La pandémie est aussi due au diesel

Il est de plus en plus évident que la propagation explosive du Covid19 est en rapport avec des niveaux três élevés de micro-particules polluantes en suspension dans l'air dues à des conditions climatériques défavorables. Pourquoi sommes-nous en train de combattre un virus sans vouloir reconnaître que la combustion diesel est vraiment l'ennemi le plus insidieux ?

La pandémie du coronavirus propagée par le diesel © MJR La pandémie du coronavirus propagée par le diesel © MJR


The Big Smoke
: c'est le nom de l'épisode d'inversion de la température atmosphérique (ITA) qui eut lieu à Londres au cours de l'hiver 1952-1953 et qui, associé à une épidémie virale, causa la mort de 6 000 personnes et occasionna des maladies respiratoires aiguës pour 100 000 autres personnes. (1)

Lorsque la température au niveau du sol est plus basse que dans les couches supérieures, un phénomène d'ITA crée un bouchon qui empêche la dispersion des polluants urbains dans l'atmosphère. Dès le début de l'ère industrielle, cela eut pour conséquence les célèbres  brouillards de Londres. C'est aussi à l'origine des smogs hyper-pollués de Wuhan. (2)

En janvier, la Lombardie, le Piémont et la Vénétie ont été touchés par un phénomène d'ITA qui a conduit le gouvernement italien à imposer des mesures strictes pour restreindre la circulation des véhicules diesel, la combustion de carburants domestiques et pour obliger les gens à réduire leur chauffage central. À Milan, le brouillard était si épais et l'air si pollué que le fait de ne plus voir la Madonnina sur la façade sud du Duomo a fait l'actualité nationale. En janvier, les niveaux de pollution dans la région ont dépassé 50 microgrammes de PM10 et PM2,5 par mètre cube, une situation encore aggravée par une grève des cheminots de la région.

Les PM10 et PM2,5 sont des particules inhalables d'un diamètre inférieur à 10 µm, appelées microparticules. Parmi les différents polluants atmosphériques, ce sont ceux qui présentent le plus grand risque pour la santé car ils pénètrent profondément dans les poumons et atteignent les alvéoles, provoquant non seulement de graves troubles des voies respiratoires mais aussi dans d'autres organes, car ils s'infiltrent dans la circulation sanguine. Les principales causes de leur formation dans l'atmosphère sont les soi-disant précurseurs gazeux, tels que le dioxyde de soufre et l’oxyde d'azote. Ces derniers, également connus sous leur acronyme, NOx, sont produits par la combustion mal filtrée du diesel. Leurs effets sur la santé publique sont bien connus : maladies respiratoires, diabète, asthme, maladies coronariennes et neurologiques. En 2015, au moins 38 000 personnes sont décédées des suites d'inhalations de NOx. (3) Globalement, les microparticules sont responsables, ou coresponsables, de la mort d'au moins 15 000 personnes en Europe chaque année.

Lorsqu'une ITA, qui empêche la dispersion atmosphérique des PM10 et PM2,5, se produit en même temps q'une épidémie virale contre laquelle le corps humain n'a aucune immunité, ses effets sont dévastateurs, en particulier pour ceux qui souffrent de l'une des maladies énumérées ci-dessus.

Sans vouloir minimiser les risques de la pandémie de Covid19, je remets néanmoins en question le bien-fondé de la métaphore de la «guerre» qui imprègne les discours des dirigeants politiques et est dûment diffusée par les médias. Il est absurde de déclarer la « guerre » à un virus et de l’appeler « ennemi invisible ». Il est compréhensible de louer l'héroïsme des travailleurs de la santé mais absurde de les comparer aux soldats sur un front de bataille sanglant et de promettre une victoire totale "quoi qu'il en coûte". L'analogie a un objectif, bien sûr : celui d'exiger l'obéissance aveugle en vertu des lois d'urgence en prêchant une sainte communion nationale entre le peuple et ses gouvernements protecteurs.

Je doute que la métaphore ait un sens si nous voulons vraiment comprendre ce qui est réellement en jeu, à la fois socialement et médicalement. Mais suspendons momentanément cette incrédulité et acceptons cette métaphore comme un portrait de la réalité. Si nous sommes effectivement en guerre, nous devons donc définir clairement notre objectif stratégique, identifier notre ennemi et sélectionner les meilleurs moyens pour le combattre efficacement. Je voudrais donc demander : ne devrions-nous pas nous interroger sur la possibilité d’être en face de plus d'un ennemi? Peut-être sommes-nous en train de combattre un virus sans vouloir reconnaître que la combustion diesel est vraiment l'ennemi le plus insidieux ? Nous pourrions, par exemple, commencer par essayer de comprendre pourquoi un total de 24 981 Italiens sont morts de « grippe » au cours de l'hiver 2016-2017, alors qu'il n'y avait pas de Covid19 ?

1) M. Bell et al., “A retrospective assessment of mortality from the London smog episode of 1952: the role of influenza and pollution”. Environmental Health Perspectives, 112, 1: 6-8

2)  B. Liu et al., “Study of continuous air pollution in winter over Wuhan based on ground-based and satellite observations”. Atmospheric Pollution Research, 9: 156-165.

3) S. Anenberg et al., “The global burden of transportation tailpipe emissions on air pollution- related mortality in 2010 and 2015”. Environmental Research Letters. 14 (9): 1-12.

4) A. Rosano et al., “Investigating the impact of influenza on excess mortality in all ages in Italy during recent seasons (2013/14–2016/17 seasons)”. International Journal of Infectious Diseases, 88: 127–134.


Auteur: Manuel João Ramos: Centre d'études internationales - ISCTE - Institut universitaire de Lisbonne

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