Acte II: chômeurs et étrangers dans le viseur du gouvernement

Les protections et les droits acquis sont détricotés au profit, aussi, d’un objectif, assumé par la ministre du Travail, de recherche d’économies budgétaires. (...) la majorité présidentielle réaffirme son inclinaison ultralibérale, dont les effets sur la cohésion sociale sont déstructurants et éloignent les plus fragiles de la solidarité nationale.

Après les fortes secousses sociales de l’hiver et du printemps avec le mouvement des « gilets jaunes » et des élections européennes qui ont placé à nouveau en tête le Rassemblement national avec cinq cent mille voix de plus qu’en 2014, devant la liste de la majorité présidentielle, échouant dans son objectif de l’endiguer, le gouvernement se devait d’en tirer les leçons. Il l’a fait en lançant l’acte II du quinquennat, formalisé dans le discours de politique générale du Premier ministre, avec des orientations très ciblées.

En dépit des critiques exprimées, il n’y a pas de remise en cause des politiques à l’œuvre depuis 2017, sauf la promesse de revoir les méthodes de décision pour plus de concertation. Mais le naturel a vite repris le dessus. C’est le cas avec l’annonce de la révision complète des règles d’indemnisation des demandeurs d’emploi, qui prend de court tous les acteurs sociaux. A côté d’un Medef ravi d’obtenir plus qu’il n’en rêvait, les syndicats de salariés sont, contre elle, unanimes, tant les reculs des droits sont violents pour toutes et tous ; même la CFDT, habituellement complaisante, la dénonce vertement. Le mécanisme attendu de sanction de l’abus des contrats courts est minimal, la dégressivité rapide des indemnités pour les cadres et l’allongement des délais pour ouvrir les droits au chômage ouvrent de nouvelles trappes à pauvreté. Au lieu de lutter contre la précarité et de répondre aux besoins de pouvoir d’achat, la logique est un durcissement de l’accès aux allocations et une nouvelle culpabilisation des personnes au chômage, jugées responsables de leur sort. Les protections et les droits acquis sont détricotés au profit, aussi, d’un objectif, assumé par la ministre du Travail, de recherche d’économies budgétaires. Il revient aux organisations syndicales de décider des modalités de réaction, en espérant que l’unité prévaudra dans une défense nécessaire de droits économiques et sociaux protecteurs. Dans tous les cas, la majorité présidentielle réaffirme son inclinaison ultralibérale, dont les effets sur la cohésion sociale sont déstructurants et éloignent les plus fragiles de la solidarité nationale. On ne peut que douter qu’une telle société à deux vitesses offre un avenir sécure et de progrès pour toutes et tous. Des alternatives politiques sont d’urgence à construire, à défaut d’ouvrir les portes du pouvoir à des forces extrémistes et sécuritaires déjà bien présentes.

Autre annonce à signaler, la réflexion ouverte par le ministre de l’Intérieur sur sa stratégie de maintien de l’ordre. Il faut s’en féliciter, même s’il a fallu plus de sept mois et des milliers de blessés, tant du côté des manifestants que des policiers et gendarmes, pour qu’enfin le gouvernement constate l’échec de sa politique. Certes, Christophe Castaner s’obstine à nier toute violence policière, en dépit des faits et procédures engagées, mais la justice, si célèbre à sanctionner fermement des manifestants, est saisie et éclairera une réalité répressive qui a laissé des séquelles irréversibles sur le corps de personnes venues manifester. La LDH a pris l’initiative de mettre en place des observatoires locaux sur les libertés et les pratiques policières, avec des partenaires associatifs et syndicaux. Cet engagement est dans son rôle de contrepouvoir citoyen. A chacune et chacun de s’y investir. C’est par une citoyenneté active que se promeuvent et se défendent les droits et libertés, tant mis à mal en la période.

Enfin, le gouvernement a décidé d’imposer un débat sur l’immigration avec l’idée, portée par la droite, d’instaurer des quotas, sans plus de précision à ce stade. Alors qu’Emmanuel Macron avait vainement tenté d’ouvrir ce sujet dans le « grand débat », avec une association perverse avec la laïcité, la LDH s’inquiète de ce chiffon rouge agité qui se place sur le terrain xénophobe de l’extrême droite. Il flatte la fausse idée d’une invasion qu’il faudrait juguler. La LDH s’opposera à toute remise en cause des droits des étrangers garantis par les textes internationaux, du regroupement familial, comme du droit au séjour des conjoints de ressortissants français. Limiter l’accueil des étudiants étrangers serait aussi préjudiciable au rayonnement de la France comme à l’esprit d’une université ouverte sur le monde. En matière de séjour pour motif économique, tout critère de profession ouvrirait un grand risque de favoriser la clandestinité, les réseaux et le travail au noir. L’essentiel des titres de séjour obtenus, très restreints en nombre chaque année, le sont alors que le demandeur a déjà trouvé un emploi. Au lieu de traiter les questions d’accueil, les difficultés sociales, urbaines et d’égalité effective des droits, la logique de quotas est un leurre. Ce débat risque aussi de jeter l’opprobre sur les résidents réguliers présents sur notre territoire. Penser une communauté de destin mérite un autre débat.

Bel été à toutes et à tous. La rentrée risque aussi d’être chaude, avec l’égalité des droits et la justice à défendre !

Malik Salemkour, président de la LDH

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