La révolution ne sera pas partisane

A l'heure où la campagne pour les municipales débute, voici un petit avis d'un petit militant, d'une grande ville, un peu dépité de voir ses camarades se comporter politiquement comme jadis.

Quand est-ce que les partis comprendront ? La révolution sera peut-être télévisée mais ne sera pas partisane. Et c’est en tant que membre actif d’une organisation partisane que je dis cela. Il faut que chacun comprenne bien que les partis sont morts. Leur seule utilité aujourd’hui réside dans la machine financière, militante et d’idées qu’un parti (ou mouvement comme on dit maintenant) peut produire. Au service de quoi ? Des autres. Tous les autres. Et pas au service des siens, de ceux qui « ont pris leurs responsabilités », comme j’ai pu entendre dans certaines réunions. Comme si, par la préemption de places sur une liste, ils se verraient récompensés de leurs efforts. Là n’est pas mon credo. Car ce que je fais, ce que je suis ne compte pas en soi. Ce qui compte, c’est comment ce que je fais, et ce que je suis, profite à plus grand que moi. Moi qui suis un produit de situations sociales diverses m’amenant à ma position actuelle de militant. Je lutte, donc nous sommes, serait plutôt ma position. « Être de gauche, c’est d’abord penser le monde, puis son pays, puis ses proches, puis soi. Être de droite, c’est l’inverse », comme le disait Gilles Deleuze. Bon, c’est binaire (mais la citation est réduite à sa portion congrue), c’est critiquable évidemment. Mais cela dit quelque chose de ce que devrait être un engagement à gauche. C’est s’oublier dans son combat. C’est se battre pour quelque chose qui, à la fois nous dépasse, et nous touche dans notre intime le plus profond. C’est mettre ce que l’on possède, ses compétences, et ses organismes associatifs et politiques au service d’autrui. Car je ne suis libre que si les autres le sont. Ou, en mieux dit, « je suis les liens que je tisse avec les autres », selon les mots d’Albert Jacquard.

Moins de 1% de la population membre actif d’un parti

Pourtant, malgré la désertion totale des militants au sein des partis - une centaine de milliers de membres actifs tout au plus, tous partis confondus, soit moins de 1% de la population – les petites têtes pensantes de ces partis continuent de se comporter comme sous la IVème République. Quand on estime que les partis sont censés représenter une population donnée, il y a comme un problème dans l’énoncé. Car ils ne représentent plus personne. Mais plutôt que de compter ses bataillons en se disant que les troupes sont décimées, ils/on préfèrent se jauger aux scores électoraux. Formidable trompe-l’œil pour borgne démocrate, puisqu’il n’y a pas d’alternatives à ce vote final tous les 5 ans dans le régime en place.

Non seulement, la logique des partis est arrivée à son terme. Puisque l’arrivée au pouvoir par les urnes nécessitent l’entrée dans le jeu démocratique et donc d’en accepter les règles. A savoir, un pacifisme total de l’action, de la stratégie électorale, des programmes pas toujours fondés sur des convictions mais un marché des idées en vogue. Mais en plus, lorsqu’ils/on accèdent aux responsabilités, on a pu observer à quel point l’exercice du pouvoir tend à normaliser les intrants en fonction du cadre global dans lequel ils s’inscrivent. A savoir, une démocratie représentative au service du capital.

Prenez/prenons de la graine des Gilets jaunes

En soi, les partis l’ont toujours été, morts. Rarement, voire jamais n’ont-ils été à l’initiative de mouvements insurrectionnels. Et souvent, ils ont même rechigné à les rejoindre ! « La révolution viendra de mon camp ou ne sera pas ». Un égocentrisme connexe aux syndicats, lancés timidement avec les Gilets jaunes le 5 février… En parlant des syndicats, on pourrait mentionner le taux de syndiqués en France, de 11% selon les chiffres du ministère du Travail de 2018. Alors que pour rappel, on comptait 5 millions d’adhérents à la CGT en 1945. Ces mêmes Gilets jaunes qui auraient dû nous/vous interpeller au-delà de la révolte. Ils n’ont pas eu besoin des partis ni des syndicats pour faire vaciller le pouvoir. Ils ont montré que, peu importe le niveau d’études, ils étaient tout à fait capables de comprendre les enjeux actuels et les fumisteries gouvernementales. Alors…

Alors, j’enjoins mes camarades de toutes les organisations de gauche (et même EELV). Soyez/soyons dans la rue, de toutes les manifestations culturelles et politiques, gonflez/gonflons les rangs, sans mettre son petit drapeau en avant, sans cette obsession existentielle à se faire voir, faites/faisons des listes tirées au sort, exigez/exigeons de nos/vos organisations qu’elles distribuent leur argent et leur légitimité au service du bien commun puisque c’est de là qu’elles le tirent. Et soyez/soyons extrêmement humble dans ce que vous/nous représentez/tons dans la vie politique. Plus grand-chose. 

 

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