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Billet de blog 31 janv. 2022

Faire le choix de la paix, c’est faire le choix de la vie

Nous appelons à retrouver l’intelligence du cœur et de la raison, nous appelons à ne pas ajouter aux drames d’hier et à ne pas de faire le choix de la haine. De la mise en liberté de Jakes Esnal et Jon Parot, de leurs vies, dépend l’avenir de la paix au Pays Basque.

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Depuis 2011, les armes se sont tues et en 2018 l’ETA, après avoir permis la remise des armes aux autorités politiques et judiciaires, s’est dissoute en faisant le choix de l’engagement politique démocratique et de la reconnaissance des souffrances infligées.

Avec bien d’autres personnes, nous avons choisi le camp de la paix et nous avons œuvré pour que cessent les violences engendrées par ce conflit et que se construisent les voies d’une résilience que nous appelons de nos vœux.

Nous savions bien que ce n’était là que les prémices indispensables d’un processus de paix qui reste à construire.

Restaurer le débat démocratique, faire la vérité sur ce qui s’est passé, rendre justice à toutes les victimes, voici le socle indispensable d’une démarche de paix.

Régler la situation de celles et ceux qui ont été condamnés, imaginer un traitement de chacun qui, sans impunité, tienne compte du changement de la situation, voici aussi les conditions de la réconciliation et d’une société durablement apaisée.

Mais rien ne sert de parler de paix si, en même temps, se poursuivent les signes de la guerre.

Aujourd’hui, deux hommes, Jakes Esnal et Jon Parot, âgés de plus de 70 ans, condamnés par la justice française à la réclusion criminelle à perpétuité pour des crimes graves commis en Espagne, sont détenus depuis plus de 30 ans.

30 ans, c’est la durée maximum de la peine qu’ils auraient purgé en Espagne.

Nous ne comprenons pas. Nous ne comprenons pas l’acharnement du Parquet antiterroriste qui a choisi la voie du meurtre légal et de l’humiliation. Ne s’est-il pas opposé à ce que M. Esnal fasse une sortie sportive de quelques heures. Dans d’autres procédures, ce sont les tortures infligées en Espagne et pourtant reconnues par les juges du fond que le Parquet antiterroriste cautionne sans hésitation.

Nous ne comprenons pas l’entre soi, voire les conflits d‘intérêts, cultivés jusqu’au plus haut sommet de l’Etat et encore moins le triste cérémonial qui dissout l’indépendance des juges au moyen de breloques distribuées par le gouvernement espagnol pour service rendus.

Nous ne comprenons pas que la plus haute autorité de l’Etat reconnaisse la nécessité de ne pas faire bégayer l’histoire et que M. Esnal et M. Parot ne bénéficient pas des mesures qui permettraient de les libérer.

Ce n’est pas ainsi faire œuvre de justice, c’est remplacer l’indispensable humanité par une vengeance destructrice de tout espoir.

Le Parquet antiterroriste, les juges comme la plus haute représentation de la République prennent ainsi la responsabilité de réveiller les pires démons en programmant la mort en prison de Jakes Esnal et Jon Parot.

Nous ne serons pas complices de cette infamie.

Nous appelons à retrouver l’intelligence du cœur et de la raison, nous appelons à ne pas ajouter aux drames d’hier et à ne pas de faire le choix de la haine.

De la mise en liberté de Jakes Esnal et Jon Parot, de leurs vies, dépend l’avenir de la paix au Pays Basque.

Tribune rédigée par Michel Tubiana, président d’honneur de la LDH, décédé en octobre 2021

Signataires :

Malik Salemkour, président de la Ligue des droits de l’Homme (LDH)

Henri Leclerc, président d’honneur de la Ligue des droits de l’Homme (LDH)

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