Mačko Dràgàn
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Billet de blog 27 oct. 2021

La minorité totalitaire

Notre pays vit sous la coupe d’une minorité hargneuse, disposant de relais influents, qui décide ce qu’on doit dire, qui dicte tous les débats, impose ses figures et « cancel » celles qui lui déplaisent, squatte les antennes et voit tous ses caprices portés à la une des journaux et sur les plateaux -et même jusque dans les universités. Et non, je ne parle pas des « woke »…

Mačko Dràgàn
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« Le problème n’est pas, n’a jamais été les « 1 % ». Non, le problème — le verrou politique — ce sont les 10 % », a écrit Frédéric Lordon dans une analyse limpide de la sociologie de France Inter. Ces 10%, c’est ce qu’il nomme le bloc PFLB (PourFaireLeBourgeois), « qui, ne souffrant de rien, sans être richissimes, « y » [le système capitaliste autoritaire] croient dur comme fer ». A ceux-là, on peut ajouter 5 ou 10 autres pour cent, constitués des franges les plus irrémédiablement fascistoïde de notre société. Et voici donc, le petit bourgeois main dans la main du grand facho, la minorité totalitaire de gamins pourris-gâtés qui impose ses caprices au reste de la population, tout en hurlant qu’elle peut plus rien dire, tel un type qui calé dans ton canap’ après avoir marché sur la queue de ton chat, pioché une binouze dans ton frigo et mis Europe 1 à fond sur ta radio te demanderait ce que tu fous encore là.  

Cette minorité, on l’a encore vu très récemment tomber en pâmoison devant l’errance, bien à l’abri derrière son équipe télé et ses services de sécurité, d’un grand-bourgeois payé comme un pape à dire des conneries sur des plateaux peuplés de stars cocaïnées, et venu emmerder des pauvres prolos chez eux comme le dernier des malappris, au prétexte qu’avant d’être pété d’oseille, parce que je rappelle que ce meilleur employé du mois de Bolloré, dont le nom m’échappe, a quand même un patrimoine estimé à un certain nombre de millions d’euros, il a grandi dans ce quartier, comme si moi je revenais dans le village où je suis né pour dire à tout le monde vous êtes moches et ici ça pue.

Cette minorité, elle a il y a peu encore exprimé avec ferveur et fougue son mécontentent en raison d’un article du Monde qui titrait sur la « haine » du père d’une victime du Bataclan, au prétexte que ce brave homme insultait les autres victimes et a fait l’apologie de l’attentat de christchurch, perpétré par un taré d’extrême-droite biberonné à la pensée de Renaud Camus, et qui a fait rappelons-le 51 morts et 49 blessés. « Haineux », ce mot n’a pas plu à notre petite minorité qui l’a fait bruyamment savoir, et il a fallu changer le titre de l’article, un portrait par ailleurs très réussi, en : « la colère sans limite d’un père ».

Et c’est comme ça chaque jour, sur les chaines d’infos, les fils Twitter, à la radio, de polémique débile en polémique débile, avec entre les deux un débat à la con pour souffler un peu, on n’en peux plus, une poignée d’ahuris qui vivent comme un Pacman paranoïaque voyant partout des fantômes Hallal nous dit ce qu’on doit dire et penser, ce dont on doit parler, et nous, on veut pas en parler, on s’en fout, en fait, alors on attend que ça passe pour pouvoir enfin parler d’autre chose, genre, je sais pas, le fait qu’on en chie parce qu’on est pauvres et que le boulot nous tue, qu’on galère à se loger, qu’on crève. Et les non-papiers de Mamoudou ou le voile de Fatiha n’ont rien à voir avec tout ça alors ses non-papiers et son voile on aimerait bien qu’ils ne fassent pas l’objet d’un breaking news.

Alors j’aurai un message à faire passer au 10 + 10 % agités de la propagande médiatique tous azimuts : foutez-nous la paix. Franchement, là, on veut bien être gentils et vous tenir un peu le crachoir comme on tiendrait les cheveux d’une pote bourrée qui vomit en soirée, mais faut pas non plus trop en demander.

Vous êtes les premiers à vous foutre de la gueule des gauchistes « fragiles » qui passent leur temps à « pleurnicher », alors je vous renvoie le compliment : arrêtez vos pleurnicheries, et que y a trop d’Arabes, et que c’était mieux avant, et que t’as vu c’est un rappeur Noir qui veut faire la chanson de l’équipe de France, vous êtes bien émouvants à chialer sur votre monde perdu mais là, ça commence à faire de la peine.  

Grandissez, les gars (bon, et les meufs aussi bien sûr, mais j’ai l’impression qu’elles ne sont pas majoritaires dans vos rangs).  Je suis désolé de vous le dire, mais votre France à la papa ne reviendra pas, c’est terminé, « l’Histoire ne repasse pas les plats » ou alors c’est du congelé-décongelé et ça donne des gaz. Dans le monde futur, c’est con mais c’est comme ça, il va falloir vous y faire, il y aura des Noirs qui seront autre chose que vigile ou footballeur, des femmes qui seront autant si ce n’est plus payées que vous, des petits enfants qui seront très heureux avec leurs deux papas gays, des jeunes filles pas épilées et voilées marchant dans la rue en tenant la main de leur épouse végan, et si tout va bien et si on va encore plus loin tout ce petit monde vivra dans la joie dans un monde post-capitaliste libéré de tous les fanatismes, celui des psychopathes de Daech comme le vôtre, car désolé, mais ces fanatismes sont les mêmes, les deux facettes flippantes d’une même médaille rouillée.

Grandissez, et ouvrez les yeux. Votre nouveau messie, autour duquel gravite comme un essaim de mouches tout ce que pays compte de ras-du-bulbes nazillons adeptes du tir à balle réelle sur civils innocents, n’est qu’un petit escroc nul en tout, surtout en Histoire, une ex-victime de cour d’école bouffé par une aigreur de manche à balai bon qu’à se prendre des râteaux et qui se venge du temps où les filles allaient draguer le beau black de la cour du lycée pendant que lui-même se perçait ses boutons blancs.  

Et puis, vous savez quoi, puisque vous aimez tant le passé et les morts, votre France d’avant qui pue l’antimite là, allez y faire un tour, fabriquez-vous une DeLorean avec des morceaux de vos SUV qui puent, et retournez en 40 voir papy qui prie devant un portrait du maréchal. Avec un peu de chance vous vous planterez dans la date de votre machine à voyager dans le déni et, après y avoir erré longtemps, vous finirez tous dans l’intestin grêle d’un dinosaure, et nous, des milliers d’années plus tard on retrouvera vos petits os dans des merdes de T-Rex qu’on mettra dans les musée d’Histoire, ce qui vous fera au moins une occasion d’y foutre un pied, même fossilisé[i].

Et pendant que vous vous ferez grignoter dans le passé par des bestioles du jurassique venues venger tous les animaux décimés par vos potes du lobby de la chasse et des armes à feu, eh bien nous on dansera on baisera on fera de la musique dans une fête où il y a aura des gens de toutes les couleurs et de tous les genres, en se demandant quand même comment un jour des gens comme vous ont pu prendre autant la confiance, parce qu’on est quand même vachement plus nombreux. Et quand je dis « nous », je ne parle même pas de la gauche : je parle juste de la vaste galaxie des gens qui n’en ont rien à foutre de vos conneries.

Bon, en vrai, je m’énerve, mais je ne vous hais pas. J’ai pas mal de compassion pour une partie d’entre vous, ça doit pas être agréable de vivre dans vos têtes, constamment harcelés par des ennemis imaginaires. Et puis, je n’aime pas haïr, ça gâche le goût de la bière et c’est pas avec de la haine qu’on se construira un futur moins moche.

Allez, je vous en veux pas, mais on va parler d’autre chose que de vos délires. Et on va faire comme Ouest-France, tiens, on ne va plus donner d’importance à ces sondages imbéciles qui donnent faussement valeur statistique à vos errements de petite minorité si douée pour se faire gonfler artificiellement.

Le vivre-ensemble, ça existe, je vous jure. Tenez, hier, après une journée passée sur un chantier avec un pote Corse dont la femme est Algérienne, et ça se passe très bien, merci, je suis allé dans le quartier pop’ niçois de Notre-Dame, où les enfants jouaient au parc, et je me suis offert une coupe chez mon coiffeur-Rebeu (oui, c’est un métier à part entière) habituel, un jeune qui m’a refait l’iroquoise punk. On sentait qu’il était en désaccord avec ce genre de coiffure, et jusqu’au bout il m’a demandé « t’es sûr ? », mais il me l’a fait, avec talent et gentillesse, et ma crête n’a jamais été aussi belle.  

Salutations libertaires,

Mačko Dràgàn

Tiens je sais pas pourquoi tout ça m'a donné envie de re-re-revoir Dark City, chef d'oeuvre de Proyas avec la merveilleuse incroyable Jennifer Connelly

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[i] Certes je vais un peu loin mais n’est-ce que pas vous qui hurlez votre attachement à la liberté d’expression, dès le moment où celle-ci concerne votre liberté d’insulter ce qui ne vous plait pas ?

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