Pourquoi le R.I.C et pas une nouvelle Constitution ?

"Nous ne voulons pas de miettes" disent les Gilets jaunes. Alors pourquoi se contenter de l'instauration d'un Référendum d'initiative citoyenne aux effets forcément limités puisque potentiellement accordé par le pouvoir en place ? Pourquoi ne pas aller plus loin en se montrant à la hauteur du moment révolutionnaire que vit la France actuellement et exiger l'écriture d'une nouvelle Constitution ?

La France n'a guère plus aujourd'hui l'apparence d'un Etat de droit, si tant est qu'elle ne l'ait jamais eue… Des milliers d’arrestations préventives, à la répression policière ultra-violente en passant par une justice arbitraire et expéditive, la France s’est parée des oripeaux des plus belles dictatures qu’elle prétend dénoncer constamment. Les médias de masse ne se donnent même plus la peine de respecter le contradictoire et volent au secours de l’ordre et la sécurité de l’Etat bourgeois. Si le pays était divisé, on observe aujourd’hui une véritable scission entre le peuple et ses élites institutionnelles, médiatiques et politiques. Qui semble irréversible.

Voilà pourquoi le Référendum d'initiative citoyenne demeure bien insuffisant au regard de l'état actuel de notre "démocratie". De plus il va perpétuer la sédimentation du paysage politique en parti, en section, et intérêt de classes ou intérêts particuliers au lieu de l’intérêt général. Car qui dit référendum, dit campagne, pour le oui ou pour le non. Et puis l’on apprécie bien depuis le référendum sur le traité constitutionnel européen de 2005 la portée démocratique de ces votations…

Il faut donc plus être beaucoup plus ambitieux. A la hauteur du moment révolutionnaire que la France vit actuellement. Et puisque le temps politique et médiatique s’est accéléré, alors il va falloir agir vite. Les gilets jaunes réclament plus de pouvoir politique. Et pourquoi pas tout le pouvoir politique ? Pourquoi se limiter à quelques référendums éparses ? Pourquoi ne pas réécrire les règles du jeu et se passer enfin de cette classe politique qui agit contre l’intérêt populaire ? Les mouvements de ZAD, de Nuit debout, et des Gilets jaunes ont permis une extraordinaire politisation de franges très diverses de la population. Le moment est venu pour tous ces citoyens éclairés de prendre leur responsabilité. Pour le meilleur ou pour le pire. Mais le pire est déjà là, alors …

De plus, le droit de pétition, et l’initiative citoyenne existent déjà au niveau européen. Et les citoyens européens ne s’en saisissent guère. Le simple fait que Macron commence à accepter l’idée du RIC n’est pas tant que le rapport de force est devenu favorable aux Gilets jaunes. C’est surtout qu’il connait pertinemment la faible avancée que constitue, toutes choses égales par ailleurs, l’instauration d’un tel outil ; lequel sera forcément rogné par le pouvoir en place au point d’en proposer une version vidée de sa substance.

Depuis son instauration en 2012, l’initiative citoyenne européenne (ICE), qui permet d’inscrire à l’ordre du jour de la Commission européenne des projets de directives (si les conditions sont réunies, à savoir un minimum d’un million de signatures réparties dans au moins un quart des pays membres) n’a vu que quatre projets remplir toutes les conditions, sur des thématiques plus ou moins mineures, avec un succès tout relatif puisque c’est ensuite la Commission qui décide du devenir de l’ICE.

L’instauration d’un RIC n’apparaît alors que comme un os à ronger pour calmer l’insurrection. Ne nous limitons pas aux miettes, comme entendu sur tous les ronds-points de France. "Soyons réalistes, exigeons l’impossible", disait un certain Ernesto Che Guevara.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.