Dans les domaines où l’on attend plus grand-chose, il faut savoir reconnaître leur mérite aux initiatives salutaires quand, par miracle, elles surviennent : et en l’espèce, la Une du Monde au lendemain des élections législatives est une belle pièce.
Enfin, une infographie qui prend en compte la réalité des résultats du vote qui vient d'avoir lieu. Car la réalité, elle est là. La perspective peu réjouissante d’un parti unique tout-puissant (plus de 400 députés) à l’assemblée et posé là par la même portion congrue, c'est le moins qu'on puisse dire, du corps électoral que lors de la présidentielle : 15%. 15%. Les 15% de la France qui va bien, celle des CSP+ décidé à faire rouler la machine libérale à toute blinde jusqu’au mur –de toute façon, ce ne sont pas eux qui sont assis à la place du mort. Les 15% dans lesquels ont été piochés à la va-vite, pour être balargués dans toutes les circonscriptions, cette horde de candidats issus à 68% des classes supérieures, avec 20% de cadres du privé, 17% de chefs d’entreprise et, royalement, 0,2% d’ouvriers et 0,9% d’employés.
Des candidats venus remplacer, dans ce qui a été un véritable jeu de massacre, bon nombre de tenants des partis « historiques », et s’il n’est bien entendu pas désagréable d’avoir vu Guaino et Cambadélis tomber au combat, on se demande s’il y a bien lieu de se réjouir. Car d’une part on note que, d’une manière générale, les caciques de Les Républicains, par exemple, ont plutôt bien tenu le choc, de même que Manuel Valls, grâce à la bienveillance de LREM qui n’a présenté personne contre lui, et qu’en fait ceux qui ont fait les frais de la vague macroniste sont plutôt des « jeunes » de la politique : Yade, Lamy, Hamon, etc. D’autre part, et nombreux sont les commentateurs à l’avoir souligné, car la « nouveauté » en politique, pas plus que l’ancienneté, n’est en soi synonyme ni d’honnêteté –Mediapart l’a déjà montré pour un certain nombre des nouveaux venus LREM- ni de compétence. Et sur ce dernier point, il y a tout lieu de croire que les exégètes enthousiastes de cette armée de « bizuth », comme dirait Mélenchon, vont rapidement déchanter.
Ces gens, ces soldats-zombies du macronisme dont l’unique fonction sera de dire « oui » à tout ce que proposera l’Uber-président, ont été posés là à la faveur d’à peine 15% des voix. Mais Macron est content. Il sourit de toutes ses dents. Il a son armée, et pour lui, le combat pour une France plus patronale, plus libérale, plus managériale, plus ubérisée, plus start-upisée, plus démerde-toi-tout-seul-pour-t’en-sortirisée, plus Pierre-Gattazisée, plus Merkelisée, plus Etat-d’urgencisée, peut commencer. Jusqu’au fond du trou. A ceux qui n’avaient pas encore compris que les institutions de la Vème République n’étaient que médiocrement démocratiques, cette seconde salve du putsch électoral macroniste devrait achever de les convaincre. Notre modèle est en bout de course, et Macron, le bourgeois royaliste ultra-libéral, est son fossoyeur.
Quand plus de la moitié des citoyens d'un pays ne cautionne plus le fonctionnement de ses institutions, et n'en a plus rien à foutre du Machin posé à la tête du pays, les "gagnants" se devraient d'avoir la victoire modeste, et leur premier impératif serait de dire : "Bon très bien, nous avons profité de cette gangrène du système démocratique pour nous imposer, qu'est-ce que vous voulez, c'est le jeu, mais nous ne sommes pas non plus idiots, alors maintenant, rideau : on casse tout et on recommence". Car ce serait ça, faire une vraie "Révolution" (rappelez-vous, c'est le titre de votre torchon autobiographique à la sauce Marc Levy), monsieur Macron. Et vous ne vous en sortirez pas avec la vieille promesse d'introduire "un petit peu de proportionnelle".
Seul point positif, la main tendue de la France Insoumise aux Frondeurs, Communistes et Écologistes (en gros, tout ceux qui soutiennent la nécessité d'un changement d'institutions) passés au second tour, même s’il aurait fallu y songer plus tôt. Et l’espoir de voir bientôt les rues remplies, puisque, au point où nous nous en sommes rendus, il ne nous reste que ça, et des milliers, des millions de gens qui-ne-vont-pas-bien unis sur les boulevards pour dire : ras-le-cul.
Paris il n'y a pas si longtemps
que tu as vu le cortège fait à Jaurès
et le torrent Sacco-Vanzetti
Paris tes carrefours frémissent encore de toutes leurs narines
Tes pavés sont toujours prêts à jaillir en l'air
Tes arbres à barrer la route aux soldats…
(et oui, c'est Front rouge, poème polémique et ultra-violent d'Aragon, mais que voulez-vous...)
M.D.