tout, je vais rendre.

Un candidat vendu comme un yaourt

Bien sûr, les médias ne sont pas seuls responsables. Cécile Alduy, chercheuse en sciences politiques (dans le Point) : « Chez Macron, tout est dans la démarche, la manière de faire, tandis que, sur le contenu, il reprend à droite ou à gauche des idées assez générales (flexibilité du travail, laïcité de la loi de 1905, Européen convaincu). Il y un côté « start-up » dans son mode opératoire : on analyse l'offre sur le marché (ici politique), on monte une petite boîte sur un concept disruptif (la candidature apolitique), on fait des « focus-group », on teste le produit en mode « bêta », on intègre les retours des consommateurs dans la version finale, on peaufine, enfin on livre un produit résolument neuf, qui repose sur un usage et un savant marketing plutôt que sur un contenu précis ». Et c’est en effet la première fois qu’en France, un candidat mène une campagne entièrement fondée sur les méthodes du marketing et du management modernes.

L’histoire d’En Marche ! commence ainsi par un vaste diagnostic, donc une étude de marché, menée par la boîte Liegey Muller Pons, dont le site affirme : « Liegey Muller Pons est une startup en stratégie électorale fondée par Guillaume Liegey, Arthur Muller et Vincent Pons, trois passionnés de politique et de nouvelles technologies qui se sont rencontrés pendant la campagne de Barack Obama en 2008. Progrès de la recherche en sciences politiques, Open Data, Big Data, nouvelles technologies : nous proposons aux candidats et aux élus des outils qui révolutionnent leur manière de faire campagne et d’interagir avec les citoyens ». Le résultat de cette enquête, mélange déroutant entre technique de porte à porte des témoins de Jéhovah et harcèlement téléphonique à la CSA destiné à avoir des retours sur la qualité d’un pâté en croûte, a ensuite été analysé par Proxem, une entreprise de « traitement automatisé du langage » qui travaille généralement avec des entreprises cotées soucieuses d’avoir des informations sur leur image. Et c’est ainsi que le staff de Macron, principalement composé de jeunes requins d’HEC ayant fait leurs armes dans le privé, bien entendu, a pu commencer sa campagne, vendant le candidat « from scratch » (à partir de rien) comme on vend un yaourt au bifidus actif (étant entendu qu’il est inutile, pour ce faire, de savoir ce que peut bien être du putain de bifidus).

Par exemple, quand il s’agit d’écrire un discours, rien de plus simple : comme l’avoue benoitement Liegey, sans doute sans même percevoir le caractère scandaleux du procédé, il suffit de venir puiser dans une gigantesque base de donnée reprenant des éléments de langage susceptibles de parler à telle ou telle tranche de l’électorat. Un simulateur de pensée politique à visée démagogique, en somme. Ne pas avoir d’idée, de programme, mais cibler la demande, et y répondre de la façon la plus efficace et la plus convaincante possible. C’est ce qu’on appelle de la « gestion par projet », terme issu du management. Et si le public ne semble pas émoustillé plus que ça par cette soupe marketing indigeste, ainsi que l’a révélé un militant de la France Insoumise, là encore les « helpers » de Macron sont là. A chaque meeting, des « team ambiance » étaient ainsi chargée de fabriquer artificiellement de l’émulation. Les « fans » étaient mis en valeur en étant placés à des endroits stratégiques, et motivés par des ambianceurs qui, à chaque seconde, via l’application Telegram (celle des djihadistes), envoyaient des messages destinés à indiquer comment manifester leur enthousiasme pour le yaourt : « Allez-y ! », « criez ! », « applaudissez ! », etc. Peu importe ce que Manu est en train de raconter : il saura susciter des réactions délirantes, quand bien même il ne ferait que dire : « j’aime la choucroute » ou « vive le brocoli ». Le reste du travail revient aux médias télé, qui se chargeront de monter en épingler les moments-phare du meeting, sans en souligner le caractère artificiel, donnant l’impression qu’effectivement, un véritable rouleau compresseur électoral est en marche et que rien ne l’arrêtera.  

Selon Médiapart et Le Point, cet ensemble de techniques est dénommé en marketing le « nudge », également appelé « incitation douce » ; voici ce qu’en dit l’institut d’étude BVA : « Le nudge consiste à mettre les individus dans un contexte de choix qui les incite à adopter un comportement spécifique recherché. Ce contexte de choix est conçu en se fondant sur les leviers spécifiques identifiés en Behavioral Economics ». Soit une technique pointue de manipulation des masses, qu’on est en droit de trouver flippante et contraire à toutes les exigences de l’exercice du fait démocratique.

D’autant que, comme pour un yaourt, le parfum importe peu : vanille, chocolat, merde de chien ou nature, qu’est-ce que ça peut bien foutre, l’important est de le vendre. C’est pour cette raison que Macron est demeuré, très longtemps, un candidat dénué du moindre programme. Rien. Walou. Macache. Peau d’zob. Nada. Que dalle. Véritable néant sur patte, il a passé des mois à écumer la France et les plateaux télé en réussissant l’incroyable performance de ne rien dire, rien défendre, ne faisant que mettre à la suite des mots porteurs d’autant de sens qu’une phrase obtenue par hasard en piochant des mots dans un chapeau, ou en laissant un singe devant une machine à écrire, ou qu’un bon vieux proverbe : « Pierre qui roule n’amasse pas mousse » ; « jardin bien entretenu fait plaisir aux hérissons » ; « l’habit ne fait pas le printemps », etc., le tout saupoudré de bon sens technocratique à visée ultralibérale. Et cela donne : « La politique internationale que je veux conduire pour notre émancipation vraie et donc pour notre sécurité, c’est celle qui respectera l’équilibre, qui préservera l’indépendance française, qui assurera la stabilité des Etats et qui, partout, défendra nos valeurs et nos principes » ; « L’identité c’est A égale A ; il y a au moins des A et des B. Et je n’ai pas envie que A=B » ; « On est tous  des enracinés et donc ce que nous sommes puisque nous sommes des enracinés il y a des arbres à côté de nous, il y a des rivières, il y a des poissons, il y a des frères et sœurs ». Et de la marmotte, et du papier alu. De nombreux commentateurs, surtout des humoristes, du reste, se sont penchés sur ce salmigondis rhétorique imbuvable. Passant son temps à dire : « je vais être très clair », Macron fut dans les faits un spécialiste de l’enfumage, avec des méthodes parfaitement rodées ; par exemple : a. commencer par faire croire, en faisant appel à un adversaire imaginaire, qu’on s’oppose à quelque chose de fortement établi (« je suis contre ces gens qui…) ; b. dire qu’en fait, la vérité est ailleurs, et que l’on est pas né de la dernière pluie (« on passe à côté du véritable problème ») ; c. « et en même temps » : trouver deux contraires à allier, comme « protection des démunis » et « moins d’Etat social » , association destinée à résoudre le blocage précédemment exposé ; et enfin d. : conclure sur un appel vibrant au « principe de réalité ». Et voilà, emballez, c’est plié. Il suffit d’ajouter à ça une dimension christique, et à hurler comme un putois : « c’est notre projet », l’air inspiré, les bras en croix comme au Golgotha, pour que la mayonnaise prenne.

Et c’est ainsi qu’un jeune oligarque, énarque devenu banquier avant de devenir ministre sous Hollande, dont le corpus idéologique se limite à un ensemble de banalités ultralibérales, ayant rallié à lui tous les rebuts d’un système politico-économique en bout de course, tous les tocards de l’establishment (Gérard Collomb, François Bayrou, Robert Hue, Daniel Cohn-Bendit…) a pu passer, en l’espace d’un an, du statut de petit trou du cul opportuniste à celui de nouveau messie.

Et maintenant ?

Tout ceci fait que la légitimité de notre nouveau président (ach, ça me fait tellement mal de le dire) est d’ores et déjà plus que douteuse. Et ce pour deux raisons. La première, c’est qu’il est important de souligner que, malgré une campagne efficace, l’élection de Macron repose en premier lieu sur un gigantesque coup de bol, une conjonction des astres en sa faveur. Les Affaires venues dynamiter la campagne du super-favori, François Fillon, ont dégagé un espace à droite et, il ne faut pas se voiler la face, sans les révélations du Canard, c’est lui qui serait président aujourd’hui. Le succès de Benoit Hamon à la primaire du Parti Socialiste, évènement inattendu, a de son côté fait le grand ménage à gauche, poussant toute l’aile droite du parti dans les bras macronistes tout en enlevant des voix susceptibles de partir vers Mélenchon, en pleine montée dans les intentions de vote. Au vu du coude-à-coude dans lequel se trouvaient tous les candidats, ces bouleversements ont joué en la faveur du télé-évangéliste libéral, qui sans ça n’aurait eu, sans aucun doute possible, que peu de chance de passer le premier tour.

Seconde raison : la base électorale de Macron, qui est, quoiqu’en disent aujourd’hui les éditorialistes, très congrue. En effet, il l’a emporté au deuxième tour avec 65% (enfin, 66,6) des voix ; ce qui en soi, face à une candidate moche, hystérique et xénophobe que de nombreux électeurs tiennent pour le diable en personne, n’est guère impressionnant, surtout si l’on compare ce score à celui de dictateur africain obtenu par Chirac en 2002 (82%). De plus, le vote blanc (mon vote) a atteint un niveau historique, 12%, et l’abstention a été très forte, 25%, soit 37% des votants qui, dans un contexte d’entre-deux tours pourtant lourd et rythmé par un matraquage systématique en faveur du vote utile et contre l’abstention, toujours associé au vote FN (inutile de revenir sur le caractère scandaleux de cet argument, surtout qu’il venait souvent de gens qui se découvrent antifascistes une fois tous les cinq pendant deux semaines, et qui peuvent bien gentiment aller se faire foutre). Quant à ceux qui ont donc, finalement, voté Macron, beaucoup l’ont fait contraints et forcés, effrayés par la possibilité du FN au pouvoir et animés par la mythologie rouillée du front républicain. Sur les votes exprimés en faveur d’En Marche !, une moitié sans doute (et les études faites sur le vote Macron après le premier tour tendent dans ce sens) ne fut donc pas un vote d’adhésion, c’est le moins qu’on puisse dire. Ce qui nous donne : (12+25 (vote blanc et abstention) =37) + 35 (Front National) = 72% de gens qui n’ont pas voté Macron, et dans les 28 qui restent, on peut enlever une bonne moitié, ce qui donne moins de 15% de vote d’adhésion réel en faveur du président-messie. Soit : que dalle, en somme.  

Soyons lucides : maintenant que le yaourt Macron est passé, nous allons nous faire libéraliser la gueule pendant cinq ans. Les solutions ? Aucune idée. Prendre la rue, comme pendant la Loi Travail. Lancer un Quinquennat Debout. Maintenant je vous laisse, tout ça m’a mis de sale humeur, je vais donc aller boire un coup et, une fois que je serai bien fait, peut-être que j’irai foutre un coup de boule (pardon pour cet appel à la violence, c’est lamentable, honte à moi) à un macroniste, histoire de décompresser un peu.  

M. D.

Sources : les jounaux et sites déjà cités, plus wikipédia pour pas mal d'éléments biographiques, des articles du Monde Diplomatique, le blog de Frédéric Lordon, Osons causer pour quelques autres aspects de la question, L'Obs pour la partie sur le langage Macron, et je crois que c'est tout.  

Modification du 13 mai 2016 : rajout d'une mention sur les sondages et correction de quelques fautes, notamment une erreur de calcul.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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