Et si elles choisissaient la démission plutôt que la vaccination ?

Le Président de la République a pris en otage la vaccination pour mettre en place un dispositif politique pour assurer sa réélection (...) L’ennui, c’est que l’on peut faire la nique à tous ses adversaires sur l’échiquier politique, ce n’est pas pour autant gage de victoire dans la société.

Comment croire que l’on puisse forcer à la rationalité en bafouant la dignité, quand on est sur du passionnel qui met en jeu votre santé ? Que se souhaite-t-on en premier lieu au nouvel an, longue vie ou beaucoup d’argent ? Que se passerait-il si les personnels qui œuvrent dans l’aide à la personne, que ce soit à domicile ou en Ehpad, décidaient de démissionner plutôt que de se faire vacciner ?

Au pays de Pasteur, on a un drôle de rapport avec les vaccins. Nous sommes conscients de la protection collective qu’ils apportent. Nous savons ce que nous leur devons, puisqu’ils ont permis d’éradiquer des maladies qui ont ravagées les générations précédentes, mais nous savons aussi le risque individuel qu’ils nous font courir, puisque nous sommes tous uniques, et que certains y réagissent mal. Cela n’a rien d’irrationnel. De fait, des jeunes gens en bonne santé sont morts non pas du Covid, mais de s’être fait vacciner. Parmi les victimes en France, on compte même un étudiant en 5ème année de médecine qui n’a pas su identifier les symptômes, et y est resté. 

Face à une angoisse de mort, que vaut un chantage à la gamelle ? Quel sentiment de dignité peut-on avoir quand d’autres décident à votre place de ce que l’on va introduire dans votre intimité profonde qu’est votre corps, alors que vous n’êtes pas malade ? Cela ne s’appelle-t-il pas un viol ? Qui apprécierait de se faire violer ? Qui ne se révolterait pas ? Qui s’y résignerait sans avoir le sentiment profond d’être bafoué, méprisé, foulé aux pieds ?

Considérer que toutes les françaises et français qui sont réticents à se faire vacciner sont des adeptes de la théorie du complot, de dangereux irresponsables ou de criminels abrutis est une hérésie sans nom. Bien sûr que c’est le cas de certaines et certains, mais pas de la grande masse, les hésitants qui se posent la question des conséquences des effets secondaires qui pourraient être néfastes pour leur santé.

Le Président de la République a pris en otage la vaccination pour mettre en place un dispositif politique pour assurer sa réélection. En fonction de l’objectif que l’on poursuit, l’approche n’est pas la même, et les mesures non plus. Efficacité vaccinale et calcul électoral ne se confondent pas. Ils peuvent même s’opposer. Entre autre exemple, le Président a fait un laïus pour dire la nécessaire solidarité vaccinale avec les pays pauvres d’Europe de l’Est, d’Asie et d’Afrique. À raison, il a expliqué que s’il y avait des trous dans la raquette à l’échelle la planète dans l’accès aux vaccins, on n’en finirait jamais de cette pandémie. De trou dans la raquette, il en a un gros sous son nez, pour lequel il n’a pas eu un mot, les immigrés clandestins qui sont sur notre sol. S’en occuper est compliqué quand on drague les électeurs de Droite jusqu’à la frontière avec le Rassemblement National. Ce serait un mauvais signal. Que les ONG s’en débrouillent, et tant pis si le virus se répand.

Comment la 5ème République peut-elle correctement fonctionner quand une candidate rassemble un quart des français au premier tour de la Présidentielle, et voit ensuite, par la grâce du mode de scrutin majoritaire, ses candidats laminés aux législatives ? C’est ce qui s’est produit en 2017 pour Marine Le Pen, qui n’a pas assez de députés Rassemblement National pour constituer un groupe parlementaire, ce qui revient quasiment à se retrouver privé de parole. Quelle légitimité les électeurs RN peuvent-ils accorder aux décisions d’une Assemblée Nationale où leur vote à l’élection majeure qu’est la présidentielle n’est pas représenté ? Nous ne sommes pas en dictature. Sommes-nous pour autant en démocratie?

À cette crise de représentativité de la Représentation nationale, s’ajoute une crise de confiance dans un exécutif dont la gestion de la crise du Covid a commencer par un gros bobard, limite un canular. Quand l’Allemagne s’est aperçue qu’elle n’avait pas assez de masques de protection pour sa population, sa Chancelière a dit clairement qu’il en faudrait, mais qu’il n’y en avait pas. Les entreprises, les associations, les particuliers allemands se sont mobilisés pour en produire. En France, on était prêt et équipé. Ensuite, pas tant que cela, mais ce n’était pas grave, puisque les masques ne servaient à rien. Pour finir, le masque a été décrété arme stratégique suprême pour enrayer la pandémie, à porter partout, tout le temps… Et on n’en avait toujours pas.

Rebelote avec les tests, dont les livraisons étaient annoncés tous les jours, sans que personne ne les voit arriver. Jamais deux sans trois, l’État pourtant averti de ses carences précédentes, a récidivé avec les vaccins, poussant les collectivités à ouvrir des centres de vaccination à tour de bras, sans être foutu de fournir les doses. L’Exécutif semble croire que les français seraient à son image, dotés d’une mémoire de poisson, que toutes ses « cagades" n’auraient laissé aucune trace, seraient oubliées.

À en croire le sondage d’opinion d’Ipsos publié par le Parisien, la manœuvre politique d’Emmanuel Macron pour prendre la main à quelques mois de la présidentielle a remarquablement fonctionné. Cliver sur la vaccination pour polariser autour de soi son vivier naturel, tout en fractionnant ceux qui vous sont les plus frontalement opposés. Voilà comment on pourrait la résumer. L’enquête montre que le clivage est installé. Il n’y a pas de place pour le « Sans avis », c’est bloc contre bloc, deux tiers pour forcer à la vaccination, un tiers contre. L’électorat qui va de la Gauche gangrenée par le néolibéralisme à la Droite libérale, est soudé autour de son meilleur représentant, le Président sortant. Le RN et les Insoumis censés caresser dans le sens du poil des électeurs réfractaires à la vaccination, sont en réalité fracturés entre pro-vaccination obligatoire et viscéralement anti. Pour Emmanuel Macron, c’est un sans-faute.

L’ennui, c’est que l’on peut faire la nique à tous ses adversaires sur l’échiquier politique, ce n’est pas pour autant gage de victoire dans la société. Celle-ci vit sa vie. Avec une Assemblée Nationale verrouillée par un Exécutif qui s'est illustré par ses tête-à-queues, ses décisions absurdes et ses carences dans la lutte contre la Covid19, comment pourrait-il en être autrement ? Le décrochage entre sphère politique et sociétal mis sous tension par le Président de la République sur une question passionnelle peut vite tourner au cocktail explosif. À la violence symbolique peut répondre la violence physique. Ou produire des réponses inattendues. En bon néolibéral, Emmanuel Macron croit qu’Homo Economicus et Homo Sapiens se confondent. Grave erreur.

Elles ont la baïonnette dans les reins, le couteau sous la gorge, le flingue sur la tempe, mais vont-elles céder pour autant ? Elles, se sont les aides à domicile qui parcourent des milliers de kilomètres, à leur frais et avec leur voitures personnelles, pour s’occuper des personnes âgées, ou souffrantes, ou handicapées, ou les trois à la fois. Elles leur préparent à manger, les aident à faire leur toilette, à s’habiller, font leur ménage. 

Frais déduits, beaucoup d’entre elles tournent autour de 800 à 1000 euros par mois, complétés par diverses allocations en fonction du nombre d'enfants. C’est pour ces derniers qu’elles font ce boulot ingrat et mal payé. Le RSA est à 500 euros par mois. La différence n’est pas énorme, mais avec les gosses, elle suffit à vous enchaîner à ce métier. Si l’obligation vaccinale était la goutte de trop ? Si tout ce que compte la profession de paranoïaques, de flippées de la santé, « d’anti-vax » convaincues, d’allergiques aux médicaments et de personnes à risque à raison inquiètes, décidaient de démissionner ? Dans une profession déjà en recherche permanente de personnel tant le turnover y est élevé, il en faudrait peu pour que l’effet soit délétère pour un secteur sanitaire et social fort fragilisé. 

Qui s’occupera alors des vieux, des malades et des handicapés ? On réquisitionnera l’armée ? On sucrera les allocations aux mères célibataires ? Ce sera la vaccination ou les gosses à la rue ? Et que dire des infirmières et des aides-soignantes, et de leurs collègues masculins. Beaucoup sont jeunes et célibataires. Ils ont une compétence qu’ils peuvent exercer au quatre coins du monde. S’ils n’ont pas envie de se faire violer fusse avec une aiguille à seringue, et choisissent d’aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte, que se passera-t-il pour l’hôpital publique qui rame déjà pour pourvoir les postes inscrits à son budget ? Le Gouvernement et le Président se retrouveraient dans de beaux draps. Et le pays avec.

Pour le candidat Macron, le chiffon rouge de ce qui est de fait une vaccination obligatoire pour nombre de salariés est l’arbre pour cacher la forêt. En l’occurrence, son programme électoral de facture néolibérale classique. L’urgence climatique et l’extinction massive du vivant sonnent pourtant le glas de l’idéologie néolibérale qui s’est imposée au monde en utilisant la mondialisation comme Cheval de Troie. Nous sentons tous confusément que nous sommes de plus en plus nombreux à aspirer à autre chose que la compétition de tous contre tous pour gagner plus pour consommer plus. Dans toutes les promotions de toutes les Grandes Écoles, quelque soit leur domaine, les jeunes diplômés se détournent de la voie tracée vers la grande entreprise, au profit d’un autre mode de vie, dédié au partage, à l’entraide, à la préservation du vivant, à son équilibre personnel, à l’harmonie avec les autres, au bonheur en famille, à être heureux. 

Emmanuel Macron est une impasse intellectuelle. Il fait penser à ces généraux français qui ont toujours une guerre de retard. Ceux de 14, qui ne croyaient ni aux mitrailleuses, ni aux tenues camouflées, ni aux casques en métal, avec le résultat que l’on sait. Ou ceux de 39, qui ne voyaient pas l’utilité de brigades d’infanterie motorisées et blindées combinées à l’aviation pour mener une guerre de mouvement, puisque celle-ci devait être statique. Un certain Charles de Gaulle prêchait alors dans le désert. À un moment historique pour l’Humanité, où une pandémie qui a mis le monde sous cloche se conjugue avec une urgence climatique dont nous voyons chaque jour les conséquences aussi coûteuses que dramatiques, Emmanuel Macron est capable de comprendre, d’analyser, et même de raconter, mais incapable de mettre son logiciel à jour.

La rupture d’une partie croissante d’entre nous avec le mode de vie des générations antérieures est d’autant plus profonde qu’elle touche à notre santé. Toutes classes sociales confondues, à la ville comme à la campagne, nous sommes une majorité de citoyennes et citoyens à vouloir reprendre notre souveraineté individuelle sur ce que nous mangeons, à se préoccuper de l’air que nous respirons, à s’inquiéter de ce que notre corps absorbe au contact des vêtements et produits ménagers que nous propose l’industrie. Cette tendance lourde s’impose dans tous les pays dits « Capitalistes avancés ». Le néolibéralisme est fini, un nouveau paradigme est en train d’émerger. Pour accélérer le mouvement en France, il lui manque juste une incarnation politique, celle d’une écologie de gouvernement prête à exercer le pouvoir pour rompre avec le système. Le fond de l’air est lourd, il y a de la colère. Il est temps que germe de l’espoir.

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