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Billet de blog 24 mai 2022

Je suis journaliste (mais pas comme Salamé)

Vous en connaissez une ou un près de chez vous. Malicieux, il fouille partout, vivant dans l’ombre. Je ne parle pas du hérisson, un être stupéfiant, mais bien du journaliste indé. Ce que je suis. Mais quoique pas payé par Bolloré, je connais le même discrédit que les larbins à la Barbier. Ce qui pose problème, mais néanmoins je le dis : je suis journaliste. Pour de vrai, pas comme à BFMTV.

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J’ai une révélation à faire : je suis journaliste. J’ai mis longtemps à assumer ce terme, tant les diverses incarnations qui m’avaient été présentées depuis mon enfance, je veux dire, les vraies, pas Spirou et Fantasio, mais celles de la télévision et des journaux, ne donnait guère envie de se lancer à leur suite. Pour moi les journalistes, c’était les « experts » abrutis à la Barbier, les tâcherons des chaines de désinfo en continue, ou les gens qui écrivaient dans Var- puis Nice-Matin. Me réclamer de ça m’aurait donc semblé aussi incongru que si au moment de sa démission Castex avait déclaré « en fait je suis chanteur » en se saisissant d’une guitare pour entonner Djobi Djoba.

D’autant que la séquence électorale que nous venons de traverser, et qui se poursuit jusqu’aux législatives, vivement que tout ça se termine, nous a encore montré, s’il en était encore besoin, le degré affligeant de flagornerie à l’encontre du pouvoir et d’unanimité idéologique ultralibérale où en sont rendus les médias dominants, qui perçoivent l’ouvrier ou la chômeuse avec le même degré de perplexité qu’une poule qui aurait trouvé une scie sauteuse –ou que Salamé qui serait tombé sur le Capital.

Mais journaliste, je le suis pourtant devenu, comme par effraction.  Et justement pour ne pas laisser ce mot dans les mains de branlots qui le déshonorent, j’ai décidé de le reprendre, de le faire mien : je suis journaliste. Indépendant. C’est-à-dire journaliste pour de vrai –comme Redford et Hoffman dans Les hommes du président (et comme Peter et Steven dans la Classe américaine).

Et c’est du boulot. Vous qui lisez régulièrement mes bredouilles ici-même, vous ne vous doutez peut-être pas du temps, principalement bénévole cela va sans dire, que cela représente. J’ai la chance d’écrire vite, mais il faut tout de même auparavant trouver un sujet, imaginer comment le développer, potasser quelques sources, marcher longuement dans le Vieux-Nice avec une canette de bière pour faire décanter tout ça, pour enfin le coucher, le chat sur les genoux, sur mon ordinateur préhistorique en fin de vie. Et à côté de ça, chaque mois, écrire pour la revue Mouais, relire, organiser, maquetter, distribuer, tout en réalisant, depuis peu, des reportages en pige (pour Streetpress pour le moment), qui demandent également un travail long et consciencieux d’enquête et de recoupage.

Bref, je ne chôme pas, quoiqu’en disent mes conseillers RSA. Et nous sommes comme ça des centaines, des milliers à travailler ainsi, loin des sentiers battus et plus loin encore de Christophe Barbier, et au plus près des précaires, des usines, des espaces autogérés, des petits paysans, des femmes de ménages, des barres HLM, comme l’a fait l’équipe de Bourdieu dans La Misère du monde, un grand livre de journalisme-pour-de-vrai, donnant ainsi, comme le veut la formule consacrée, de la voix aux sans-voix, -mais pas de façon surplombante, car les sans-voix, prolos précaires que nous sommes, nous en faisons nous-même partie.

Mais au-delà du fait que nos fins de mois sont difficiles dès le début du mois, nous avons un problème : nous sommes méconnus. Et quand nos camarades de classe (sociale s’entend) pensent à « journaliste », ils pensent à la Matinale de Inter, à BFMTV, et nous jettent donc dans le même discrédit –parfaitement légitime- qui touche une grande partie de la corporation, ce qui représente pour nous une sorte de double peine : non seulement les journalistes « installés » nous prennent de haut, ce qui ne nous importe guère, mais les gens avec lesquels nous vivons au quotidien nous prennent eux aussi pour des cons, précisément à cause de ceux qui nous prennent de haut –ce qui est plus problématique.

C’est pourquoi nous avons besoin de nous faire connaitre. Et c’est pourquoi, depuis l’an dernier, nous organisons les « Assises intergalactiques de la presse libre, satirique et indépendante », sorte de forum social des médias indés, « sur papier, en ligne ou sur des bambous », qui auront lieu à nouveau les 4 et 5 juin prochains, sur les collines méditerranéennes de la ferme de la Sauréa, pour deux journées de débats, de tables rondes, de concert, de bière bien sûr, au milieu des oliviers, des cyprès centenaires, des brebis et des bottes de paille.

Pour le moment, parmi les médias présents, et sous réserves d’annulations/confirmations, on retrouve une bonne partie de l’équipe de l’an dernier : Le Ravi, CQFD, L’Age de faire, S!lence, Mediacoop, La Mule du pape, Le Poing, Acrimed, Le Trou des Combrailles, Primitivi, L’Empaillé, La Brique, Les Autres voix de la presse, Les Crieuses d’Utopie, Youtubercule, Le nouveau journal des gens du pays de Fayence… Et a priori, parmi les nouveaux venus à la fête, des gens de Nantes Révoltée, de Mediapart, du Trente-Deux, de Bastamag, de Reporterre, de la Revue Z, de Radio Parleur, du Chiffon, de No Go Zone, de ? … Sans oublier les copaines de la librairie du Monte-en-l’air, de tous les mauvais coups. Nice-Matin ne sera pas là.

L’organisation de cette sauterie prenant pas mal de temps, vous ne me lirez plus sur ce blog jusqu’au mois prochain ; vous pourrez cependant venir me voir aux assises, en compagnie des copaines de Mouais et de la presse indé, pour parler autour de comment faire en contester l’hégémonie de Bolloré, et de plein d’autres choses.

La page de l’évènement est ici.

Et la billetterie (la réservation est obligatoire) est ici.

Vive les canards libres et locaux,

Salutations libertaires,

Mačko Dràgàn

Peter et Steven forever. "Mon cher Peter, me voici en Alaska, malgré le froid, malgré une mule impotente, malgré ma fausse barbe qui me gratte, je continue à croire en mon aventure."

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