Par Diane HAKIZIMANA et Marie-Angélique INGABIRE
De nos jours, il est difficile de prononcer le mot « religion » sans le faire suivre du mot « intégrisme ». Ce n’est la faute de personne car ceci est le fruit de ce qui se passe dans le monde si du moins l’on s’en tient à l’actualité.
La Basilique du Sacré Cœur (Source : Hakizimana et Ingabire)
Ce texte est tiré de L'œil de l'exilé : http://www.loeildelexile.org/la-basilique-du-sacre-coeur-quand-la-religion-devient-touristique/
Il est devenu quasi impossible d’écouter la radio ou de regarder la télévision sans entendre des mots comme « attentats à la bombe, attentats-suicides, attaques à main armée, prise d’otages, etc. ». Le Moyen-Orient reste un champion malheureux de cette actualité. Mais il ne faut surtout pas oublier que même le reste du monde est en perpétuel danger. C’est dans ce cadre que l’on se souvient des événements survenus en janvier dernier à Paris dans les locaux de l’hebdomadaire Charlie Hebdo.
L’après-midi de ce vendredi 12 juin 2015, il fait beau sur Paris, le ciel est dégagé et le soleil est au rendez-vous. Sur la jolie colline Montmartre, surplombant la ville mondiale et abritant la Basilique du Sacré Cœur, il fait encore plus beau car les chrétiens et/ ou les touristes s’extasient devant l’ambiance qu’offrent la solennité du sacré cœur d’une part et d’autre part la vue presque irréelle sur la ville.
Paris, tout comme Rome, aurait été bâtie sur 7 collines dont celle de Montmartre. Situé sur la rive droite de la Seine, Montmartre a pour point culminant le cimetière du Calvaire (131 m), qui est par ailleurs le plus long de la capitale française. La butte de Montmartre, de son nom Mons Martyrum, le « mont des martyrs », a une origine peu vraisemblable. Selon la légende, la butte fut un lieu important dans l’histoire de Saint Denis, premier évêque de Paris : il y aurait survécu un moment à son exécution. Victime des persécutions antichrétiennes, il fut décapité sur la colline de Montmartre avec deux autres coreligionnaires, Rustique et Éleuthère. La légende raconte que Denis décapité aurait marché à peu près 6 kilomètres vers le nord, sa tête sous le bras, de Montmartre par le chemin qui deviendra ensuite la Rue des Martyrs. À la fin de son trajet, il aurait donné sa tête à une femme pieuse originaire de la noblesse romaine et nommée Catulla, puis s’écroula.
Montmartre a toujours été un lieu de culte : les Druides gaulois, les Romains avec les temples dédiés à Mars et Mercure, l’Église Saint-Pierre, la plus ancienne de Paris, reconstruite près de l’Abbaye Royale de Montmartre au XIIe siècle par le roi Louis VI et sa femme Adélaïde de Savoie, etc. Cette butte symbolise ainsi les persécutions liées à la religion. Outre le premier évêque de Paris, c’est dans ce lieu de pèlerinage extrêmement fréquenté où on y vénérait les ossements d’un grand nombre de chrétiens anonymes martyrisés et qui ont contribué à faire appeler la colline : « mont des Martyrs » (Montmartre).
Du lieu de désolation au lieu de jubilation
Les touristes dans la basilique du Sacré Cœur. (Source : Hakizimana et Ingabire)
Outre la rue des martyrs permettant d’accéder à la colline de Montmartre, il existe d’autres rues bien animées dont la rue de Steinkerque et le boulevard de Rochechouart. Vous allez vous demander pourquoi le choix de ces deux accès alors qu’il y en a bien d’autres. Vous ne tarderez pas de le savoir. Déjà à la sortie du métro de la ligne 2, l’on est frappé par la vie qui se développe dans ces deux rues. Tout au début, l’on remarque un petit kiosque rond où est inscrit « Paris tourisme ». L’aspect touristique est tellement visible qu’il est presque naturel d’y retrouver l’usage de plusieurs langues à l’instar de l’espagnol, de l’anglais et de l’allemand, etc. Les touristes venus de différents coins du globe s’y promènent donc à leur guise, appareils photo à la main, prêts pour une photo à la dérobée.
Il est presque 19 heures, 3 groupes de jeunes adolescents étrangers, apparemment venus pour une excursion scolaire, remontent doucement la rue de Steinkerque. Sous l’œil vigilant de leurs moniteurs, ils s’attardent près d’un restaurant- brasserie. Parlant dans leurs langues (Anglais, Espagnol et Allemand), ces groupes de jeunes se retrouvent là en même temps comme par hasard. Leurs accompagnateurs leur donnent les dernières instructions avant de reprendre leur chemin et monter dans un funiculaire, un petit engin à la forme cubique, un moyen de transport qui les amène à la basilique du Sacré Cœur de Montmartre. Le voyage de ces jeunes ne prendra pas fin avant qu’ils aillent découvrir l’intérieur de la basilique.
Il faut impérativement souligner que tout au bout de la rue de Steinkerque, il n’ya pas qu’un restaurant-brasserie, il y a aussi un bâtiment assez vieux où l’on peut lire « Lycée Montmartre ». Ce dernier est en plein chantier, la partie déjà refaite abrite un petit magasin pour habits nommé « Sympa », et tout au long de cette rue, l’on peut également retrouver d’autres magasins de vêtements qui n’hésitent pas à rappeler à chaque instant que l’on est à Paris ; tee-shirts, petits sacs, chapeaux, portes-clé, etc. avec mention « j’aime Paris », y sont pendus de manière visible, comme pour dire aux touristes de ne pas oublier d’emporter un souvenir de leur passage à Paris.
La Basilique du Sacré Cœur
Déclarée d’utilité publique par une loi votée le 24 juillet 1873 par l’Assemblée Nationale de 1871, la basilique de Montmartre n’a ni le plan basilical, ni la structure basilicale. Elle est en forme de croix grecque, ornée de quatre coupoles ; son dôme central, est surmonté d’un lanterneau formé d’une colonnade. Son style éclectique a été inspiré par l’architecture romane. Contrairement à la plupart des églises qui ont une orientation Est-Ouest, la basilique de Montmartre est Nord-Sud, tournée vers le centre de Paris, plus particulièrement vers Notre-Dame qui est située dans l’alignement de l’édifice. À l’intérieur, l’on est tout de suite frappé par la décoration du plafond de l’abside qui représente le Sacré Cœur de Jésus glorifié par l’Eglise catholique. À sa base on peut lire une phrase en latin signifiant : « Au Cœur très saint de Jésus, la France fervente, pénitente et reconnaissante. »
La construction de cet édifice a été faite en pierre blanche. Comme dans toute église, il y a un nombre important de bancs situés au centre, mais ils sont entourés par d’énormes colonnes. Ces dernières semblent subdiviser l’église en deux parties totalement détachées l’une à l’autre, une partie pour les croyants concentrés, et qui viennent pour leur prière, une autre pour les touristes un peu agités, qui y circulent et qui n’hésitent pas à prendre les photos. Des agents de sécurité sont prêts à les rappeler à l’ordre. Sur les murs ornés de pierres en marbre des informations sont données à propos des différentes étapes qui ont marqué la vie de la basilique depuis le 19e siècle.
En entrant dans la basilique, l’on ne s’aperçoit pas tout de suite que ce bâtiment est doté d’un sous- sol. En ce jour de la célébration du Sacré Cœur, l’on retrouve un groupe de fidèles cherchant à se frayer un chemin, attendant d’y entrer un à un tout en récitant des prières. Ce sous-sol en forme de la basilique est décoré de statues de personnalités connues de l’Eglise catholique et de la vie politique française. On peut y admirer par exemple Saint Denis, tenant sa tête dans les bras.
L’animation ne s’arrête presque jamais dans cet lieu de culte car les fidèles y assurent jour et nuit le relais ininterrompu de l’adoration perpétuelle. Ce qui n’empêche pas non plus aux curieux de s’y promener et de découvrir le site. La basilique du Sacré Cœur a su marier à merveille les deux aspects qui la caractérisent aujourd’hui : le religieux et le touristique. Les démons de la persécution religieuse sont réellement enterrés, ils ont plutôt laissé la place à l’émerveillement suscité par les richesses de l’Histoire des Hommes. Ici l’intégrisme est proscrit.