Les images de l’incendie dramatique de Notre-Dame de Paris ont légitimement ému toute la nation, et largement au-delà des frontières, assistant impuissante au risque de perdre ce joyau de l’art gothique inscrit au patrimoine mondial, symbole du génie architectural humain. Sauvée par les efforts remarquables des pompiers de Paris auxquels il faut rendre hommage, le temps est maintenant à sa reconstruction sous la responsabilité de l’Etat qui en est le propriétaire depuis la loi du 9 décembre 1905.
L’élan de solidarité soulevé est à la hauteur du caractère exceptionnel de cette cathédrale multiséculaire. Un milliard d’euros de dons est obtenu en quelques jours pour sa rénovation, créant un malaise certain devant la concurrence indécente des milliardaires et des grands groupes français à coups de centaines de millions d’euros. Cet argent disponible venant de fortunes et d’entreprises qui fuient l’impôt, ou l’optimisent selon leurs termes, se révèle au grand jour alors que les besoins sociaux sont criants et que depuis plus de cinq mois, des femmes et des hommes se réunissent chaque samedi pour exprimer leur colère devant les injustices fiscales et des efforts mal répartis entre les contribuables. Ce mouvement social est d’une durée inédite, ce qui témoigne de la profondeur de la rancœur dont les pouvoirs publics ne semblent pas vouloir prendre la mesure. L’approche répressive suivie par le gouvernement est dangereuse. Outre les violences insupportables de part et d’autre qu’elle engendre, elle conduit à des atteintes graves aux libertés fondamentales, comme celle de manifester. Les rassemblements du 13 avril, partout en France, pour défendre ce droit, avec des syndicats, des associations et le soutien de partis politiques, réunis à l’initiative de la LDH, ont été un succès. Cette dynamique est à fortifier au niveau local autour d’observatoires des libertés, coordonnés nationalement en vue de dénoncer les dérives autoritaires d’un présidentialisme hypertrophié et d’aider à penser une démocratie à refonder à tout niveau.
Emmanuel Macron a bien senti l’émotion nationale créée par cet incendie extraordinaire et a rebondi par un discours au sens subliminal d’union autour de la force collective des Françaises et des Français à se relever ensemble des épreuves et à bâtir un destin à la mesure de l’histoire de France. De par cet événement qui a bousculé son calendrier, cette intention louable est restée silencieuse, et encore à l’heure où ces lignes sont écrites, sur les perspectives qu’il propose à l’issue du « grand débat » qu’il a ouvert en réponse au mal-être profond exprimé par les « gilets jaunes » et leur soutien populaire.
Une synthèse a été rendue publique qui reprend sans surprise des attentes en termes de pouvoir d’achat et de révision des fonctionnements démocratiques, avec aussi des aspirations contradictoires sur de nombreux sujets. Il faut signaler que si la participation a été importante, certaines catégories de la population sont absentes, biaisant des remontées qui sont néanmoins à prendre en compte. Leur analyse mérite d’être approfondie. Le Parlement et le Conseil économique, social et environnemental pourraient s’en saisir pour alimenter le débat public. Les aspirations de celles et ceux qui ne se sont pas exprimés sont à traduire, sauf à se tromper dans les réponses à apporter. Là, les associations, les syndicats peuvent jouer un rôle utile de médiation, dans un dialogue social et civil à revaloriser. Ce que ce « grand débat » a montré, comme les mouvements sociaux actuels, c’est l’intérêt du peuple à la « chose publique » et sa volonté d’agir pour corriger un système qui dysfonctionne, qui met en péril la planète et accroît la précarité, les injustices et inégalités sociales.
L’actualité en témoigne, la France est à fleur de peau. L’heure n’est plus aux écrans de fumée. Les braises sociales sont ardentes, que nulle solution sécuritaire ne pourra durablement et pacifiquement éteindre. Les annonces du président de la République ne sauraient dès lors être des conclusions partielles à mettre en œuvre du fait du Prince. Elles devront proposer un cadre et des dispositions à la mesure des enjeux sociaux et institutionnels posés. C’est le rôle du politique de faire de tels arbitrages. Il revient à l’exécutif de soumettre ses options aux choix des citoyennes et citoyens. A lui d’en choisir les modalités. Les réponses attendues ne seront apaisantes que si elles jettent les bases d’une forte refondation démocratique en réaffirmant l’égalité et la justice pour toutes et tous.