Redonner vite confiance dans la démocratie

Deux électrices et électeurs sur trois ont refusé de choisir leurs représentants, en accélération exponentielle d’une tendance lourde déplorée depuis des années. Cette indifférence flagrante envers des élus pourtant responsables de politiques aux conséquences concrètes sur la vie quotidienne de tout un chacun fragilise les bases de notre démocratie.

Le deuxième tour des élections départementales et régionales a confirmé le malaise démocratique profond affiché au premier. Il a confirmé l’absence inédite d’attaches locales du parti présidentiel et a abouti à des résultats en trompe-l’œil avec des forces brouillées de droite ou de gauche traditionnelles diversement unies mais maintenues en première ligne par une extrême droite en fort recul par rapport à son haut score de 2015, tout en restant très présente sur tous les territoires.

L’abstention abyssale du 20 juin dernier n’a pas été corrigée d’un sursaut de participation, en dépit des appels publics lancés. Deux électrices et électeurs sur trois ont refusé de choisir leurs représentants, en accélération exponentielle d’une tendance lourde déplorée depuis des années. Cette indifférence flagrante envers des élus pourtant responsables de politiques aux conséquences concrètes sur la vie quotidienne de tout un chacun fragilise les bases de notre démocratie. Au-delà de phénomènes conjoncturels, de conditions techniques du vote sûrement à faire évoluer, les raisons de cette désaffection sont multiples et à réfléchir sérieusement tant en termes institutionnels que de pratiques politiques. Une mobilisation de toutes les organisations citoyennes est aussi nécessaire, s’appuyant sur l’appétence toujours forte de la population à la chose publique, ouvrant l’espoir de rien d’inéluctable.

Parmi les sujets à débattre, l’acmé de l’élection présidentielle dans le temps politique qui est exacerbée avec le quinquennat et par l’hyperprésidentialisme du régime porté par l’actuel locataire de l’Elysée qu’il a poussé jusqu’à la caricature dans la gestion de la crise sanitaire. Un exécutif qui décide seul depuis des mois, dans les moindres détails sur tous les territoires, en écartant les dirigeants des communes, des départements et des régions, accrédite l’idée que ces élus seraient devenus accessoires et sans pouvoir, ouvrant à l’inutilité d’un vote local. Les questions d’institutions rééquilibrées et d’une décentralisation confortée et lisible sont de fait posées. En ce sens, les résultats des collectivités territoriales à statut particulier, avec des compétences élargies comme en Corse ou en outre-mer, sont instructifs. Des attributions importantes et claires aident manifestement à mieux appréhender les enjeux et mobiliser les électrices et électeurs.

Sans attendre, les élus départementaux et régionaux, légalement installés mais portés par souvent moins de 20 % des inscrits, devront, avec humilité, tirer les leçons d’une si faible assise populaire et travailler rapidement à construire des liens nouveaux pour impliquer toutes les personnes concernées aux actions qu’ils entendent mener. La démocratie locale est encore plus qu’hier à renforcer par des concertations réelles et des échanges réguliers à mettre en place particulièrement avec les jeunes et les habitants des quartiers populaires qui ont très largement ignoré ces scrutins. Ces liens nécessaires à refonder entre élus et population doivent s’appuyer sur les associations dont la place et l’expertise sont à reconnaître et à soutenir, sans instrumentalisation ni tentative d’inféodation comme avec le projet néfaste de contrat d’engagement républicain prévu dans la loi séparatisme, en débat au Parlement. L’appui à leurs missions, la garantie de leur indépendance et l’écoute de leur expérience tirée de leur engagement de proximité sont des gages à donner par l’ensemble des acteurs publics pour redonner confiance et sa force à une citoyenneté effective de toutes et tous.

La période ouverte d’ici la prochaine échéance présidentielle est importante pour notre avenir. L’extrême droite a connu, et c’est heureux, un sérieux revers électoral avec un Rassemblement national perdant de nombreux élus, en dépit de la focalisation médiatique sur ses thèmes de prédilection, bien qu’éloignés des compétences des départements et régions. Elle reste cependant aux aguets et puissante du fait de la reprise de ses idées, de ses fantasmes et fausses solutions sécuritaires, de repli et d’exclusion par d’autres partis politiques, au mieux par stratégie électoraliste. Une offre alternative reste à élaborer en rupture avec ses paradigmes. Il est de la responsabilité de la société civile organisée, syndicats et associations, d’y participer et d’aider à impliquer toutes les citoyennes et tous les citoyens pour peser dans les débats publics et les choix futurs. Face aux injustices, aux inégalités et aux défaillances institutionnelles constatées, aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux, indissociablement liés, qui sont devant nous, des réponses solidaires, d’égalité des droits et de libertés restent à apporter. A chacune et à chacun d’y contribuer.

Malik Salemkour, président de la LDH

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