Y A-T-IL UN PROBLÈME EN FRANCE AVEC LES KIOSQUIERS ET LES UNES DE JOURNAUX ?

Lorsque l’on parle de la liberté de la presse, on pense dans un premier temps aux journalistes, aux dessinateurs de presse, aux reporters. Ceux dont le travail consiste à manier l’information. Néanmoins, il y a ceux qui sont le vecteur de cette information.

Dans le domaine de la presse écrite, les kiosquiers font partie des rouages qui permettent aux citoyens d’en savoir plus sur le monde. Connaissant actuellement une modernisations visant à maintenir et valoriser la vente de la presse papier, les kiosques de presse sont primordiaux dans la transmission de l’information.

Il arrive parfois, que ceux-ci soient pris pour cibles par la population étant à l’encontre de ce que propose la presse. Dernièrement, à Pontet (près d’Avignon), un kiosquier s’est vu menacé par des militants turcs pro-Erdogan suite à l’affichage de la Une du magazine Le Point. Celle-ci illustrait le portrait du président turc avec pour titre : “Le dictateur. Jusqu’où ira Erdogan ? Enquête sur le président turc, sa folie des grandeurs, ses réseaux en France, son offensive sur l’Algérie, ses crimes…”. Lors de l’action violente perpétrée par les pro-Erdogan, Sylvain Patti, le kiosquier, aurait tenté de plaider la liberté de la presse, comme il le raconte au Point.

Bien que ne faisant que leur travail de commerçants, les kiosquiers sont parfois exposés aux avis de la population environnante. A Paris, l’emplacement du kiosque dépend beaucoup des réactions. En effet, plusieurs arrondissements portent une identité culturelle et politique qui leur sont propres.

Farès, un kiosquier du 15e arrondissement raconte “qu’ici c’est le quartier de Macron […] les unes n’allant pas dans son sens ne vont pas plaire.

Halgurd, ancien résident de la Maison des Journalistes et désormais kiosquier dans le quartier Pereire du 17e arrondissement de Paris, évoque que son métier requiert toute une organisation au sujet des publications. “Parfois on doit changer la place d’un magazine ayant pour gros titre un sujet à polémique” raconte t-il. Pour le kiosquier, l’affaire à Pontet relève bien d’une atteinte à la liberté d’expression.

Un autre, travaillant dans le quartier de Barbès, raconte difficilement les insultes dont il est victime lorsqu’il dispose certains journaux en avant, notamment les unes de Charlie Hebdo, le journal satirique. Une situation particulière que les kiosquiers semblent endurer quotidiennement. Sur plusieurs d’entre eux rencontrés, peu ont voulu dévoiler l’envers du métier.

A Médiakiosk, la société spécialisée dans l’implantation et la gestion des kiosques en France, la réponse est catégorique. “En aucun cas on ne va retirer les affiches” raconte Aurélie Lefèvre, directrice de la communication de l’entreprise. “La France reste un pays démocratique où la liberté d’expression est fort heureusement toujours effective”.

Alors pourquoi la plupart des kiosquiers refusent de nous répondre ? Pourquoi selon les quartiers, doivent-ils disposer tel ou tel magazine en avant ? Nous avons questionné des kiosquiers dans des quartiers réputés chics, d’autres populaires, pour le même résultat. Un fait récurent dont on ne parle jamais et qui pourtant touche la liberté d’informer et la liberté d’expression partout en France. 

Article de Samy Laurent

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