A propos d’une fresque des Droits de l’Homme à Sèvres

Mettre en avant la Déclaration des droits de l’homme et « en même temps » contrevenir aux règles de la laïcité par des choix d’illustration pour le moins étranges, voilà un exemple des contradictions qui habitent notre société et hantent les droites adeptes de Macron - à leur insu ?

Collège de Sèvres © MD Collège de Sèvres © MD

Il y a un an et demi que fut décidé d’orner le Collège International de Sèvres d’une fresque reproduisant la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789. Comment ne pas s’en réjouir ? Ainsi, ces derniers mois, elle se dessine peu à peu sur le vaste mur, bien visible sur le parvis du Collège. 

Au départ du projet, il a été décidé (par qui ?) d’illustrer la Déclaration par six fortes personnalités du XXè siècle. Pourquoi pas ? Même si l’occasion d’y voir représentés Condorcet, Danton, Robespierre ou Victor Schoelcher aurait été bienvenue. 

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 Le choix a donc initialement porté sur Martin Luther King, l’Abbé Pierre, Nelson Mandela, le Mahatma Gandhi. Jean Moulin et la résistante et pédagogue Yvonne Hagnauer, seule femme, locale de l’étape puisqu’ayant fondé la Maison des enfants de Sèvres pendant l’Occupation.

Premier problème : la parité n’était pas franchement respectée, comme de jeunes collégiennes l’ont fait remarquer avec sagacité. Alors, un autre choix se fit (par qui ?), car il fallait faire place aux femmes.

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C’est alors que l’on vit apparaitre Mère Teresa en lieu et place d’un autre ecclésiastique, l’Abbé Pierre. Or voici bien un deuxième problème. Car si les deux ont oeuvré en faveur des pauvres, l’un fut député de la République lorsque l’autre défendait des positions farouchement anti-divorce, anti-contraception et anti-avortement, en total décalage avec les luttes légitimes pour le droit des femmes. Ce sont là des positions profondément anti-républicaines.

De plus, troisième problème, Mère Teresa, devenue Sainte Teresa de Calcutta pour les catholiques,  apparait voilée sur le lieu même où tout signe ostentatoire de religion est strictement interdit dans l’enceinte de l’établissement.

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Enfin, pour la troisième figure féminine, c’est logiquement une grande figure de la Révolution qui aurait pu être retenue, Olympe de Gouges, emblème du féminisme et auteure de la Déclaration des Droits de la femme en 1791. Ou bien Simone Veil par exemple. Mais la troisième dame choisie est Malala Yousafzai, militante féministe pakistanaise et Prix Nobel de la Paix en 2014. Sans aucunement remettre en cause son engagement à toute épreuve, c’est le même problème qui est soulevé puisqu’elle aussi devrait apparaître voilée. 

Où est la logique des symboles ? N’est-ce pas purement contradictoire voire provocateur ?

Dans un contexte marqué par la sidération engendrée par le meurtre atroce de Samuel Paty, assassiné pour avoir fait cours sur la laïcité, comment ne pas être extrêmement surpris, choqués par des choix plus que problématiques ? Doit-on rappeler que l’identité républicaine s’est forgée, construite autour de la laïcité ? Défendre la laïcité c’est clairement différencier les religions et l’Etat. 

Ainsi, il est flagrant qu’en nos temps si troublés ces choix révèlent bien plus qu’une maladresse à multiples entrées. Ils sont une faute républicaine.

Sans aucunement ignorer le fait que l’Éducation Nationale est partie prenante, que le Département est le propriétaire des bâtiments, une lettre ouverte argumentée, demandant rendez-vous, a été adressée au Maire et à de nombreux acteurs de la vie locale par la section sévriennes de La France Insoumise. Sans suite. 

Pendant le facebook live direct du jeudi 28 janvier - 1 Pendant le facebook live direct du jeudi 28 janvier - 1

Comme Grégoire de La Roncière organisait jeudi dernier un facebook live, une question avait été déposée sur le site, puis reformulée à deux reprises durant l’heure de direct. C’est la seule des très nombreuses interpellations qui n’ait pas été relevée…

A ce jour, le Maire de Sèvres n’a donc pas daigné répondre. Les problèmes restent en suspens, concernant une fresque bientôt exposée à la vue de tous, qui engage par ses choix affichés chaque citoyen sèvrien, quelle que soit sa sensibilité. Il est donc plus que temps d’éviter ces très graves erreurs en amont du dévoilement et de l’inauguration de la fresque.

Mais qui se soucie de cohérence au moment où se discute un projet de loi « confortant les principes républicains » ?

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