28 Mai tragiques

1871 - 1942 - 2005 : trois visages très différents du tragique dans l'Histoire.

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Le 28 mai 1871, la « Semaine sanglante » s’achevait et avec elle l’expérience si unique de la Commune. Le lendemain, ce n’est pas un silence d’après la bataille qui emplissait Paris hébété, ensanglanté. C’est la mitraille, partout, celle des pelotons d’exécution. Il faut expier : par le sang, par les armes, la prison, les déportations. Environ 50.000 arrestations.

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 « Au mur, disait le Capitaine » https://www.youtube.com/watch?v=58v-IpXXUiQ

La bourgeoisie a eu tellement peur ! Se drapant dans les plis d’une République qu’ils méprisent, les royalistes et les « républicains » à la mode Adolphe Thiers tiennent le haut du pavé sanglant. On n’avait jamais vu autant d’assassinés en si peu de temps. Il faut à tout prix taire cela. La Terreur de 1793 semblerait un exercice de minables apprentis en comparaison.

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 « On a bien fusillé Varlin, Flourens, Duval Millière, Ferré, Rigault, Tony Moilin, gavé le cimetière… » https://www.youtube.com/watch?v=44Q1ZnoES40

Une chanson disait alors « et les cent mille assassinats, voyez c’que ça rapporte ! Tout ça n’empêche pas, Nicolas, qu’la commune n’est pas morte. » La réalité tournait autour d’au moins 25.000 morts en quelques jours, massacrés à la caserne Lobot ou au camp de Satory, entassés dans la salle du Théâtre du Châtelet, de l’Opéra Garnier en construction et dans tant d’autres lieux - voire laissés là, dans les rues, sur les restes de barricades. Début juin, Georges Bizet revient de Saint-Germain à Paris ; il découvre ce spectacle horrifique et la puanteur d’innombrables cadavres en décomposition. En 1897, un charnier de 800 communards est retrouvé dans le quartier de Charonne. Bien souvent, les exécutions avaient lieu à la mitrailleuse…

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« La mode est aux Conseils de guerre et les pavés sont tout sanglants » https://www.youtube.com/watch?v=Zhum-7DDlNk  Septembre 1871, procès de communards sous le regard de « la France fille aînée de l’Eglise. » 

Ce 29 mai 2021, le souvenir est vivace et vivant. Il se traduit notamment au Père Lachaise par une marche. En 1936, ce sont des centaines de milliers de manifestants qui s’étaient déplacés. 150 ans après 1871, le spectre de l’expérience sociale de la Commune, comme de son refus de la défaite face à l’Allemagne de Bismark et  de Guillaume II, hante toujours l’Histoire de notre pays. 

Et au moment où notre Président de la République évoque les « jacqueries » des Gilets Jaunes et leurs côtés « moyen-âgeux », vantant une prochaine « Renaissance » à venir, je me souviens de tant de posts et de réactions de macronistes qui rappelaient tant de mots de haine déversée par les versaillais contre les « communeux » et leurs « femelles ». Car la haine de classe se porte bien dans les rangs d’une bourgeoisie toujours recommencée. Les messages de la Commune restent, quant à eux, d'une brûlante actualité.

A lire : « Les damnés de la Commune » la formidable BD signée Raphaël Meyssan (qui servit de base au film d’Arte, édité en DVD)

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A voir et surtout écouter : les incomparables émissions d’Henri Guillemin enregistrées dans un studio de la Télévision Suisse Romande au milieu des années 1960. « Ce qui m’émeut, dans la Commune, ce qui m’attachera toujours à elle, c’est qu’on y a vu des gens, à la Delescluze, à la Rossel, à la Vallès, à la Varlin (celui-là surtout, quelle haute figure, bouleversante), des hommes qui ne "jouaient" pas, qui risquaient tout, et le sachant, des courageux, des immolés. Parce qu’ils avaient une certaine idée du Bien et qu’ils y vouaient leur existence même. » (Henri Guillemin, Journal de Genève, 22 avril 1965) Une série en 13 épisodes vidéo de 30’ en accès libre sur « Là bas si j’y suis » https://la-bas.org/la-bas-magazine/reportages/comprendre-la-commune-de-paris-les-deux-derniers-episodes-aujourd-hui-12-le

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A ne pas manquer : Paris rend hommage à la Commune https://www.paris.fr/pages/les-150-ans-de-la-commune-l-origine-1-5-16961 

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- Un tout autre 28 mai est également une date marquée au fer rouge de l’infamie. C’était en 1942. l’Etoile Jaune était rendue obligatoire, en zone occupée, une des cinq parties de ce qu’il restait de la France, après son démembrement en 5 par le nazisme… Le gouvernement de Vichy s’engageait alors aux côté des hitlériens dans une authentique politique d’extermination.

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- 29 mai 2005 : C'était plus proche, bien moins sanglant et pour cause. Mais les conséquences du mépris pour ce vote-là, qui fut nié, ne cessent de se faire sentir 16 ans après.

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