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Billet de blog 22 mai 2018

Hors-jeu politique

Depuis tout petit, j’aime le football. Je suis supporteur du club de football de Fenerbahçe. C’est peut-être mon seul point commun avec le président turc Recep Tayyip Erdogan.

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Dans le football, il y a une règle très importante. Cette règle s’appelle le hors-jeu, règle compliquée et souvent sujette à interprétation. Le hors-jeu, c’est lorsqu’un joueur attaque et qu’il devance les défenseurs de l’équipe adverse alors que son équipe à le ballon. Le plus beau but du monde peut-être refusé pour hors-jeu.

Au cœur de cette règle, les notions de lieu et de temps. En langage sportif, le timing doit être précis. Un joueur qui veut marquer doit savoir où il se situe par rapport à ses coéquipiers et à ses adversaires. S’il se trompe, le but est refusé.

Le football comme outil de communication présidentielle

Le week-end du 12 et 13 mai, Erdogan s’est rendu au Royaume-Uni. Pendant cette visite, Erdogan s’est entretenu avec la reine Elisabeth et la première ministre Theresa May.

Il a également rencontré trois footballeurs : Mesut Özil (Arsenal), Gündoğan (Manchester City) et Cenk Tosun (Everton).

Les deux premiers, Özil et Gündoğan, sont deux joueurs de l’équipe d’Allemagne de football : la Mannschaft. Ils sont deux enfants d’immigrés turcs. Tandis que Tosun est un joueur de l’équipe nationale de la Turquie.

Les photos de cette rencontre ont été partagées par le compte twitter officiel du parti politique d’Erdogan, l’AKP. Or, le président Erdogan est en pleine campagne électorale. En Turquie,  il y aura les élections générales et la présidentielle le 24 juin 2018

Donc Özil et Gündoğan sont devenus un moyen de propagande d’Erdogan pour sa campagne.

La vive réaction allemande

L’Allemagne est l’un de pays qui a pris position contre le président dictateur Recep Tayyip Erdogan. Donc cette photo a fait polémique.

Reinhard Grindel, le patron du football allemand a déclaré ce lundi : « Le football et la DFB (Deutscher-Fussball-Bund) défendent des valeurs qui ne sont pas complètement prises en compte par Monsieur Erdogan ». De manière plus polémique, Grindel les a accusés de s’être fait « manipuler ».

Oliver Bierhoff, le manager de l’équipe nationale, a pour sa part pris la défense des joueurs : « C’est évidemment un incident malheureux. Les joueurs auraient dû comprendre la signification. Je leur ai parlé à tous les deux, ils n’étaient pas conscients de l’importance, c’était un événement public avec près de 400 participants (…) mais nous savons qu’une telle photo a un effet symbolique ».

De son côté, le sélectionneur de l’équipe d’Allemagne Joachim Löw a affirmé que les deux joueurs allemands « regrettent fortement » ce qui s’est passé. Löw ajoute : « Ces joueurs issus de l’immigration ont deux cœurs dans une seule poitrine. »

Voilà pourquoi, il me semble qu’Özil et Gündoğan ont eu un mauvais « timing », au mauvais endroit. Mauvais timing car ils favorisent la campagne électorale d’Erdogan, en plus à quelques semaines de la coupe du monde de football en Russie. Mauvais endroit car à Londres, donner le maillot des équipes d’Arsenal et Manchester City à un dictateur… Pour moi, c’est hors-jeu.

A l’inverse, but d’Emre Can !

A côté de cet hors-jeu, Emre Can a brillé. Joueur de Liverpool (qualifié pour la finale de la Champions League), il a refusé l’invitation. Pourtant lui aussi est un joueur de la Mannschaft issu de l’immigration turque, mais selon Die Welt, ce joueur à vocation défensive, a préféré décliner cette offre en toute discrétion.

Sportif d’origine turc, attention à vos prises de position politique !

Selon moi, Özil et Gündoğan ont été victimes de leur naïveté. Cependant, que risque-t-on à dire non à Erdogan ? La réponse se dévoile à travers le cas Hakan Şükür, buteur légendaire de l’équipe nationale turque et joueur mondialement connu.

Ancien député de l’AKP (le parti politique du président Erdogan), Şükür a toujours été guleniste. Mais lorsque le mouvement guleniste est devenu interdit, il a été contraint à l’exil aux Etats-Unis. Ce buteur légendaire de la Turquie est maintenant traité comme un traitre par son pays.

Autre cas, celui d’Enes Kanter, joueur de basketball à la NBA dans l’équipe des New York Knicks. Après quelques tweets qui critiquaient le régime Erdogan et suite à sa déclaration en soutien du Mouvement Gulen, il est recherché par la Turquie. Il ne peut donc pas rentrer dans son pays.  

Article écrit par Beraat Gokkus

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