Marc Bablet
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Billet de blog 28 sept. 2018

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Evaluation des élèves, des enseignants, des établissements, du système éducatif

La lecture du café pédagogique attire l'attention sur la restitution du rapport du Comité d'évaluation et de contrôle des politiques publiques sur l'organisation de la fonction d'évaluation du système éducatif, rédigé par Régis Juanico et Marie Tamarelle-Verhaeghe. Ce billet reconnait l'intérêt de ce rapport et propose quelques remarques sur auto-évaluation, évaluation des enseignants notamment.

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Je ne pensais pas proposer un autre billet sur ce blog si tôt mais il paraît que, dans le monde moderne, il faut être en phase avec l’actualité aussi comme j’ai lu le café pédagogique ce matin, j’ai regardé la restitution du rapport du Comité d'évaluation et de contrôle des politiques publiques sur l'organisation de la fonction d'évaluation du système éducatif, rédigé par Régis Juanico et Marie Tamarelle-Verhaeghe. Ce second billet va me permettre à nouveau d’être « narcissique », « bonapartiste » ou « chiant » pour certaines personnes. Je ferai une autre fois un commentaire plus précis sur ce que je pense des commentaires qui fleurissent sur internet à mediapart comme ailleurs dont on peut espérer, sans doute naïvement, qu’ils soient un facteur d’amélioration du partage de la rationalité démocratique.

On peut saluer ce rapport parlementaire dont la tonalité est bien différente de celle de la cour des comptes et de celle des propos du ministre sur ces sujets. On apprécie ici la tonalité très humaine du propos, la prudence de ce qui est avancé et la défiance à l’endroit de bien des procédures qui ont fait la preuve de leur nocivité dans l’univers néo-libéral.

En particulier on peut retenir ces propos du rapporteur sur la fonction de l’évaluation des élèves : « aider les adultes qui travaillent auprès des élèves à trouver les voies et moyens qui permettent d’améliorer les conditions d’apprentissage et le bien-être. ». Toute la partie présentée par la rapporteure sur les évaluations des élèves qui met en garde sur le classement et la mise en compétition, qui propose une évaluation plus positive, une autre approche de l’erreur, correspond à des orientations déjà très pratiquées par les équipes et déjà défendues antérieurement et dont je rappelle qu’elles sont portées par le référentiel de l’éducation prioritaire, témoignant une fois de plus que celle-ci est toujours en avance sur le reste du système.

Par ailleurs on ne peut que se réjouir que les risques d’évaluations qui servent aussi à évaluer les enseignants et les établissements soient bien vus et dénoncés.

Quelques remarques cependant :

Sur l’auto évaluation des élèves, on ne peut considérer cela comme facile à mettre en œuvre, et comme une action à simplement conduire en classe comme on dirait « faites une dictée ». En effet l’auto évaluation est quelque chose qui s’apprend au fur et à mesure que l’on intègre des critères qui permettent d’évaluer c'est-à-dire de référer à une norme ou à un idéal, or on construit les critères en apprenant avec l’aide d’un tiers qui attire l’attention sur tel ou tel aspect. L’auto évaluation pour les élèves ne peut être première. Elle doit faire partie des objectifs d’apprentissage des comportements sociaux : la psychologie sociale nous apprenant que le contrôle interne est plus efficace et plus satisfaisant pour l’image de soi que le contrôle externe. Les élèves doivent progressivement apprendre qu’ils peuvent gagner du pouvoir sur leurs apprentissages grâce à l’auto évaluation. La co-évaluation menée avec précautions est sans doute une piste dans cette perspective.

En revanche dès lors qu’ils ont reçu une formation les enseignants peuvent pratiquer l’auto évaluation. Mais connaissez vous des enseignants qui n’ont pas à cœur d’améliorer leurs pratiques ? Au-delà de la conscience professionnelle, c’est parfois une question de survie dans le métier. Connaissez vous des enseignants qui ne pratiquent pas l’auto évaluation ? On évalue tout le temps, on ne peut pas ne pas évaluer. Le problème c’est de construire progressivement les bons objets de cette auto évaluation pour qu’elle soit utile pour ce que l’on a à faire c'est-à-dire faire progresser les élèves. Pour l’enseignement en éducation prioritaire, je donne un exemple : il me semble important de faire porter l’auto-évaluation de la pratique enseignante sur deux principaux items : Ai-je bien vérifié la manière dont les élèves ont compris ce qui leur est demandé ? Ai-je bien compris les obstacles qu’ils rencontrent dans l’activité que je leur demande de réaliser ? Ces questions permettent de mieux prendre en compte les besoins des élèves de milieu populaire et donc d’améliorer l’enseignement qui leur est proposé. Le travail collaboratif permis par « plus de maîtres que de classes » a été particulièrement pertinent pour favoriser une évaluation partagée par deux enseignants. Je forme des vœux pour que nos collègues des CP et CE1 dédoublés puissent continuer à travailler en binôme pour favoriser ces évaluations croisées.

On peut être bien d’accord avec l’idée que les enseignants gagneront à être accompagnés sur la base d’échanges où ils soient eux-mêmes porteurs de l’analyse de leur pratique et autant que possible en collectif professionnel. Cela suppose un changement de posture de l’inspection déjà bien engagé au point qu’il me paraît maintenant effectivement pertinent de changer cette dénomination du métier des IEN et des IAIPR mais c’est un point sur lequel il va y avoir de la résistance.

Je ne suis pas d’accord avec ce qui est dit de la supposée « pauvreté de l’évaluation des établissements ». Les inspecteurs d’académie qui passent beaucoup de temps en dialogue sur les contrats d’objectifs des établissements savent bien que cette évaluation est annuelle et qu’elle a une fonction d’accompagnement des établissements pour qu’ils puissent faire mieux ce qu’ils ont à faire. Par ailleurs les travaux de la DEPP sur les IVAL (indicateurs de valeur ajoutée des lycées) et j’espère bientôt sur les IVAC (indicateurs de valeur ajoutée des collèges) permettent de voir ce qui est essentiel : quels sont les établissements qui, à contexte contrôlé identique, produisent les meilleurs résultats compte tenu des élèves qui y rentrent et qui y restent. Si déjà on utilisait intelligemment ces données pour comprendre comment font notamment les établissements défavorisés pour avoir de bons résultats on pourrait utilement partager ces perspectives. Un rapport des inspections générales a fait le travail et a montré ce que l’on peut en tirer pour les lycées. On ne peut que conseiller aux rapporteurs de le lire.

Je suis en revanche parfaitement en accord avec la reconnaissance du travail de la DEPP qui doit pouvoir travailler avec l’indépendance souhaitable pour la statistique publique qui doit pouvoir éclairer les gouvernants et les citoyens sur le réel. Je suis en revanche un peu surpris de la naïveté du propos tenu sur les indicateurs de la LOLF qui figurent dans les projets de loi de finance. Si les indicateurs sont tout le temps changés c’est que les politiques qui nous gouvernent ne supporteraient pas de voir que les résultats du pays évoluent lentement. Il vaut donc mieux leur dire que l’on a changé le thermomètre puisqu’ils ne sont pas en mesure d’accepter que leur action n’a pas une incidence à court terme. Heureusement qu’il y a une indépendance de la statistique publique, toujours à défendre, car sinon on risquerait d’assister à des bidouillages de chiffres. Il y aurait une étude à faire sur la manière d’être de ceux qui dirigent. Il y a bien sûr bien des profils différents dans ce groupe humain comme dans tout groupe humain. J’ai souvent remarqué un travers sans doute lié à l’anxiété pour sa place et à l’ambition compte tenu de la prégnance du contrôle hiérarchique : Penser qu’avant c’était moins bien et penser que le monde nouveau commence avec soi. En fait ce travers me semble faire bien des dégâts. Il y a matière à faire évoluer la manière dont on dirige un ministère, un rectorat, mais cela peut aussi valoir pour un établissement scolaire,  pour un bureau à la DGESCO…(là je sais qui je ferai sourire).

Par ailleurs sur l’évaluation des établissements : si son objectif est vraiment l’amélioration des mises en œuvre pour les élèves et la mutualisation de ce qui est pertinent, on ne peut que recommander le processus des visites croisées qui est bien développé en éducation prioritaire, permettant à une équipe d’un réseau des échanges avec une autre équipe dans le cadre d’un partage d’analyse des pratiques des deux réseaux. Il semble très important que le travail évalué soit celui d’un collectif professionnel qui en rend compte et qui le discute. Il est très important que la mutualisation passe par des échanges professionnels sincères au cours desquels les intéressés puissent disposer d’un contexte bienveillant qui permette de dire les difficultés et la manière dont ils s’efforcent de les lever…

Je suis étonné que les rapporteurs maintiennent, à propos de l’évaluation des enseignants, l’idée qu’il faut assurer une reconnaissance des meilleurs et donc un classement de fait, cela me semble en contradiction avec ce qu’ils disent très justement sur les effets délétères de la compétition et sur l’intérêt d’une reconnaissance d’équipes que je préfère appeler des « collectifs professionnels » sur lesquels le centre Alain Savary a fait un gros travail. Il faut en effet reconnaître une expertise aux collectifs professionnels et travailler à la reconnaissance du travail. Mais ce n’est pas en conduisant des évaluations externes froides que l’on y parviendra, c’est en faisant vraiment évoluer le rapport à l’autre dans la logique de l’accompagnement professionnel, en aidant les enseignants à percevoir ce qu’ils produisent efficacement. Derrière cette question se profile une autre question qui est celle de ce que l’on appelle en langage du management la « gestion des ressources humaines ». Pour moi ce qui est en question c’est la capacité de professionnels de différents types de compétences à travailler ensemble chacun pouvant apporter à l’autre une expertise reconnue. Sur ce point, je ne crois pas que le choix du ministre de développer une GRH de proximité avec des personnels dédiés en plus soit une solution. Je pense préférable de former les cadres de proximité à la qualité des relations professionnelles dans les collectifs professionnels qu’ils sont chargés d’animer. Et je formule des vœux pour que l’on se débarrasse de la formulation « gestion des ressources humaines ». On y gagnerait sans doute en humanité justement.

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