Travailler plus ?

A l’heure où les français courent après une politique qui leur ressemblerait, le gouvernement socialiste leur offre leur nouveau salut : travailler plus pour gagner moins. Un pari pour le moins étonnant que le gouvernement précédent n’avait été aussi loin, puisqu’il proposait au moins de gagner plus.

A bas les 35h ! Les salariés doivent être moins paresseux et les entreprises plus flexibles ! La flexibilité, c’est le Saint Graal du MEDEF, et désormais du gouvernement socialiste à l’oreille duquel le patronat sait si bien murmurer. S’il y a du chômage, ce serait parce que les entreprises refusent d’embaucher. Si les entreprises refusent d’embaucher, ce serait en raison d’un marché trop rigide, de salariés trop encombrants, trop protégés. Assouplir le marché du travail serait libérateur pour ces pauvres entrepreneurs asservis par un monstrueux Code du Travail. On aurait trouvé la voie contre le chômage, et par là-même, celle qui permettrait à François Hollande de se représenter lors des prochaines échéances électorales de 2017. Bémol ! Alors que désormais, on crée chaque année plus de contrats précaires que de CDI, le chômage ne cesse de croître au fur et à mesure que les ans passent. De quoi rappeler un certain Milton Friedman qui, face à l’inefficacité des politiques ravageuses qu’il a orientées en Amérique latine à la fin du siècle dernier, justifiait ses échecs par le fait de ne pas avoir été assez loin. Aveuglement idéologique, quand tu nous tiens !

 

La question serait pourtant, au-delà de définir quel dogme suivre tête baissée, de savoir dans quel modèle de société on souhaite vivre ensemble. Un modèle de salariés en hyper-concurrence, où les insiders cumuleraient les heures à s’en rendre malade dans le seul dessein de ne pas se voir remplacés par les chômeurs aux portes de leur entreprise ? Et avons-nous vraiment envie d’une relation purement bilatérale entre salarié et employeur dans une époque où le chômage de masse biaise complètement l’équilibre de la négociation ? Veut-on remonter les siècles et vivre en grandeur réelle le monde de Germinal, un monde où les employeurs peuvent tout exiger de leurs salariés désemparés, où seule la loi du Talion pourrait garantir un semblant de justice sociale ? Dans quel sens est allée l’Histoire depuis cette sombre époque ? Réduction du temps de travail, congés payés, progrès technique … Quel autre objectif sinon une moindre aliénation de l’homme par le travail ?

 

Au-delà-même de l’idéologie, on peut douter de l’efficacité de l’augmentation du temps de travail sur le chômage. Pourquoi embaucher lorsque l’on peut faire travailler plus et à moindre coûts ses propres salariés ? Et, quid de la productivité ? Les travailleurs français sont parmi les plus productifs au monde, devant l’Allemagne pourtant érigée en modèle. Les faire travailler plus sans véritable contrepartie pour eux pourrait affecter leur bien-être, leur santé, ce qui finirait par rogner leur productivité.

 

Croire que le chômage vient de la rigidité du marché du travail a tout l’air d’un mauvais diagnostic qui ferait prescrire au médecin les mauvais traitements à l’origine d’effets indésirables dévastateurs. La flexibilité a certes réduit le chômage dans certains pays comme l’Allemagne ou les Etats-Unis, mais au prix d’une masse de travailleurs pauvres, tapis dans l’ombre de la vie indigne que leur a réservée l’obsession néo-libérale.

 

Plutôt que d’adopter des mesures à rebours du temps, plutôt que de considérer le progrès social comme une utopie naïve, pourquoi ne pas poursuivre la marche vers plus de temps libre entreprise le siècle dernier ? Entre l’allocation universelle, la réduction du temps de travail et le développement d’une société de loisirs où le temps libre serait un actif, les pistes d’amélioration ne manquent pas. Penser autrement, cesser de ressasser, façon Thatcher, qu’il n’y a « pas d’alternative » alors qu’on a été porté au pouvoir pour proposer autre chose, voilà peut-être un moyen, non seulement d’améliorer la situation économique, mais aussi de réengager le peuple en politique et de lutter contre les partis populistes. 

 

M.G.P.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.