Maison des journalistes
Un refuge pour journalistes exilés www.maisondesjournalistes.org
Abonné·e de Mediapart

149 Billets

0 Édition

Billet de blog 4 mars 2015

Cuba: la dictature du marketing

Maison des journalistes
Un refuge pour journalistes exilés www.maisondesjournalistes.org
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Pendant leur visite du bâtiment, les petits observent, étonnés, un vieux pistolet, la chemise ensanglantée d’un combattant, le moteur d’un avion-espion américain qu’on a abattu.

Dans le palais d’un ancien dictateur déchu, des élèves portant de grands foulards rouges les identifiant comme étant des « pionniers » du Parti Communiste écoutent un guide qui leur parle des bienfaits de la Révolution.

Pendant leur visite du bâtiment, les petits observent, étonnés, un vieux pistolet, la chemise ensanglantée d’un combattant, le moteur d’un avion-espion américain qu’on a abattu. Puis, ils arrivent près du yacht Granma sur lequel Fidel Castro et ses guérilleros ont débarqué ; les bottes de combat qu’a utilisées son frère cadet sont là aussi. Ce sont celles du Général Raúl, qui l’a remplacé au pouvoir en 2006 et qui affirme qu’il ne fera rien qui « contredise l’héritage de Fidel ».

Ce texte est tiré de L'œil de l'exilé : http://www.loeildelexile.org/cuba-la-dictature-du-marketing/

(source : Oswaldo Rivas/Reuters)

 Le palais de Fulgencio Batista – l’ancien dictateur de Cuba –, renversé par Fidel Castro, est aujourd’hui un musée à la gloire de la Révolution, et, à ces enfants qui ont entre 6 et 9 ans, on leur dit qu’ils sont les héritiers d’un gouvernement communiste que vient d’avoir 56 ans.

« Nous, les Castro, nous vivons longtemps », a dit Raúl, répondant à contretemps à un commentaire déjà ancien de l’ex-président chilien, Sebastián Piñera. Ceux qui se sont rebellés contre la dictature militaire de Batista ont établi à Cuba une autre dictature militaire huit fois plus longue. La différence principale entre Batista et les frères Castro est le marketing. Comment peut-on encore considérer Cuba comme une démocratie après 56 ans au pouvoir des mêmes dirigeants ? Cuba est sans aucun doute la meilleure école pour dictateurs.

La révolution qui menace les Castro

Dans ce contexte, à Cuba, un très petit nombre des 11,3 millions d’habitants a accès à Internet ; les Cubains n’ont d’ailleurs ni beaucoup de temps ni beaucoup d’intérêt à se connecter, puisque leur préoccupation principale est de savoir comment survivre, jour après jour, obligés de se débrouiller du fait d’une économie à cause de laquelle il est difficile d’obtenir du papier toilette ou de la viande de bœuf.
Après avoir essayé pendant plus de huit ans de modérer certains des contours de son régime orthopédique, Raúl Castro reste décidé à éliminer tout ce qui menacerait sa permanence au pouvoir et qui pourrait le rayer de la carte comme cela est arrivé à l’ancienne puissance protectrice, l’ex-Union Soviétique, que presque personne n’a regrettée. Et pourtant, même sous de telles conditions de vie dans la Cuba d’aujourd’hui, une nouvelle proposition électrisante commence à faire rêver beaucoup de gens sur l’île comme à l’extérieur, entrevoyant peut-être un changement à Cuba.

Depuis le 17 décembre 2014, la presse internationale publie beaucoup de « unes » concernant Cuba. Dans une déclaration conjointe, retransmise simultanément depuis Washington et La Havane, Barack Obama et Raúl Castro, respectivement, annonçaient le lancement de discussions dans le but de rétablir les relations diplomatiques après plus de 50 ans de « guerre froide » entre les Etats-Unis et Cuba.
Cette simple annonce officielle a signifié, comme dans une course de chevaux, le coup d’envoi d’une concurrence entre les firmes technologiques les plus puissantes du monde, Google, Netflix, Apple, pour ne citer qu’elles, pour s’installer à Cuba-patrie du rhum, du cigare, du sucre et du Buena Vista Social Club, une île qui en plein XXI ème siècle vit encore dans l’ère des grottes, alors que, des îles Fidji à Malte en passant par l’Islande et Madagascar les citoyens profitent de la télévision par satellite, de la téléphonie mobile et d’Internet.

En 1996, le régime communiste de La Havane a promulgué le décret-loi 209, qui établit que l’utilisation d’Internet ne peut être autorisée si elle « viole les principes moraux de la société cubaine ou les lois du pays ». Le ministre des télécommunications, Ramiro Valdés, a même déclaré que « Internet est un outil d’extermination globale qu’il faut contrôler quel qu’en soit le prix ».
Mais au milieu des extrémistes du dogme dictatorial et totalitaire imposé par la force, de nouveaux visages ont surgi à Cuba : rappers, gays, travestis et transsexuels, adolescents portant des tatouages et des piercings au nombril, utilisateurs d’antennes satellites pirates… Sans compter l’augmentation de la consommation de drogue et celle de la prostitution. Tout cela, en plus d’une société civile indépendante qui existe toujours : dissidents, journalistes indépendants, blogueurs, « Dames en blanc » (« Damas de blanco »)…

Fidel Castro

Fidel et Raúl et leurs expériences meurent à petit feu. Le capitalisme commence à s’installer peu à peu sur l’île : les Cubains peuvent enfin en sortir s’ils obtiennent un visa… Et la dictature a beau essayer de bloquer Internet et les réseaux sociaux, l’ingéniosité des cubains finira par s’imposer face aux interdictions absurdes.

Cuba continue d’être un des pays les plus fermés au monde. Les frères Castro maintiennent leur contrôle à l’aide de la peur et d’un système répressif bien huilé, mais qui à présent montre ses limites.
Il n’est plus impensable que le Congrès des Etats-Unis lève l’embargo à l’égard de Cuba, mais il ne devrait pas le faire tant que l’île n’améliorera pas son passif criminel en matière de droits de l’homme, ne démocratisera pas son système politique et ne fera pas de place à ses dissidents et à la presse indépendante interne.
A Cuba, la liberté est un problème biologique, et la démocratie peut seulement survenir à la suite d’un problème de santé. Je n’ose pas faire de pronostic à propos de la fin du castrisme, mais je suis de ceux qui pensent qu’il ne faut pas attendre la mort de Fidel et de Raúl Castro pour que Cuba change.
En fin de compte, les dictateurs ne doivent pas mourir au pouvoir, mais en prison.

© 

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Migrations
La véritable histoire d’Omar Elkhouli, tué par la police à la frontière italienne
Cet Égyptien est mort mi-juin pendant une course-poursuite entre la police aux frontières et la camionnette où il se trouvait avec d’autres sans-papiers. Présenté comme un « migrant », il vivait en fait en France depuis 13 ans, et s’était rendu en Italie pour tenter d’obtenir une carte de séjour.
par Nejma Brahim
Journal — Éducation
Au Burundi, un proviseur français accusé de harcèlement reste en poste
Accusé de harcèlement, de sexisme et de recours à la prostitution, le proviseur de l’école française de Bujumbura est toujours en poste, malgré de nombreuses alertes à l’ambassade de France et au ministère des affaires étrangères.
par Justine Brabant
Journal — Europe
L’Ukraine profite de la guerre pour accélérer les réformes ultralibérales
Quatre mois après le début de l’invasion, l’économie ukrainienne est en ruine. Ce qui n’empêche pas le gouvernement de procéder à une destruction méthodique du code du travail.
par Laurent Geslin
Journal — International
À Copenhague, une fusillade dans un centre commercial fait trois morts et plusieurs blessés
Un grand centre commercial de la capitale danoise a été la cible d’une attaque au fusil, faisant trois morts et plusieurs blessés, selon la police. Un jeune homme de 22 ans a été arrêté. Ses motivations ne sont pas encore connues.
par Agence France-Presse et La rédaction de Mediapart

La sélection du Club

Billet de blog
Face aux risques, une histoire qui n'en finit pas ?
[Rediffusion] Les aliments se classent de plus en plus en termes binaires, les bons étant forcément bio, les autres appelés à montrer leur vraie composition. Ainsi est-on parvenu en quelques décennies à être les procureurs d’une nourriture industrielle qui prend sa racine dans la crise climatique actuelle.
par Géographies en mouvement
Billet de blog
Cochon qui s’en dédit
Dans le cochon, tout est bon, même son intelligence, dixit des chercheurs qui ont fait jouer le suidé du joystick. Ses conditions violentes et concentrationnaires d’élevage sont d’autant plus intolérables et son bannissement de la loi sur le bien-être animal d’autant plus incompréhensible.
par Yves GUILLERAULT
Billet de blog
Faux aliments : en finir avec la fraude alimentaire
Nous mangeons toutes et tous du faux pour de vrai. En France, la fraude alimentaire est un tabou. Il y a de faux aliments comme il y a de fausses clopes. Ces faux aliments, issus de petits trafics ou de la grande criminalité organisée, pénètrent nos commerces, nos placards, nos estomacs dans l’opacité la plus totale.
par foodwatch
Billet de blog
Grippe aviaire : les petits éleveurs contre l’État et les industriels
La grippe aviaire vient de provoquer une hécatombe chez les volailles et un désespoir terrible chez les petits éleveurs. Les exigences drastiques de l’État envers l’élevage de plein air sont injustifiées selon les éleveurs, qui accusent les industriels du secteur de chercher, avec la complicité des pouvoirs publics, à couler leurs fermes. Visite sur les terres menacées.
par YVES FAUCOUP