Crise des hospitaliers: paroles d'ambulanciers en déroute

Pressions, brimades, turn-over incessant, horaires épuisants... Voici une enquête que nous avons eu du mal à mener et à diffuser, car la peur des professionnels qui ont accepté de nous parler est étouffante. Peur de représailles de la part de directions dont la management par la peur est régulièrement épinglé. Ces paroles brisées disent beaucoup des souffrances du monde hospitalier.

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La colère et le désespoir des personnels des urgences ont permis de donner une visibilité médiatique à ces souffrances. Mais il est encore une catégorie de professionnels des hôpitaux publics qu’on ne voit pas, qu’on n’entend jamais, et dont la presse se désintéresse largement. Vous les voyez passer tous les jours, au volant d’une ambulance. Vous les avez peut-être croisés aux urgences : ce sont eux qui poussaient le brancard de votre vieille tante qui s’est cassé la cheville. Et qui ont nettoyé le sol quand, d’avoir trop attendu, elle s’est fait sur elle. Ou alors, vous ne devinez même pas leur présence puisque, dans l’anonymat d’un bureau, ce sont eux qui prennent les appels et envoient les ambulances là où il y en a besoin. Eux, elles, ce sont les personnes chargées des transports sanitaires. Les payes les plus basses de l’hôpital public. Un statut peu ou pas considéré, voire inexistant.

Ne tirez plus sur l’ambulance ! Pour ces forçats du transport sanitaire, il est difficile de parler au public. Fonctionnaires, ils sont soumis au devoir de réserve. Précarisés, ils risquent de voir leurs CDD non renouvelés s’ils déplaisent à la direction. Soumis à un management par la peur, ils doivent garder pour eux cette boule d’angoisse qui leur tord le ventre, tous les jours. Jusqu’au jour du burn-out, qui les laisse seuls face au sentiment de n’avoir pas su assumer l’immense responsabilité qui est celle de tou.te.s les hospitalier.e.s : apporter des soins de qualité pour tou.te.s.

Nous avons donc voulu leur donner la parole. Ce ne fut pas facile, mais les langues se sont déliées. Elles et ils ont pu parler de la réalité de leur quotidien : les pressions, les brimades, le turn-over incessant, la solitude, la peur. Et l’envie de mener une mission de service public mise à mal par les logiques capitalistes.

Une enquête de David Mus et Philémon "Macko" Dràgàn pour Pilule Rouge & Télé Chez Moi (www.telechezmoi.com). Musique : Bébé Tambour, «Soulscreen», de l'album Dus Of Now. Merci à tou.te.s les participant.e.s qui ont bravé leur peur pour délivrer leurs messages. Merci à la CGT CHU de NICE. Article de Médiapart cité : https://www.mediapart.fr/…/aux-urgences-de-lons-le-saunier-…

Transports sanitaires en déroute - Télé Chez Moi et Pilule Rouge © Tele Chez Moi

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