IBK, une machine à broyer les jeunes

La jeunesse a tort de s'allier à un président dont l'exercice du pouvoir ne fait qu'augmenter le taux de chômage, creuser les inégalités et l'empêcher d'accéder à une formation de qualité. IBK ne peut pas satisfaire les besoins des jeunes sans pour autant cerner leurs aspirations. Et l'usage politique qu'il fait de la jeunesse compromet la nation malienne elle-même.

Quand IBK, fortement contesté et n’ayant « plus de légitimité démocratique » comme le souligne le spécialiste du Mali, André Bourgeot (anthropologue français et directeur de recherches émérite au CNRS), promet de placer la jeunesse au coeur de son mandat, il oublie volontairement qu’il avait promis de « ramener la paix et la fierté » et qu’après cinq ans au pouvoir, selon A. Bourgeot, « il n’a redonné ni l’une ni l’autre » aux Malien.ne.s. Qu’il décréta l’année 2014, « année de lutte contre la corruption », sauf qu’après l’effet d’annonce, les rapports du Bureau du vérificateur général ont montré une hausse du niveau de corruption passant de 50 milliards en 2012 à 70,13 milliards en 2015.

En réalité, IBK n’a pas et ne se donne pas le pouvoir de sa volonté, comme le rappelle son homologue camerounais Paul Biya « ne dure pas qui veut mais qui peut », on sait désormais que IBK ne peut pas, reste à savoir s’il veut réellement. 

IBK ne peut rien faire pour la jeunesse -celle-là même qu’il a privée de son droit de vote. Les jeunes de moins de 35 ans représentent plus de 60% de la population. Pourtant, les jeunes ont été les grands absents de cette présidentielle, d’une part parce qu’ils n’ont pas pu s’inscrire sur les listes électorales et, d’autre part, les inscrits n’ont pas eu leurs cartes d’électeurs. En gros, comme le souligne Adama Dramé -directeur de publication du journal d'investigation "Le Sphinx"-,  ces 2 millions de jeunes, ayant atteint l'âge de voter, qui ont été exclus du processus électoral et de la vie démocratique. Par finir, seulement 8 millions pouvaient décider du destin de plus de 18 millions d’habitants. Et parmi ces 8 millions, moins de 4 millions se sont déplacés au premier tour tandis qu’au second tour ils étaient seulement un peu plus de 2 millions d’électeurs. IBK ne peut donc pas comprendre les aspirations de cette jeunesse puisque son exercice du pouvoir les étouffe, les empêche de rêver et de mettre leurs talents au service du Mali. 



IBK ne protège pas les jeunes qu'il appelle aux affaires

Quand Moussa Mara a été nommé Premier-ministre, l'espoir fut immense. Sauf que Moussa Mara remplaçait un autre jeune, Oumar Tatam Ly, dont la nomination présageait une valorisation de la compétence et une culture de la méritocratie tant voulue. Mais voilà, leur passage à la Primature fut plutôt symbolique que bénéfique pour le Mali. Seul IBK en tira des gains politiques.

Oumar T. Ly est parti parce que son éthique ne le permettait plus de travailler avec certains ministres dont les agissements empêchaient toute réussite gouvernementale. Car, impliqués dans des affaires de « délinquance économique et financière », ces ministres devenaient des obstacles à la mise en oeuvre et à la promotion de la bonne gouvernance. Après sa démission, IBK fut contraint par le FMI et la Banque mondiale de se séparer des mêmes ministres. Et s’il avait soutenu son PM Tatam Ly, celui-ci serait resté et IBK n’aurait pas été soupçonné de cautionner la corruption et le détournement de fonds publics.
Moussa Mara s'y est pris autrement mais pour finalement arriver au même résultat que Tatam Ly. M. Mara a voulu innover, structurer les actions gouvernementales, apporter de la cohérence, mais il subissait une « violence symbolique » de la part des vieux crocodiles qui le ramenaient aussitôt à sa jeunesse et à son âge -c'est le fiston et non le Premier ministre- à chaque fois qu'il essayait d'imposer sa méthode et sa marque. Ce deuxième couple ne fit pas long feu, la suite est connue : un an, un PM.

IBK, comme il l'expliqua lui-même, compte plus sur ses liens politiques, ses assurances de réélection que sur la détermination de ses ministres à traduire en actes ses promesses de campagne afin de sortir le Mali du chaos au risque de devenir lui-même impopulaire. C’est un politicien qui pense à sa prochaine réélection et non un chef d’État qui se soucie de la prochaine génération pour paraphraser James Freeman Clarke. On ne bouscule rien, on n'a pas intérêt à montrer ses ambitions pour le Mali surtout si elles ne correspondent pas aux attentes du roi IBK. Si un ministre ne peut critiquer son gouvernement quand celui-ci dérive sans démissionner, c'est qu'il sert non pas le pays mais le chef d’État.

Le choix de Kamissa Camara à la tête de la diplomatie malienne, tout un symbole

Elle est femme et jeune. Mais elle est d'abord et surtout intelligente, compétente, audacieuse et battante. Son parcours remarquable et exemplaire le démontre bien. Mais là encore, les choses risquent de s'arrêter au symbole, pas parce que K. Camara ne sera pas à la hauteur mais parce qu'elle ne sera ni aidée par IBK ni par le premier ministre. En un mot, l'environnement fortement politisé qui devient le sien, ne lui permettra pas de déployer tous ses talents. Penser qu'elle peut se créer un environnement, c'est faire semblant de ne pas connaître les adversités dans nos ministères et hautes administrations, qui ruinent tout espoir patriotique. Aussi, il s'agit de s'intéresser aux profils ainsi qu'aux trajectoires des autres membres du gouvernement pour mesurer que la tâche s'annonce extrêmement difficile.



Une ministre trinationale          

35 ans, Kamissa Camara n’est pas étrangère à la cause qu’elle défendra désormais « les affaires étrangères » avec sa triple nationalité (malienne, française et américaine). Elle a choisi de servir le pays de ses origines comme ministre. Ira-t-elle jusqu’à desservir les deux autres -respectivement pays de naissance et pays d’accueil ? Pourtant le Mali est un enjeu stratégique, qui dépasse le pays même. La France se maintient sur la scène internationale grâce à sa mainmise sur ses anciennes colonies ; les États-Unis s’implantent de plus en plus durablement et fortement dans le Sahel. Parler trois langues et avoir vécu dans ces trois pays aussi différents, est, sur un plan individuel, une richesse, reste à savoir comment elle défendra la souveraineté malienne face à c(s)es autres pays qui, décidément, n’ont que des intérêts à défendre.

Caution citoyenne et populaire

Quelle est la chance de réussite de la nouvelle ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale dans un tel environnement, avec un tel mandat qui commence si mal, un président autant contesté et, surtout, dans cette crise (politico-sécuritaire) inouïe ?
Il ne s'agit pas de compter les femmes et les jeunes et les réduire à des chiffres mais plutôt de mesurer leurs chances de réussite dans un gouvernement aussi hétéroclite que temporaire. Le chef d'orchestre, l'entraîneur, IBK n'est pas bon, il veut des ministres soumis, qui obéissent, qui le servent d'abord et le Mali ensuite, "ma famille d'abord" avant le "Mali d'abord".

Le choix porté sur Madame Kamissa Camara ne doit pas seulement réjouir mais interpeller. Si IBK entend continuer à instrumentaliser la jeunesse sinon la broyer, celle-ci doit être exigeante et exercer à son tour une pression populaire sur IBK. Faire en sorte que les ministres jeunes ou pas mais compétents soient inamovibles même si leurs actions ne servent pas ses intérêts étroits et égoïstes. Dans d'autres pays, un ministre doit aussi sa place à sa crédibilité dans l'opinion, à son efficacité mais pas à sa soumission au président. Madame, K. Camara ne doit sa réputation qu'à elle-même, espérant qu'elle n’hésitera pas à partir pour mieux revenir.

Mahamadou Cissé

 

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