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Billet de blog 25 sept. 2020

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Lettre ouverte au président de la République

La République n’est ni votre propriété, ni un terrain de jeu ! Ses principes et les valeurs qu’elle porte ne sauraient dépendre des intérêts électoraux de quiconque. Le fameux « séparatisme » que vous ne définissez jamais, en l’agitant sans cesse, c’est le nouveau bouc émissaire contemporain, pour l’essentiel l’islam et les musulmans.

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Monsieur le Président,

La République n’est ni votre propriété, ni un terrain de jeu ! Ses principes et les valeurs qu’elle porte ne sauraient dépendre des intérêts électoraux de quiconque.

Depuis maintenant plusieurs mois, votre gouvernement prépare l’opinion publique à une initiative législative contre le « séparatisme », auquel vous avez consacré l’essentiel de votre discours du 4 septembre dernier au Panthéon. Etrange cérémonie puisque vous aviez choisi de fêter le 150e anniversaire de la République, effaçant ainsi de l’histoire la Première République, celle des révolutionnaires et des patriotes de 1792, ainsi que la Deuxième. Comme si vous aviez voulu éloigner la République de ses fondations et ses racines. Curieuse révision de l’histoire pour celui qui prône, dans le même discours, d’aimer toujours en bloc notre histoire et notre culture et s’emploie, en même temps, à n’en retenir que certains moments.

Pire, vous nous sommez d’adhérer à une mystérieuse unicité de la France et de son peuple, sous peine sans doute d’être assimilés à celles et ceux qui, selon vous, s’en séparent.

Souffrez, Monsieur le Président, que nous ne cédions pas à votre injonction.

Si l’histoire de la France et de son peuple est faite d’ombres et de lumières, omettre les premières, c’est nier leurs conséquences et donc en ignorer les victimes.

C’est pourquoi votre propos aurait été plus juste et moins imprégné de considérations électorales si, avant de s’en prendre à celles et ceux qui s’écarteraient de la République, vous vous en étiez pris à ce qui, dans notre République, sépare, discrimine et stigmatise.

L'idée principale, expliquez-vous, c'est que « personne ne doit bricoler ses propres lois et vivre à part ». Nous souscrivons à cet ambitieux programme, qu’il aurait mieux valu résumer d’un « Liberté, égalité, fraternité » plutôt que d’aller à l’encontre de la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l’Etat qui garantit la liberté de conscience pour toutes et tous et la liberté de l’exprimer. Programme auquel il aurait mieux valu donner de la chair en vous attaquant aux injustices sociales et fiscales, à l’accès à l’emploi ou à l’éducation, ou en vous attaquant à ces ghettos qui défigurent nos villes et nos banlieues.
Et à combattre le racisme.

Au lieu de cela, votre gouvernement n’hésite pas, à votre suite, à envisager de limiter la liberté des associations et à stigmatiser un peu plus, bien qu’il s’en défende, les personnes de confession musulmane.

Vous nous aviez habitués, pourtant, à plus de clairvoyance lorsque vous vous interrogiez sur les conséquences des discriminations ou de la colonisation.

Et si la République a souvent eu des adversaires, parfois des ennemis, elle n’est pas impuissante, comme vous voudriez le faire croire, face à celles et ceux qui en méprisent les lois et les principes. Elle dispose d’une justice et d’un arsenal législatif en mesure de juger et de punir les groupes haineux ou factieux ainsi que les individus qui les inspirent, quelles qu’en soient les motivations.

Votre choix n’a donc rien à voir avec la République en son principe. Il participe d’un calcul politique. Le mauvais calcul d’une mauvaise politique. Celle qui construit la défiance, et divise la nation au lieu de rassembler. Vous prétendez vouloir défendre l’idéal républicain et laïque ? Vous n’allez que le dénaturer. Car le fameux « séparatisme » que vous ne définissez jamais, en l’agitant sans cesse, c’est le nouveau bouc émissaire contemporain, pour l’essentiel l’islam et les musulmans.

Parce que votre démarche est dangereuse et tourne le dos aux libertés fondamentales, parce que la République n’est ni votre propriété ni un terrain de jeu, nous vous demandons solennellement de renoncer à ce projet.

Malik Salemkour, président de la Ligue des droits de l'Homme (LDH)

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