Les USA et la boîte de Pandore

Ne nous y trompons pas : le 6 janvier, au Capitole, il s’agissait de fait d’un avertissement, non pas d’un baroud d’honneur. Une émeute, un coup de force séditieux qui ne fait qu’accroitre la tension extrême. Car nous sommes passés dans une autre dimension. Le 20 janvier s’annonce donc comme une journée sous très haute tension.

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« Des experts avertissent sur des violences avant le jour de l’Investiture »

Il ne s’agit pas de la bande annonce du dernier film à sensation. Il ne s’agit pas ici de jouer avec le feu comme le fait l’actrice Louise Linton dans Me you madness, le film qu’elle vient de diriger et interpréter en tant que serial-killer totalement perverse - Louise Linton étant la femme de Steven Mnuchin, le très trumpiste Secrétaire d’État au Trésor (c’est Mike Pence qui les a marié en 2017)… 

Il ne s’agit pas d’un jeu mais du titre qui barrait la Une du site de CNN toute la journée du 9 janvier.    

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 Louise Litton et Steven Mnuchin 

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Ivana Trump en séance photo le 6 janvier

Le 6 janvier, pendant que madame Trump faisait un photoshoot de luxe, des évènements historiques se déroulaient au Capitole. Ils étaient annoncés. Voici un des stickers invitant à se rendre à la manifestation :  

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« Combat pour Trump ! » Le but ? Rien moins que « Sauver l’Amérique, sauver le monde ». Vaste programme ! Organisé de longue date. Dès le 19 décembre,  Trump tweetait « Be there, will be wild ! », « Venez, ce sera sauvage ! » 

Dès le 6 janvier, les nombreuses images folkloriques, diffusées en boucle, ont permis de minimiser et passer sous silence la réalité du sens et de la brutalité de l’assaut contre le Capitole. 5 morts tout de même. Dont un policier de 42 ans, Brian Sicknick tué à coup d’extincteur par les émeutiers ; une femme tuée par balle alors que les manifestants enragés donnaient la chasse aux élus ; une femme, piétinée par la foule ; un militant pro-armes faisant une crise cardiaque sous le coup de l’émotion…

Symboliquement, l’un des premiers manifestants à pénétrer l’édifice portait la pancarte  « Le véritable ennemi universel est le communisme ». 

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Et tant de militants trumpistes menaient l’assaut à coup de barre de fer. Avec armes et explosifs retrouvés à proximité du Capitole. Sans compter les nombreuses manifestations à travers tout le pays...

Pourtant, sur les réseaux sociaux, certains commentaires s’amusaient de la « bonhommie réjouissante » de cette foule venue « faire des selfies », renvoyant ceux qui pointent le fascisme à leurs « obsessions » déplacées…

La réalité fut toute autre. Sur des vidéos, on entend clairement les manifestants crier « Pendez Mike Pence », le vice-président que Trump venait de désigner à la foule comme celui qui trahissait car sur le point d’accepter l’officialisation de Joe Biden comme Président. Dans ce cas, avait-il dit avant d’indiquer le chemin du Capitole à la foule de ses supporters, il devra « en affronter les conséquences ». Jim Bourg, photographe de l’agence Reuters, faisait plus que le confirmer : extrême-droite et néo-nazis étaient bien à la manoeuvre.

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Tee-shirts Auschwitz et 6MWE « 6 Million Wasn’t Enough… » ou comment arborer l’antisémitisme codé

Ce fut tout sauf bonhomme. Ce fut un appel concerté et répété durant le meeting qui précéda l’invasion, où les chauffeurs de salle de Donald Trump eurent des mots explicites à propos des républicains qui accepteraient de voter, quelques heures après, l’investiture de Joe Biden : alors, il sera « temps de relever les noms et de leur botter le cul… » Trump enchaînait, après un très long discours détaillant toutes les « fraudes » à l’élection : « Il va falloir nous battre plus fort… Et Mike Pence doit choisir son camp. Et s’il ne traverse pas l'épreuve, ce sera un jour sombre pour notre pays (…) Nous allons marcher vers le Capitole et nous allons soutenir nos braves sénateurs et membres du Congrès - et nous ne serons peut-être pas aussi tendres pour certains d’entre eux, parce que vous ne relèverez jamais notre pays par la faiblesse. Vous devez montrer la force et vous devez être forts. » Puis, quelques moments après, il tweeta « Mike Pence n’a pas eu le courage de faire ce qu’il aurait fallu faire pour protéger notre pays et notre Constitution. »

Deux jours après, Trump annonce qu'il n'ira pas à la passation de pouvoir. Une première depuis 1869 - et pour cause…

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Il y avait un véritable but à cet assaut, triple : mettre la main sur Mike Pence devenu traitre, Nancy Pelosi (présidente de la chambre des représentants, dont le bureau fut saccagé) et Chuck Schumer (qui dirige le groupe démocrate au Sénat) puis s’en prendre physiquement à eux.

Ne nous y trompons pas : ce 6 janvier, il s’agissait de fait d’un avertissement, non pas d’un baroud d’honneur. Une émeute, un coup de force séditieux qui ne fait qu’accroitre la tension extrême. Car nous sommes passés dans une autre dimension. 

Et ce lundi 11 va se discuter la destitution du 45è Président des États Unis pour appel à l'insurrection, quelques jours avant la fin officielle de son mandat. A côté de cela, la destitution de Richard Nixon en 1974 était de l’ordre d’un balbutiement politique à l’eau de rose…

Alors, Tweeter suspend le compte de Trump, croyant, par la censure, refermer la boîte de Pandore. Sans parler des questions innombrables que pose cette censure même, c’est beaucoup, beaucoup trop tard. Elle est ouverte, depuis si longtemps et ses diables s’en sont échappés…

Le 20 janvier s’annonce donc comme une journée sous très haute tension.

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PS : Pour avoir eu des échos directs de trumpistes de base du Texas, disons que nous serions surpris de les entendre : pour eux, c'est clair, ce sont des ultra-gauche, les anti-fas qui ont donné l'assaut au Sénat. Biden, lui, est un socialiste, un communiste et va ruiner les USA. Des discours exactement semblables à ceux qu’entonne l'extrême droite en France reprenant ainsi les refrains les plus délirants des plus délirants trumpistes. Mais comme disait ce jeudi matin le chroniqueur de 8h15 sur France Inter: « heureusement qu'en France nous n'avons pas les médias trumpistes… » Il a juste oublié une chaîne nommée Cnews, son chroniqueur fétiche, appointé par Le Figaro, soutenu, avec quel enthousiasme, par Valeurs Actuelles. Il a juste oublié celui-là et quelques autres… 

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…ce à quoi le Gorafi répond :

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