Ce sont les déclarations sur le voile du ministre de l’Education nationale et l’agression provocatrice, par un élu du Rassemblement national, d’une mère d’élève portant un voile dans le public du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté qui enflamment artificiellement une controverse passionnelle ouverte il y a trente ans, sur la place de l’islam en France. Attisés de manière irresponsable jusqu’au plus haut de l’Etat, les déclarations et actes hostiles se multiplient.
C’est la manifestation pacifique du 10 novembre contre le racisme et les discriminations subies par les musulmans qui a rassemblé largement contre ce réel fléau, autour des valeurs de la République, mais qui s’est vue systématiquement dénigrée, au nom d’un mot, et instrumentalisée avant même sa tenue par un déferlement médiatique marqué de mépris et d’insultes envers ses participants.
Ce sont les violences dans des quartiers populaires et autour des mobilisations sociales dont celles des « gilets jaunes » qui, depuis un an, dénoncent les injustices sociales qu’ils vivent. Les débordements inacceptables de quelques-uns favorisent le recours des pouvoirs publics à une répression aveugle et à un harcèlement des forces de l’ordre sans précédent : contrôles et arrestations arbitraires, agressions multiples contre les manifestants mais aussi contre les journalistes, les « street medics » et les observateurs citoyens sur les pratiques policières.
Ces réactions autoritaires sont une impasse. Elles handicapent le débat public, font le lit d’une extrême droite aux aguets, que les sondages portent toujours plus haut. Les attentes sociales méritent un autre traitement, d’autres réponses que celles qui, fatalement, alimentent le désespoir. Comment peut-on oser le nier après la tentative tragique d’Anas, ce jeune étudiant qui s’immole en pleine rue, face aux acteurs des services publics à bout de souffle, policiers, enseignants, personnels de santé ou encore ces agriculteurs ruinés qui, eux aussi, se tournent vers le suicide ?
Une autre voie est possible. Celle qui renoue avec une société de solidarité, en capacité de construire des consensus et d’élaborer des compromis sociaux, qui sache débattre sereinement des urgences du jour et redonner corps à une démocratie vivante, à une pleine citoyenneté de toutes et tous.
Le gouvernement doit avoir constamment des mots et des actes d’apaisement, éviter les amalgames et les mises en opposition des uns contre les autres. La qualité du dialogue civil et social est de sa pleine responsabilité. Syndicats et associations y sont prêts et disponibles ; il revient à l’exécutif de savoir écouter, entendre et, surtout, tenir compte des demandes, des urgences et des idées formulées.
Nombreux sont les médias qui ont à faire leur examen de conscience. Plutôt qu’en faire un fonds de commerce malsain, il revient aux directions, aux rédactions, aux journalistes de refuser la haine qui s’exprime à visage découvert. Les passions et les antagonismes devraient être soumis à l’analyse journalistique avec sérieux et le respect d’un contradictoire exempt d’intervenants provocateurs.
Ce qui se dit sur les réseaux sociaux est désormais pleinement dans l’espace public et participe à l’opinion collective. Les discours de haine ne peuvent y avoir leur place sans réaction forte de tous et de toutes, et par la loi, autant que de besoin. Ils ne peuvent être couverts d’impunité. Nous avons toutes et tous à agir pour veiller à ce que ces espaces d’expression soient des lieux de liberté, de respect et de débats.
Pour sa part, la LDH continuera son engagement inlassable pour une citoyenneté pleine et l’égalité des droits. Pour sortir de ce climat et de ces divisions mortifères, elle a pris l’initiative de deux appels aux forces politiques, syndicales et associatives, l’un sur la laïcité, l’autre contre tous les racismes, qui sera ouvert au soutien de toutes celles et tous ceux qui s’y retrouvent. Au-delà de divergences normales en démocratie, il est urgent de se réunir sur l’essentiel, sur ce qui nous rassemble, seul gage d’une paix civile dangereusement fragile.
Malik Salemkour, président de la LDH