Un été imprévu

Que nous dit cette abstention ?

C’est énervant. Rien ne se passe jamais comme prévu. C’est surtout énervant pour les commentateurs, sondeurs et autres éditorialistes. 

L’inquiétant est ailleurs, pour nous tous. L’inquiétant, c’est le réel qui cogne et nous cogne. C’est cette totale désaffection qui s’enkyste, ces deux tiers des français qui s’abstiennent, cette démocratie malade qui n’en finit pas de dépérir.

Et face au silence des urnes boudées, les interprétations vont bon train. Le Covid, l’absence de réelle campagne électorale, les ratés plus qu’inquiétants dans l’organisation du scrutin, de « graves dysfonctionnements techniques » lors du premier tour… Certains disent que l’abstention figerait le paysage politique. C’est mal regarder ce qui s’est dit hier.

Le scrutin bouscule Macron et Le Pen ? Rien d’étonnant. Cela fait pourtant des mois que tous les sondages disent que 70% des français ne veulent pas se trouver face à ce choix terrible lors du deuxième tour des Présidentielles. Là, ce sont presque 70% des électeurs qui sont restés chez eux. Ceux qui se sont déplacés ont donné une formidable gifle républicaine à LREM, aux Ministres (de Darmanin à Fesneau, Klinkert ou Dupond-Moretti) comme à tout le parti présidentiel. Mais ils ont aussi déserté le parti de Le Pen, qui recule partout et prend une claque, alors qu’il se voyait pousser des ailes, grâce à des médias et des politiques devenus caisses de résonance de leurs thèmes sans cesse rebattus. 

capture-d-ecran-2021-06-21-a-16-05-16

Il se dit donc, du Monde à BFM, que le RN aurait été desservi, voire « plombé par l’abstention ». Souvenons-nous tout de même que depuis des lustres, on nous disait exactement le contraire. Alors, comme explication, c’est un peu court… 

Ne faut-il pas plutôt reprendre une analyse politique ? Car, comme toujours, les sondages ont trompé et se sont trompés. Dans les Hauts de France, la débâcle est sévère : le RN perd plus de 550.000 électeurs et plus de 400.000 dans le Grand Est ! 

Et si certains de leurs électeurs se lassaient de leur discours obsessionnel sécuritaire, sans aucune autre perspective ? Dans ce recul, on ne peut pas ne pas voir une possible lassitude face à l’hystérisation des débats au cours de ces derniers mois, comme un échec de cette propagande d’extrême droite déversée par tombereaux entiers à longueur de journée. A trop faire l’impasse sur les problèmes économiques et sociaux…

Et si d’autres se lassaient de voir le RN se macroniser, délaisser la critique radicale de l’Union européenne ? Trop molle, Le Pen, comme disait Darmanin ? Après ces résultats, rien ne dit qu’une autre candidature d’extrême droite ne s’imprime pas sur les bulletins de vote d’avril 2022. Zemmour doit frétiller.

Du côté LREM, rien d’étonnant dans cette déroute électorale, tant le rejet est fort. L’image du roitelet Macron cache mal la forêt du vide et des reniements innombrables, de la droitisation et de l’autoritarisme.

Mais alors, ce serait la droite qui emporterait la mise, comme il se dit également ? Pas sûr, du tout. Car partout aussi, elle recule. En six ans, Wauquiez a perdu 45.000 suffrages soit 10% des voix de 2015… Même Xavier Bertrand perd 8000 voix. Si elle reste en tête, c’est sans doute parce que le noyau dur de son électorat prend systématiquement le chemin des urnes. Ce n’est plus le cas pour les gauches depuis un bon (ou mauvais) moment, particulièrement après les multiples trahisons et reniements du PS.

La seule certitude que nous pouvons avoir au vu de ce premier tour, c’est que, moins que jamais, rien n’est écrit pour 2022. D’immenses surprises nous attendent. Reste à savoir si l’abstention ne sera pas la première et la plus mauvaise d’entre elles.

Titre à la Une du journal numérique Le Monde, ce 21 juin au matin Titre à la Une du journal numérique Le Monde, ce 21 juin au matin

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.