Sud-Tyrol : des militants jugés pour avoir dénoncés l'usage intensif de pesticides

L'Institut environnemental de Munich et l'auteur Alexander Schiebel sont poursuivis en diffamation pour avoir critiqué l'usage massif de pesticides dans le Sud-Tyrol. En cas de défaite, ils s'exposent à des sanctions financières ou à une peine de prison, ainsi qu’à des demandes de dommages et intérêts s'élevant à des millions d'euros qui occasionneraient une banqueroute totale pour l'association.

Karl Bär et Alexander Schiebel Karl Bär et Alexander Schiebel
La production intensive de fruits dans le Sud-Tyrol a un coût, avec une utilisation de pesticides plus élevée que presque partout ailleurs en Italie. Les toxines sont propagées par le vent et peuvent être retrouvées des kilomètres plus loin - dans des champs cultivés biologiquement, sur des terrains de jeux, des pistes cyclables et même dans des vallées de montagne éloignées. Dans le Sud-Tyrol, ce problème fait l'objet de discussions depuis des années.

Toutefois, plutôt que de s'engager dans un débat ouvert sur l'avenir de l'agriculture, Arnold Schuler, ministre de l'agriculture de la province, et de nombreux agriculteurs du Sud-Tyrol tentent de faire taire les critiques au sujet de l'utilisation des pesticides en poursuivant leurs auteurs en justice, les obligeant ainsi à orienter leur ressources vers des procès non justifiés pendant des années. Même en cas d'acquittement, ils se retrouvent souvent avec des frais de justice considérables, et dans le pire des cas - celui d'une condamnation - ils risquent la banqueroute en raison de l'énorme charge que représentent les dommages-intérêts compensatoires.

Environ une pomme sur dix récoltée en Europe provient du Sud-Tyrol. Les dernières données de l'office statistique italien confirment que dans la province autonome de Bozen/Bolzano, les ventes de pesticides par surface traitable étaient plus de six fois supérieures à la moyenne de l'Italie en 2018. Environ une pomme sur dix récoltée en Europe provient du Sud-Tyrol. Les dernières données de l'office statistique italien confirment que dans la province autonome de Bozen/Bolzano, les ventes de pesticides par surface traitable étaient plus de six fois supérieures à la moyenne de l'Italie en 2018.

La liberté d'exprimer des critiques ouvertement et sans crainte - même de manière acerbe - est une composante de toute démocratie qui fonctionne. Nous observons donc cette évolution dans le Sud-Tyrol avec une vive inquiétude et sommes déterminés à ne pas tolérer de telles tentatives d'intimidation.

Nous déclarons ici notre solidarité avec l'Institut de l'environnement de Munich, l'auteur et le cinéaste Alexander Schiebel (Das Wunder von Mals), son éditeur Jacob Radloff (oekom Publishing) et toutes les autres personnes qui sont ou ont été jugés dans le Sud-Tyrol pour leur activisme contre l'utilisation des pesticides.

Tout comme eux, nous ne serons pas réduits au silence et nous sommes plus que jamais déterminés à faire changer ce qui doit changer dans l'agriculture au Sud-Tyrol et ailleurs. Nous invitons les plaignants à retirer immédiatement leurs poursuites et à laisser le débat sur l'utilisation des pesticides suivre son cours là où il se doit : ouvertement au sein de la société et de ses parlements, et non devant un tribunal.

 

 

 

 

 

 

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