Déconstruire Zemmour

...Et, avec lui, toute la pensée de la galaxie des jeunes et sémillants nouveaux réactionnaires qui, de Valeurs Actuelles à BFMTV, se réclament de son héritage « intellectuel ». La "zemmourisation" de la pensée, de même que la "BHL-isation" dont elle est une conséquence logique, a considérablement réduit la qualité des débats d'idée en France. Il est donc grand temps de passer à autre chose.

Ainsi donc, ils reviennent en force. Ainsi que Mediapart l’a montré dans un article paru aujourd’hui (Lunion des droites commence par les médias), une nouvelle galaxie de jeunes journalistes et éditorialistes réacs, s’engouffrant dans ce concept « waucquien » de « retour de la droite », tirant profit du naufrage contemporain du social-libéralisme, avec un Macron occupé à mettre les derniers coups de massue dans la coque du rafiot perdu en mer, est en train de tâcher de s’imposer dans les médias. Leur point commun ? Ils n’aiment ni les immigrés, ni les musulmans, ni les féministes, ni les gauchos, ni les pédés. Leur organe de référence ? Valeurs Actuelles. Leur figure tutélaire ? Un certain Eric Zemmour, qui « a défriché le terrain. Il a été le premier à dire qu’il n’allait pas passer son temps à s’excuser d’être de droite ».

C’est donc de lui dont je vais parler aujourd’hui. D'autant que déconstruire cette pensée, alors même que son héritage, dans les médias, s'étend, que des politiques comme Waucquiez et des éditorialistes comme Barbier se placent, parfois sans tout à fait l'assumer, dans sa lignée, et que notre gouvernement qui, sur le papier, représente tout ce que hait la "fachosphère", mène en pratique, notamment en ce qui regarde le traitement réservé aux réfugiés, une politique qui s'attire les salutations de la droite extrême, apparaît désormais comme une urgence. No pasaran, comme on disait à l'époque : et si cela fait longtemps désormais qu'ils sont passés, il n'est jamais trop tard, dans la lutte idéologique, pour redresser quelques barricades.  

Pour commencer, une précision : on ne peut pas jeter la pierre à Eric Zemmour. Car Eric Zemmour n'est rien. Longtemps, la lecture des indigentes scories jaillies de son cerveau aux fulgurances précaires, mélange difficilement supportable de la pensée de Barrès (en moins profond) et de la prose de Marc Levy, alors qu'à choisir, il aurait mieux valu l'inverse, m'a plongé dans un abîme de perplexité et de colère. Puis, un jour, un ami m'a parlé d'un documentaire qu'il avait vu sur Jordy (vous savez, le "chanteur" de trois ans), et sur la façon dont ce pauvre garçon, devenu adulte, instrumentalisé dès l'enfance par des parents peu scrupuleux et par un show-business dénué du moindre commencement d'éthique, tentait désespérément de revenir sur le devant de la scène, sans se rendre compte qu'il n'avait rigoureusement aucun talent. Et je me suis alors dit, plein de compassion : Zemmour, en fin de compte, n'est que le petit Jordy de l'extrême-droite médiatique. Peu intelligent (en tous les cas dans ses analyses -il l'est sans doute par ailleurs), auteur de romans d'une nullité à faire mourir de rire, polémiste maladroit, lecteur incompétent, Zemmour n'atteint pas dans son "œuvre" le dixième de ce que l'on serait en droit d'attendre d'un devoir d'option SES en seconde générale.

Mais, dans un sens, ce n'est pas lui, le coupable de cette navrante dégradation publique de la pensée humaine. Ceux qu'il faut vraiment accabler, ce sont ceux qui, tout comme ils ont fait croire à Jordy qu'il était chanteur, ont fait croire à zemmour qu'il était penseur ; ceux qui, pour faire du "buzz", l'ont posé, tel un flan disgracieux, avec ses grosses oreilles comiques et ses petits sous-pull en tweed de bourgeois endimanché, en plein cœur d'un espace médiatique déjà saturé d'insanités, où il est régulièrement invité alors même que, malheureusement pour lui, il n'a strictement rien à dire.

Ceci étant dit, pour être le pantin grotesque de forces qui le dépassent, Zemmour n'en est pas moins détestable. Et, surtout, il est nul. C'est le terme qui convient. C'est pourquoi je vais me permettre, ici, de revenir sur quelques unes de ses déclarations, piochées pour ainsi dire au hasard, ici ou là, afin de prouver à quel point il est impossible de prendre ne serait-ce qu'une seule seconde cet homme au sérieux (et encore moins, évidemment, de le prendre pour « figure tutélaire »). Car RIEN de ce qu'il dit n'est, intellectuellement parlant, valable ; et l'exercice auquel je vais me livrer ici pourrait se reproduire à l'infini, sur chacune des phrases qu'il a dite ou écrite depuis qu'il sévit dans les médias –c'est-à-dire : trop longtemps.

Commençons :

«  Le libéralisme qu'est ce que c'est ? C'est la volonté, pour les capitalistes, d'avoir le plus d'immigrés possible pour faire baisser les salaires, et pour casser la solidarité de la classe ouvrière. Ils ont réussi au-delà »

Bon. Cette « analyse » est un non-sens complet. Zemmour cite ailleurs, dans un débat, cette phrase tronquée de Marx : « … "L’armée de réserve du capitalisme, c’est les immigrés et les chômeurs" ». Sauf que non, Marx n'a jamais dit ça : pour lui, l'armée de réserve ce sont les chômeurs, point, soit les gens qui, à l'intérieur d'une économie donnée, et quelle que soit leur « origine », ne travaillent pas et sont forcés de se vendre au plus offrant. Mais l'immigration, on va le voir un peu plus loin, crée des emplois : elle diminue donc d'autant « l'armée de réserve du capitalisme »... À ceci, il faut ajouter que comme Zemmour privilégie l'analyse en termes ethniques plutôt qu'en termes économiques, sa critique du libéralisme, sensé  dans son esprit faire front commun avec le gauchisme (une idée en vogue au FN depuis Marine le Pen, qui a légèrement tourné le dos au libéralisme de son père au profit d'un discours « socialisant » -c'est au demeurant le propre des extrêmes-droites historiques de s'emparer des thématiques de la gauche pour les orienter vers le conservatisme et le nationalisme) s'avère d'une simplicité enfantine, niveau brevet des collèges si on y enseignait l'économie, et ne tient pas deux secondes à une comparaison face aux mécanismes réels de l'économie de marché.

En effet, quand il dit : les immigrés d'une part font baisser les salaires, d'autres part s'emparent des emplois des « nationaux », il se trompe doublement. Son idée repose sur une image simple, et même simpliste : il y a un marché, avec tant de travailleurs, et les nouveaux arrivants perturbent ce marché ; d'où crise. Mais non. Car dans n'importe quel marché donné, c'est la demande qui crée l'offre (et non l'inverse): et que les travailleurs viennent de l'intérieur ou de l’extérieur du pays, cela ne change rien. Autant dire que les nouvelles générations « natives » volent le travail des anciennes : ça n'a aucun sens. La population a tout simplement augmenté. Que cela soit des gens nés sur le territoire ou venus d'ailleurs ne change, répétons-le, rien du tout. De plus, cette augmentation démographique (raisonnable dans le cas français, la France étant l'un des pays les plus fermés de l'OCDE, avec un solde migratoire de 1,2 pour mille en 2010, deux fois moins qu'en 1960, période de forte croissance économique -CQFD) se construit autour de deux axes : d'une part, elle crée des emplois, car toute économie, il faut bien insister là-dessus, crée des emplois en fonction de la demande, or l'immigration crée de la demande ; d'autre part le rôle des immigrés, là-dedans, est à comprendre en terme de complémentarité et non et en termes de substitution (Xavier Chojnicki). Les emplois occupés par les immigrés sont souvent des emplois peu substituables (statut inférieur ; moins bonne rémunération) que les « nationaux », mieux formés, plus diplômés, plus exigeants, ont tendance à négliger. Comme l'écrit Xavier Chojnicki, « en 2010, les immigrés extra-communautaires sont proportionnellement trois fois plus nombreux dans l’hôtellerie-restauration, l’intérim, la sécurité et le nettoyage. C’est donc bien parce que les immigrés présentent des caractéristiques différentes de celles des autochtones (âge et qualification par exemple) qu’ils vont permettre d’apaiser un certain nombre de tensions sur le marché du travail. »

"En période de chômage massif, on a jamais vu, dans l'histoire de France, que l'on recevait 200 000 étrangers..."

Passons sur le fait que ça ne s’est jamais vu pour le simple fait que ça n’a jamais eu lieu. Ici encore, Zemmour néglige complètement les mécanismes réels de fonctionnement du chômage dans les économies actuelles, sous la tutelle de gouvernements et de structures transnationales (FMI, Troika européenne, etc.) néolibéraux. Car se sont bel et bien eux qui, par la mise en place de politiques de démantèlement des services publics, de financiarisation de l'économie et d' « ajustements structurels » (baisse des minimas sociaux, etc.) transfèrent la masse monétaire du public vers le privé, limitent l'argent disponible au sein de l'économie et freinent les dépenses des ménages et les investissements productifs, donc détruisent l'emploi. Les immigrés n'ont rien à voir là-dedans. Dans un tel contexte, les frontières pourraient être totalement fermées à l'immigration que le taux de chômage serait sans doute plus ou moins le même, puisque la demande aurait diminué d'autant. Plus de population, plus de demande, plus d'emploi ; moins de population, moins de demande, moins d'emploi, c'est statistiquement vérifiable, vérifié et c'est aussi simple que ça. La vraie question, actuellement, porte en fait sur la mobilité du capital, et non pas sur celle des travailleurs. Encore une fois, Zemmour fait fausse route et confond tout. Mais je pense qu'il n'a pas très bien lu Marx (je ne sais pas ce qui me fait penser ça. Une intuition). S'il l'avait fait, il pourrait voir la situation socio-économique actuelle à travers un prisme, justement, socio-économique, et non ethnique, et il comprendrait beaucoup mieux les choses. De même que tous ses petits camarades réactionnaires, de Valeurs Actuelles jusqu'à BFMTV, en passant par CNEWS.

"Nous sommes bien victimes de hordes de délinquants étrangers, Balkaniques, Turcophones, Russophones, Italiens, gens du voyages, Africains, Asiatiques, de français de nationalité française, mais issus de l'immigration [...] ça n'arrête jamais, les sociétés multiculturelles sont terriblement violentes. Ce sont les sociétés hétérogènes qui sont violentes car on réintègre la guerre à l'intérieur".

En tant qu'enfant de l'immigration, je suis particulièrement ému et ravi par ces déclarations, mais passons. « Les sociétés multi-culturelles sont terriblement violentes » : historiquement, ce n'est pas du tout vérifié. L'Andalousie qui mêlait, au Moyen-âge, les cultures juive, arabe et espagnole était bien plus pacifique (même s'il ne faut pas idéaliser cette période) que la société fermée qui lui a succédé après l'expulsion des juifs et la reconquista. Idem entre les sociétés Arabes de la même époque, plutôt ouvertes et tolérantes, et les sociétés purement chrétiennes qui évoluaient alors, en Europe, dans une violence politique et sociale constante. J’ai vécu à Leh, en Inde, dans l’Himalaya. Une ville où se mêlent en toute quiétude (ce qui n’est certes pas forcément le cas dans le reste de l’Inde) Sikhs, Indous, Tibétains, Ladakhis, Cachemiris, chacun respectant les cultures et croyances des autres. Car là est le cœur du problème : en affirmant ce qu’il affirme, ce que dit Zemmour, c’est qu’il est selon lui impossible que des cultures différentes cohabitent sur un même territoire. Ce que des milliers d’années d’Histoire humaine contredisent, et ce que la vie, pour la plupart d’entre nous, dans nos quartiers, au travail, contredit également quotidiennement.    

Les contre-exemples aux propos de Zemmour ne manquent pas. Bon nombres de sociétés africaines contemporaines ne sont pas forcément "multiculturelles" (encore qu'il faudrait revenir sur la définition de ce mot : deux ethnies animistes ou chrétiennes se partageant un espace constituent-elles un ensemble « multi-culturel » ? Une culture, d’ailleurs, qu’est-ce que c’est ? Serbe et Croates ont la même langue, la même culture, mais ils se sont entretués : comment Zemmour interprète-t-il ce conflit?), mais du fait de la déstabilisation socio-économique qui leur a été imposée pendant la période coloniale et ensuite, lors de l'entrée forcée dans le marché mondial et des « ajustements structurels » du FMI, ce sont parfois des sociétés violentes. Idem pour les sociétés des pays d’Amérique Centrale, pas très « multi-culturelles », mais gangrénées par la violence des cartels -et, les cas échéant, de gouvernements autoritaires. Multiculturalisme et violence n'ont AUCUN rapport de fait : ce qu'il faut prendre en compte, ce sont les conflits socio-économiques et politiques et les enjeux qu'ils induisent, enjeux qui peuvent venir se greffer, éventuellement, sur des logiques ethniques.  Cela ne me paraît pas si difficile à comprendre.

"Lorsque les délocalisations ne suffisent pas pour faire pression à la baisse sur les salaires,  l'immigration dans les emplois qui ne sont pas délocalisables permet de faire baisser les salaires et c'est comme ça que la mondialisation fonctionne depuis 30 ans et, c'est comme ça qu'elle a explosé il y a 6 mois"

C'est faux, faux, faux, faux. L'immigration ne crée pas de pression négative sur l'emploi. Outre le fait qu'il existe (encore, peut-être plus pour longtemps) en France des minimas sociaux qui limitent la mise en concurrence des travailleurs, mais passons, les immigrés ne font pas baisser les salaires : au contraire, ils ont tendance à faire augmenter les bas salaires. La mondialisation ne fonctionne pas grâce à l’immigration. Une nouvelle fois, c'est le CAPITAL qui est mobile, et passe d'une économie à l'autre en jouant des minimas sociaux, ou plutôt de leur mise à mal. En fin de compte, de ce point de vue, la mobilité des travailleurs est même un phénomène de résistance positif à la mobilité du capital. Bref. Pour ce qui est des salaires, voir l'étude, en anglais, intitulée The labour market effects of immigration and emigration in OECD countries,  par Frédéric Docquier, Çağlar Özden et Giovanni Peri. On y trouve un schéma des effets, entre 1990 et 2000, de l’immigration sur les salaires des moins qualifiés natifs du pays d’accueil. Les pays sont classés entre les plus ouverts à l’immigration et les plus fermés, et les chiffres prouvent que, globalement, plus l'immigration sera importante, plus l'impact sur les bas salaires sera positif... Donc : ouvrons les frontières !

"Seules les sociétés homogènes comme le Japon, ayant refusé de longue date l'immigration de masse et protégées par des barrières naturelles, si elles n'ignorent nullement le trafic de mafia, échappent à cette violence de la rue. Notre territoire, privé de la protection de ses anciennes frontières par les traités européens, renoue dans les villes mais aussi dans les campagnes avec les grandes razzias, pillages d'autrefois, les normands, les huns, les arabes, les grandes invasions d'après la chute de Rome sont désormais remplacées par les bandes de Tchètchènes, de Roms, de Kosovars, de Maghrébins, d'Africains, qui dévalisent, violentent ou dépouillent. Une population française sidérée et prostrée crie sa fureur mais celle-ci se perd dans le vide intersidéral des statistiques"

Très bien. Là, à l’évidence, quand on en est à un tel degré de délire, il est urgent de consulter un spécialiste.

Il est à noter que le paradis japonais de Zemmour s'est fait remarquer, il y a quelques décennies, du fait justement de son nationalisme exacerbé, par l’extrême barbarie dont il a fait preuve lors du conflit contre la Chine et la guerre du Pacifique. Pour le reste, ce sont la pauvreté et les inégalités sociales qui créent, bien entendu, la violence, qui n'est pas vraiment, statistiquement parlant, en hausse dans nos contrées (de nombreuses études le montrent), et qui est même en baisse constante, ce que bon nombre d’éditorialistes seraient bien avisés de souligner, et non l'immigration. L'Historien P. Muchembled a consacré un ouvrage intéressant à ce sujet.

Pour ce qui est des traités européens, sensés mettre à mal les frontières nationales... C’est une blague. Zemmour, et tous les ennemis de « l’immigration sans limite », avec lui, fait mine d'ignorer (ou ignore peut-être réellement, ce qui n'est pas impossible si l'on considère son degré d'inculture géopolitique) que l'Union Européenne exerce une très forte pression, notamment par le biais de Frontex, afin de contrôler le plus possible les flux entre pays membres et de freiner (voir carrément arrêter) l'immigration sur les frontières de l'Europe, notamment au sud (Méditerranée) et à l'est (Moldavie...). Les dizaines de milliers de morts qui en ont résulté devraient suffire à prouver l’existence de ces restrictions inhumaines à la liberté de circulation, inscrite dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

En résumé , les traités européens (type Dublin) condamnés par Zemmour visent en fait exactement ce que lui-même souhaite : transformer l'Europe en forteresse imprenable par les hordes de "barbares" sous-développés qui l'assaillent, et que l’on entasse dans des camps de réfugiés, dont le nombre a explosé depuis une décennie. Les drames qui ont lieu chaque année, depuis longtemps, aux bordures d'une Europe militarisée et jalonnée de barrières infranchissables, montre bien à quel point notre continent pratique une politique laxiste en terme d'immigration : la preuve, c'est qu'il y en a encore qui arrivent à passer sans perdre la vie.

"Les scientifiques contemporains nous assurent que les races n'existent pas, que l'espère humaine n'est qu'une. La belle découverte ! L'Ancien Testament nous disait déjà la même chose : tous descendant d'Adam et Eve, c'est peut être justement pour contredire le discours humaniste de l'église que des scientifiques, antiquaires et co-progressif, bref plutôt de gauche, ont à la fin du 19eme siècle classé l'humanité entre les différentes races".

"Bref, plutot de gauche" : Comme d'habitude lorsqu'il se met à parler d'Histoire, Zemmour s'emmêle les pinceaux et dit n'importe quoi, sans doute parce qu'il n'y connait rien (je suis ouvert à toute autre hypothèse).

Le racisme scientifique qui émerge alors, au XIXe, allait tout à fait, non pas forcément contre l'"humanisme" chrétien (qui, pour une partie, s'était accommodé de l'idée que certaines races avaient une âme et d'autres, pas), mais contre l'universalisme révolutionnaire (tout à fait de gauche, lui, et qui a aboli lesclavage, rappelons-le), ce qui en fait tout sauf une création de la gauche, même si une grande partie de celle-ci a tenu, en effet, un discours racialiste. Mais le marxisme, par exemple, tendait en son époque à remplacer les réflexions en terme de "race" par des réflexions en terme de "classe" ; d'où le soutien, d'abord partiel, puis rapidement quasi unanime, de la gauche à Dreyfus, pour elle une victime de l'oppression impérialiste et capitaliste avant d'être un Juif. 

"Une société multiculturelle, c'est la société qu'il [Thuram] prône, est une société où, elle est différente de la société multiraciale, il faut bien comprendre, dans une société multiculturelle, toutes les cultures du monde négocient, à égalité, donc on change de statut, l'immigré n'a plus à assimiler la culture française, il apporte sa propre culture et on négocie. La Grèce, Rome, la Renaissance, les Lumières, vieilleries que tout cela, Pascal, Molière, Voltaire, Balzac, culture générale discriminatoire, aux oubliettes de l'histoire. Il n'y a plus de culture dominante donc la France devient l'Unesco, mais on négocie jusqu'à quoi ?"

Nous tenons, ici, un magnifique exemple de rhétorique médiatique : attribuer à l'adversaire des propos aberrants, en vertu du fait que selon nous il aurait pu les tenir, tout comme si moi je disais : "Parce que en gros, ce que veut Zemmour, c'est une société ou tout ce qui est différent serait déporté hors du pays, où les homosexuels seraient soumis à des séances d'électrochocs, où les femmes retrouveraient leurs jupons et leur cuisine, et où l'Islam serait interdit par décret de la loi martiale ".  Ainsi, on disqualifie son opposant, qui n'en peut mais, en le caricaturant à outrance et en lui faisant dire n'importe quoi. Jamais Zemmour ne trouvera quelquun qui défende réellement le modèle sociétal et culturel que, selon lui, Thuram et dautres défendent.  Mais qu'est-ce que ça peut faire ? Un fantasme délirant et anxiogène est toujours plus vendeur qu'une banale réalité quotidienne.

"Peu de temps avant sa mort, le grand Lévi-Strauss, peut suspect de mépris des autres cultures, a pesté contre ce métissage culturel mondialisé qui donnait une culture appauvrie, indigente".

Zemmour citant Levi-Straus, cela vaut son pesant de Camenberg (français). Mais ce n'est pas vraiment ce que disait l'ethnologue (du reste assez critiquable sur ce point-là, au demeurant anecdotique et tardif, de sa pensée, repris à qui mieux-mieux sur TOUS les sites de la fachosphère : frdesouche, riposte laique, etc.). Ce que disait ce cher Cloclo (anti-soixante-huitard résolu et conservateur assumé, certes), c'est qu'il pouvait effectivement exister, selon lui, une nécessité pour chaque culture de se défendre face au risque de dissolution de ses rites et coutumes. Il se fondait sur l'exemple des cultures minoritaires qu'il avait côtoyées lors de ses recherches, et dont certaines avaient par la suite été détruites, mais sur ses derniers jours il avait également tendance à considérer que certains rites français (type : académie française, à laquelle il était très fier d'appartenir) devaient, eux aussi, être défendus face à l'acculturation, qu'il attribuait à la mondialisation et non à l'immigration, bien entendu. Ce qui ne l'empêchait pas de continuer de prêcher "l'ouverture à l'autre", notamment lors de la commémoration de la découverte de l'Amérique par Colomb, durant laquelle il a vanté la façon dont les amérindiens avait accueillis les blancs -pourquoi pas ?

On peut suggérer, dans tous les cas, à Zemmour de se replonger dans la lecture de Race et Histoire, dans laquelle le papa du structuralisme, relativiste notoire, radicalement opposé à l'idée de "race" et ennemi de la hiérarchisation des cultures, critique cette idée de Gobineau selon laquelle «les grandes races primitives qui formaient l’humanité à ses débuts — blanche, jaune, noire — n’étaient pas tellement inégales en valeur absolue que diverses dans leurs aptitudes particulières. La tare de la dégénérescence s’attachait pour lui au phénomène du métissage. » Mais passons... Une nouvelle fois, Zemmour fait dire CE QU'IL VEUT à des citations tronquées, dont  il ne précise jamais l'origine (la vidéo des propos de Lévi-Strauss est disponible sur le site d'Arrêt sur image, pour ceux qui ne voudraient pas explorer les arcanes fangeuses du web fasciste).

"Je vais vous dire vraiment, Thuram [et oui, encore lui] rêve d'une république multiculturelle et postraciale, et moi je crains qu'on ne se dirige plutôt vers une France multiraciale mais postculturelle".

Hum. La notion de post-culture, sans aucune forme de tentative de définition, n'a strictement aucun sens. Cela revient à dire, par exemple : une société post-sociétale, ou une économie post-économique. Son goût de la formule choc et du « bon » mot (ici, inverser les termes de son adversaire, mon dieu quel génie polémique) le mène une nouvelle fois à dire n’importe quoi. On en arrive aux plus extrêmes limites de la logique de la rhétorique médiatique, qui consiste à créer de toute pièce un jargon méta-linguistique vide de toute signification.

À relier à ce que disait Deleuze à propos des Nouveaux Philosophes (type BHL) : « Leur pensée est nulle. Je vois deux raisons possibles à cette nullité. D'abord ils procèdent par gros concepts, aussi gros que des dents creuses, LA loi, LE pouvoir, LE maître, LE monde, LA rébellion, LA foi, etc. Ils peuvent faire ainsi des mélanges grotesques, des dualismes sommaires, la loi et le rebelle, le pouvoir et l'ange. En même temps, plus le contenu de pensée est faible, plus le penseur prend d'importance, plus le sujet d'énonciation se donne de l'importance par rapport aux énoncés vides (« moi, en tant que lucide et courageux, je vous dis..., moi, en tant que soldat du Christ..., moi, de la génération perdue..., nous, en tant que nous avons fait mai 68..., en tant que nous ne nous laissons plus prendre aux semblants... »). Avec ces deux procédés, ils cassent le travail. Car ça fait déjà un certain temps que, dans toutes sortes de domaines, les gens travaillent pour éviter ces dangers-là. On essaie de former des concepts à articulation fine, ou très différenciée, pour échapper aux grosses notions dualistes. Et on essaie de dégager des fonctions créatrices qui ne passeraient plus par la fonction-auteur (en musique, en peinture, en audio-visuel, en cinéma, même en philosophie). Ce retour massif à un auteur ou à un sujet vide très vaniteux, et à des concepts sommaires stéréotypés, représente une force de réaction fâcheuse. »

"Elle [la Gauche] ne veut pas voir que le besoin de protection exprimé par une énorme partie de la population, et pas seulement les électeurs du Front National, va bien au-delà de l'économique, que l'insécurité sociale s'accompagne aussi d'une insécurité identitaire, que la peur du chômage s'accompagne aussi d'une peur existentielle, serons-nous encore français demain, conserverons nous encore notre mode de vie, serons-nous encore chez nous".

Une nouvelle fois, Zemmour use de l'un des ressorts majeurs de la rhétorique médiatique : attribuer à une majorité très largement fantasmatique ses propres interrogations de petit-bourgeois coupé du monde. Comme si moi, du haut de ma superbe, je disais : " Non mais c'est évident, attendez, laissez-moi parler, la question que TOUT LE MONDE se pose aujourd'hui, la question que TOUS les français se posent c'est : comment mettre à bas le capitalisme, imposer un revenu minimum pour tous et faire en sorte que l'on ait plus à travailler qu'une dizaine d'heure grand maximum par semaine, le reste du temps étant consacré à l'amour, la fête, la musique, la création et le rire ?" Subtil, non ?

"Hollande ne dit pas comment il contiendra les juges, qui les libèrent en masse, à les [les immigrés, bien sûr] envoyer chez eux. Il ne dit pas surtout comment il réduira l'immigration légale qui atteint 200 000 entrées par an, car la gauche juge ces questions interdites, la frontière oui mais seulement pour l'argent et les marchandises, la gauche libérale continue d'avoir la main pour tout le reste, elle donne le droit de vote aux étrangers, elle octroie le mariage et l'adoption des enfants aux couples homosexuels, le droit à l'euthanasie, pas de frontières, pas de limite, ni nationales, ni culturelles, ni naturelles".

Bel exemple de « fake news » décomplexée. On trouve ici un joyeux mélange d'affirmation exactes (la « gauche », disons plutôt le hollandisme, a effectivement autorisé le mariage homosexuel) et tout-à-fait fausses (cette même « gauche » n'a pas donné le droit de vote aux étrangers, ni légalisé l'euthanasie, ni, très loin de là, mis à mal la frontière française, qui grâce à Frontex se porte très bien, merci). Mais du coup, comme Zemmour mélange le faux avec le vrai, le faux paraît vrai, du fait en grande partie du contexte de l'énonciation, les gens ayant tendance à prêter du crédit à une parole exprimée dans la légitimité de la sphère médiatique.

Il faut noter également que la phrase : " la gauche juge ces questions interdites, la frontière oui mais seulement pour l'argent et les marchandises" est une contrevérité grossière, que l'on se place du point de vue de la vraie gauche (opposée à la mobilité du capital mais pas à celle des hommes) ou de la gauche de gouvernement (très favorable à la mobilité du capital mais pas, ou dans certaines conditions, à celle des hommes, ainsi que Macron et Collomb nous le montrent bien, du haut de leur inhumanité sereine).

"Les meurtriers sont nés en France de parents immigrés, mais cela n'a aucun rapport avec l'immigration, après avoir liquidé Charlie Hebdo leurs assassins ont crié "Allah Akhbar, on a vengé le prophète", mais cela n'a rien à voir avec l'Islam, ils ont exécuté une sorte de sanction judiciaire mais on continue à les qualifier de terroriste. Pas d'amalgame, pas d'amalgame : c'est la litanie sans cesse ressassée, comme un disque rayé".

Autres figure de style : l'ironie... ah subtilité... Ce procédé, qu'il use jusqu'à l'écœurement, lui permet d'éviter d'aller dans la profondeur des choses, par exemple en évitant de comprendre ce qui a pu pousser deux jeunes français à emprunter la voie de la radicalisation, tout en suggérant que ceux qui ne se suffisent pas de l'apparente simplicité des choses (parents immigrés + allaou Akhbar = Islam religion d'assassins. C'est ce qu'on appelle l'équation de Riss) sont des imbéciles. Sur ces points, je renvoie à de nombreux articles, et aux papiers que jai rédigés à ce propos.

"Doublement nostalgique. Nostalgique de vivre en France dans les années 60 et nostalgique de la grandeur de la France, qui est morte pour moi à Waterloo en 1815, donc vous voyez, une double nostalgie.  Qui est lourde. CA, ça, ça me hante et et ça assombrit mon existence, ça paraît ridicule [oui] mais c'est comme ça, maintenant euh réactionnaire oui, conservateur non puisque conserver, vous avez bien compris, conserver, c'est le monde d'aujourd'hui, conservateur c'est les prétendus modernes, c'est ceux qui ceux qui estiment qu'il faut le changement tout le temps et tout, nan ? C'est les vrais conservateurs. Donc moi, je suis réactionnaire, si vous voulez, puisque je veux revenir à un monde d'avant que j'estime meilleur, et que je sais bien mais je sais qu'on ne revient jamais en arrière. Je pense que il faut se replonger dans un passé pour balayer les miasmes de décadence, de déclin, moi j'appelle ça décadence j'appelle pas ça déclin, hein, pour essayer de ressusciter de nouveau ce qu'est la France".

Différence sémantique entre décadence et déclin ? Il n'y en pas beaucoup. Ce passage est assez intéressant, parce que le pauvre Zemmour, visant au-dessus de ses moyens cognitifs, s'y perd dans des contradictions complètement insolubles, se définissant comme "réactionnaire" attristé par la "décadence" plutôt que comme un "conservateur" offusqué par le "déclin", une opposition qui peut ne paraître pas si évidente que ça au premier abord, et qui ne l'est effectivement pas, d'autant plus que, comme à son habitude, il ne définit réellement aucun des termes en présence. Au final, il se retrouve, penaud, à dire qu'il est nostalgique et que c'était mieux avant mais qu'on ne peut pas retourner en arrière, tout en affirmant qu'il faut se "replonger" dans le passé pour "ressusciter" la France. Bien malin qui s'y retrouve.

 "Ah non parce que avec la complicité de Terra Nova et du premier ministre ce lobby associatif d'extrême gauche a noyauté l'appareil d'Etat exactement comme ils ont noyauté depuis des décennies l'éducation nationale c'est ainsi que dans les programmes d'histoire ont disparu les figures de Saint Louis, Richelieu, Louis 14 et Napoléon"

Pas de panique, ces trois-là font toujours bel et bien partie des programmes scolaires. Comme d'habitude, Zemmour utilise comme si de rien n'était des exemples farfelus, complètement faux, qui n'ont pour seul intérêt que de lui permettre, vite fait bien fait, d'étayer son discours. Rien de plus à en dire.

"Pour glisser à la place des empires africains, il y a 30 ans, au moment justement de cette marche des beurs, vous savez qu'on a célébré dans tous les médias, ils avaient obtenus une première grande victoire, la mise à mort de l'assimilation qui avait pourtant permis l'intégration dans la nation française de millions d'immigrés belges, italiens, espagnols, polonais et même kabyles et sénégalais mais désormais ils veulent la peau de cette intégration qui sent encore trop son fumet d'assimilation à l'ancienne".

C'est au détour de ce genre de phrase qu'on comprend que le pauvre Zemmour vit dans une hallucination, un douloureux rêve éveillé dans lequel des hordes hurlantes de basanés viennent se pencher sur son landau recouvert dune couverture Mickey. On se demande bien où il a pu entendre des gens célébrer, à l'occasion de la "marche des beurs" (une marche d'Arabes désireux d'être reconnus comme membres à part entière de la société française), la "mise à mort de l'assimilation".  Quant à l'opposition entre le bon immigré (l'Espagnol et l'italien surtout  et "même" des Kabyles! et des sénégalais ! La générosité de la France est sans limites) et le mauvais immigré (les arabes, les roms, les tchétchènes...), elle a été battue en brèche par de nombreux commentateurs plus avisés que M. Zemmour.

Le problème, chez lui, est qu'il fonde toutes ses idées sur des schémas qu'il analyse toujours à rebours de ce qu'il devrait : par exemple, quand il dit qu'avant tout se passait bien pour les immigrés en France, et que maintenant non, ce qui en soit est inexact mais pas faux, plutôt que se dire que c'est parce que l'Etat Français, solidaire en cela des directives de l'Europe néo-libérale, à partir des années 80, a durci sa politique migratoire et renforcé la misère sociale (déjà criantes pour beaucoup : les bidonvilles c'était ça, aussi, les Trente Glorieuses et les joies de l'assimilation), donc les possibilités réelles d'intégration, des populations immigrées ou issues de l'immigration, dans un contexte de nationalisme exacerbé par la crise et par les politiques d'austérité sensées la résorber (ce qui est la réponse la plus conforme à la réalité), et bien Zemmour dit tout le contraire : Nous sommes devenus trop gentils, à cause de l'essor post-soixante-huitard de la pensée gauchiste, avec les immigrés, et maintenant ils en veulent trop, et c'est pour ça que ça ne va pas. Soit tout le contraire de la réalité empirique.

Même chose, d'ailleurs, quand il parle de cet étrange essor de la pensée gauchiste après 68, alors même que cette pensée a connu un effondrement progressif à partir de la fin des années 80, de telle sorte que la pensée hégémonique (terme gramscien) aujourd'hui, c'est en fait d'un côté celle des néo-libéraux type Alain Minc, de l'autre celle du national-populisme à la Finkielkraut et Zemmour (et oui : il fait partie, hélas pour lui, et malgré toutes ses déclarations contre la « bien-pensance », de la pensée dominante).      

 ***

À d'autres de poursuivre cette œuvre de salubrité publique que constitue la déconstruction systématique de toutes les contre-vérités assénées avec mépris et hauteur par cet homme, et par tous ceux qui sengouffrent à sa suite.

Si nous nous y mettons tous, partout où nous le pouvons, peut-être pourrons-nous faire en sorte que cette pensée de caniveau rejoigne sa place la plus légitime, c'est à dire aux côtés de son auteur, dans un pré-carré dont les clôtures sont nommées respectivement indignité, bêtise, indécence et déshonneur, quelque part entre le presque-rien et le néant. 

Et n'oublions jamais que, comme M. Zemmour le dira peut-être un jour lui-même, les chemins de la rédemption étant nombreux, quoique souvent indéchiffrables, l'important est de ne surtout pas passer à côté de ce qui fait la beauté du monde, à savoir l’amour, le partage et la lutte pour la liberté des individus et des peuples. La seule chose qui doit nous préoccuper, désormais, ce n’est pas de se demander si notre fantasmatique identité nationale est en péril, et autres débats mortifères qui jettent un voile de bêtise et d’ignorance sur les plaies véritables, ouvertes, saignantes, de nos sociétés : le mépris des femmes, laissées de côté, encore chaque jour battues et violées ; le racisme et les crimes qu’il engendre ; le capitalisme et les violences qu’il implique ; ce qui doit nous préoccuper, c'est de mener à bien la révolution fraternelle qui doit constituer notre seul horizon désirable.   

Salut & fraternité,

M.D.

P.S. : Les déclarations de Zemmour ont été tirées (par Mlle J. G.) de ses interventions sur Itélé, Arte, France ô et RTL.

P.S.P.S.: edit (très) tardif. Le bruit m'est venu qu'il ne fallait pas se moquer du physique (ce qui est vrai) et que ma remarque sur les oreilles de M. Zemmour était déplacée. Je m'en excuse donc. En compensation, ayant moi-même un grand nez, j'autorise ce pauvre homme, si le coeur lui en dit un jour, de s'en moquer sans que je le prenne mal. 

Articles cités :

Xavier Chojnicki, « Idées reçues sur l’immigration : une lecture économique », Humanitaire [En ligne], 33 | 2012. URL : http://humanitaire.revues.org/1410

http://rue89.nouvelobs.com/2014/10/06/limmigration-pousse-vers-haut-les-salaires-moins-qualifies-255300

Robert Philippe, Aubusson De Cavarlay Bruno et Lambert Thibault : Condamnations selon l'âge et la catégorie socio-professionnelle. Analyse et prévision (In: Population, 31e année, n°1, 1976 pp. 87-109

La citation de Race et histoire vient de la page Wikipédia sur Claude Lévi-Strauss, parce que je n'avais pas le bouquin sous la main. Honte à moi.

Sur le nationalisme japonais : Sakai Naoki, Nationalisme japonais de l'Après-guerre, Multitudes 3/2003 (no 13) , p. 33-43

Sur l'Andalousie : http://www.controverses.fr/pdf/n9/toledano-attias9.pdf L'auteur semble très pro-israélien, mais bon.

Pour la carte des camps : http://blog.mondediplo.net/2010-06-01-Les-camps-d-etrangers-symbole-d-une-politique

 

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