Mourir du Covid, ou de faim et d’ennui?

Je ne veux pas hurler au loup, mais la dystopie sanitaire, et son corollaire sécuritaire, dont je vois pointer le bout de la queue, me fait peur. Parce que ça me parait nous mener tout droit vers une fin unique : mourir, que cela soit du Covid, ou de faim et d’ennui suite à la crise et aux mesures contre le Covid (et oui, je dis LE Covid). Leur société est devenue invivable... Où est la sortie ?

Bon, après, ce n’est pas que ça me dérange tant que ça de vivre dans une société de série post-apo bas de gamme avec budget à la française et plexiglas tordus levés avec du vieux scotch jauni devant les bureaux des administrations (quand celles-ci n’ont pas tout simplement plié boutique et externalisés leurs services à des télétravailleurs en burn-out) … D’arpenter des rues emplies d’honnêtes gens quotidiennement poussés à la paranoïa sanitaire, comme si la sécuritaire ne suffisait pas, et prêts à se jeter à la gorge de tout nez (je me comprends) un peu trop négligemment sorti du masque…

Ce n’est cas tant que ça me dérange de m’être fait balancer par un collègue (sans doute le genre de couillon qui met son masque tout seul dans sa voiture) pour avoir déambulé seul au milieu de rien avec le masque sur le menton, et d’être en attente de convocation suite à ma contestation pourtant polie de ce comportement pour le moins navrant… D’écouter chaque semaine la tristesse des lycéens avec lesquels je bosse, mélancoliques et angoissées sous leurs masques, et qui voient de plus en plus leur futur invalidé dans les méandres du délire sanitaire –d’autant que le gouvernement leur a récemment appris, via un clip de propagande, que s’ils font des bisous aux copains-copines, ça tuera grand-mère…

De voir mes copaines étudiantes, artisans, précaires, intermittent.e.s, sombrer dans une dèche quotidienne, à coups de missions au rabais pour des agences intérim prédatrices, de manutention dans des supermarchés réfrigérés et surpeuplés, et de fermeture de tous les petits boulots en même temps que les concerts, évènements, théâtres, susceptibles de donner l’opportunité de travailler et, rêvons un peu, de se retrouver, ailleurs que dans des usines qui disparaissent les unes après les autres…

Et pendant de ce temps, les bars ferment de plus en plus tôt, les rassemblements sont interdits sur la voie publiques et bientôt aussi les lieux privés sans doute, masques partout, justice nulle part, toute once de rire et de joie commence à tous nous quitter collectivement et, à moins de nous reconfiner une fois pour toute histoire qu’on puisse enfin s’emmerder en paix, je me demande où tout ça va nous mener.

Bon, d'accord : ça me dérange. Je ne veux pas hurler au loup, mais la dystopie sanitaire, et son corollaire sécuritaire, dont je vois pointer le bout de la queue, me fait peur. Parce que, comme l’indique mon titre, cela me parait nous mener tout droit vers une fin unique : mourir, que cela soit du Covid, ou de faim et d’ennui suite à la crise et aux mesures contre le Covid.

Une fin à base de travaille-consomme-crève, vide de tous lieux de sociabilité, où personne ne vient rendre visite à papy (je veux dire, encore moins qu’avant), où les fêtes d’après-mariage sont annulées (à quoi bon se marier, alors ?) et où on se fait tous chier, condition de notre survie, mais en se demandant tout de même à quoi bon vivre dans ces conditions, et à partir de quand la vie devient invivable.

Car oui, leur société est devenue invivable ; et je ne sais sincèrement pas combien de temps je tiendrais à ce régime, avant de me barrer planter des courges dans les montagnes.

Je n’ai pas de solution simple aux questions que je me pose. Des gens meurent du Covid, je sais. Cependant, quand j’entends, comme dans la dernière vidéo d’Usul, un médecin très doctement nous signaler que le masque en extérieur ne sert à rien mais permet de faciliter la vie des commerçants à l’entrée des magasins, les bras m’en tombent tellement que je suis en train de taper cette chronique avec mon nez.

Je sais une seule chose : je crois en la responsabilité individuelle. Sinon, je ne serai pas humaniste, et encore moins anarchiste. Et c’est me semble-t-il, au milieu du vaste jeu de décisions à la con et de fléchette à l’aveugle auquel les bourgeois jouent sur notre dos depuis le début du Covid, la seule éventualité qui n’ait pas été envisagée.

Ma mère a les poumons fragiles, il y a donc quelques temps que je ne suis pas allé la voir, même si c’est triste. Mais si elle me demande de lui rendre visite, j’irai la voir, en faisant attention bien sûr. C’est à nous deux de décider. Pas au gouvernement. Lui, je ne l’autorise pas, vu son passif et ses pratiques, à nous imposer quoi que ce soit relatif au bien-vivre, qu’il soit individuel ou collectif. Pas ce gouvernement-là, en tous les cas. Et c'est pareil pour le reste. Je ne crois pas que ça soit aux incapables d’en-haut de décider comment nos quartiers, avec nos places, nos repas, nos bars, nos concerts, doivent fonctionner au quotidien : même avec la contrainte du Covid, je pense que nous pouvons nous en débrouiller, et bien mieux qu’eux.

D’autant que la vie quotidienne se passe souvent sans grands rassemblements délirants de foules en pleine apoplexie consumériste : ce genre de trucs, c’est généralement l’État, et le marché capitaliste, qui les organisent. Car eux en ont les moyens. Et le besoin, pour faire tourner leur sinistre machine à thune.

Alors, ce que je propose ?

Rien du tout. Je ne suis pas le professeur Raoult, ni Christophe Barbier. Je ne suis qu’un pauvre petit prolétaire anarchiste, un petit humain "perdu sur une planète en détresse" (Christine Jeoffrion, L'Obs 04/08). Je ne fais que signaler ma tristesse et mon ennui devant la société, façonnée par des mesures sanitaires délirantes, qui s’organise. Et le fait que, peut-être, il existe d’autres voies face à cette évidence : nous allons devoir vivre avec le Covid.

Avec tout ce que ça implique. Et je dis bien : vivre, pas survivre. Donc : nous rencontrer, nous aimer, avec les risques que ça implique, et dans le respect des désirs et des libertés de chacune et chacun.

Ou alors, si. J’ai en fait quelque chose à proposer à nos chers gouvernants, puisque c’est eux qui se sont arrogé la gestion de la tirelire : afin que nous puissions vivre et nous autogérer dans la joie, et, surtout, prendre soin de nos plus fragiles et de nous-mêmes, créez un salaire à vie, et disparaissez.

Ainsi que l’écrit mon grand ami Malsayeur le Médisant, dans un article pour Mouais (mouais.org) imaginant un 2025 utopique : « Avant la pandémie du Covid-19, la République de France générait 2 200 milliards d’euros de produit intérieur brut. En socialisant la totalité de cette somme et en en confiant la gestion à des caisses autogérées, comme c’était déjà plus ou moins le cas pour les assurances vieillesse, maladie, accident du travail et famille, on parvenait à distribuer des sommes d’argent conséquentes sur la fin du capitalisme (3 666 euros par mois pour être précis, car il faut savoir être précis). Mais ça n’a pas tenu bien longtemps. Plus de la moitié de la production capitaliste s’avérait inutile, bien qu’elle produisît de la valeur. Elle n’avait de sens qu’inscrite dans un rapport de production lucratif, c’est-à-dire en dégageant une marge suffisante pour rétribuer le capital initial investi. Un « surplus » ayant perdu toute raison d’être dans notre mode de production actuel, calqué sur les besoins de la communauté et non plus sur ceux d’une poignée d’individus. Dès lors, la production nationale a très largement décru. Nous n’avons pas arrêté de travailler pour autant. Seulement le raisonnement économique que nous suivons aujourd’hui est inverse. Nous partons des besoins de la population et organisons ainsi la production. Chacun doit avoir un toit, de la nourriture et des vêtements. C’est comme cela que nous définissons la quantité de travail nécessaire à la vie en communauté, et qui est ensuite répartie. Le travail individuel n’est plus reconnu. Chacun participe. C’est ainsi. La coopération a remplacé la compétition, l’entraide a remplacé la charité. »

Avouez que ça fait envie. Alors, si on se donnait une chance de vivre autrement ? Même avec le Covid ?

Salutations libertaires,

M.D.

Avant de crever n’hésitez pas à vous abonner à Mouais, notre merveilleux mensuel dubitatif, pour à peine 22 euros par an seulement :  https://www.helloasso.com/associations/association-pour-la-reconnaissance-des-medias-alternatifs-arma/paiements/abonnement-mouais

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.