La Glane charriait mille "Corot" avant ce fatidique 10 juin 1944 !

Alors comment encaisser le choc violent de la rivière qui dévoile sa beauté paysagère du côté de Saint Junien et son horreur figée à Oradour sur Glane ? En marchant tout simplement le long de la Glane. Pour essayer d’y voir plus clair à défaut de comprendre.

D’un côté, Camille Corot  révéla sur la toile la beauté impressionniste de la paisible rivière.

Plus loin les soldats SS de la Das Reich de Lammerding la plongeront dans les tourbillons horribles du crime le plus gratuit, le plus odieux comme savaient si bien le faire ces soldats de l’apocalypse ! 

Commençons ce billet en pleine lumière

Mosaïque de Corot à Barbizon Mosaïque de Corot à Barbizon
J’avais rencontré Camille Corot un peu partout lorsque j’avais réalisé mon rêve de randonneur reclusien. Dès le début de mon inactivité sociétale, j’ai voulu parcourir en solitaire l’Île de France en épousant ses contours géographiques de gare en gare, juste accompagné de mon sac à dos et de mes livres pour égayer les déplacements ferroviaires et les fins de repas en totale liberté.

C’est en reprenant mes notes et mes photos que je me suis aperçu que je ne connaissais pas bien cet immense peintre que fut Jean Baptiste Camille Corot, mais aussi celui qui fut un formidable marcheur avec son attirail de peinture sur le dos !

Pourtant Camille Corot, je l’avais croisé à Barbizon, à Auvers-sur-Oise chez Daubigny, plus loin à Valmondois chez son ami Daumier qu’il avait bien aidé, mais je dois reconnaitre que je l’ai longtemps  négligé au profit de celui qui fut son élève, l’immense Pissarro.

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Alors que lorsque je contemple ces tableaux, on a l’impression que le vent bouscule la campagne et la forêt ; qu’il secoue les épis de blés ou fait frémir les feuilles des arbres.

Et si tu restes un moment en admiration devant ce figé évanescent, tu finis par croire que tu marches  à l’intérieur de la toile ! 

Je l’avais aussi croisé lors de la  traversée de la forêt de Fausses-Reposes, avant de longer les deux étangs qui portent son nom !

Mais contrairement aux reproductions des œuvres de Pissarro, de Monet, de Vincent Van Gogh, ou de Berthe Morizot qui colonisent le Val d’Oise, j’ai dû louper quelque chose à propos de Corot  car je n'ai pas réussi à retrouver beaucoup de pièces à conviction pour illustrer cet avis !  

Alors contentons nous de la photo d’une mosaïque trouvée à Barbizon ! 

Mais j’ai tout de même arpenté un coin typiquement corotien : les Coteaux de l'Aulnoye.

Avec au programmes les merveilles déclinés en bois de Bernouille, aqueduc de la Dhuys, forêt de Bondy bien sûr ou bois de Cosette et de Jean Valjean pour les fans de Victor Hugo, ce qui n’est pas mon cas (Confère La légende de Victor  Hugo de Paul Lafargue).

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Sans négliger cette cerise sur le gâteau : le château des Comtes de Lisboa de Coubron, Yann et sa femme, la princesse Melde Khideux, qui sont devenus de véritables amis depuis notre rencontre historique dans les jardins du Luxembourg devant la plaque qui rappelle que mes camarades communards furent fusillés ici-même le 25 mai 1871 !

Mais il est vrai qu'il avait un sacré coup œil le père Corot car le village, les champs, les vaches (eh oui  même dans le Neuf-Trois, il y a des vaches), la vigne bien sûr, les bois et les étangs sont parfaitement agencés de haut des coteaux jusqu’à Coubron au cœur de la vallée.

Un petit écrin de la banlieue séquano-dionysienne.

Et le paysage n’a pas beaucoup changé, je vous assure depuis l’automne 1874 ! Il suffit de comparer ses tableaux avec des photos actuelles ! Après cette brève introduction, pour présenter Camille Corot, j’ai pris la direction du limousin pour aller garder les petits créolisés !

Lors de ces séjours, je m’arrange toujours pour découvrir de nouveaux endroits ou des coins fantastiques que recèlent la Haute-Vienne, les Millevaches, la Corrèze ou la Creuse !

Là, j’avais en tête d’explorer le site « Camille Corot ». Afin de jongler avec les horaires de l’école, j’avais choisi le sentier des Feutrières pour avoir le temps de déguster à satiété cet endroit au bord de la Glane !

Bien sûr, dès le départ du parking du stade de Saint Junien où j’avais laissé la voiture, j’ai commencé à tourner en rond mais ça m’a permis de découvrir un semblant de fronton où on pouvait taper la pelote basque me semble-t-il ! 

Puis grâce à la carte IGN (je marche à l’ancienne, la GPSmania étant proscrite par mon inconscient reclusien), je suis arrivé au cœur d’une espèce de confrérie artistique qui avait dû réhabiliter les anciennes usines ! Magnifiques avec de jolis poèmes pour égayer le site !

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J’assurais mes premières photos avant de suivre le chemin emprunté par les feutrières (ouvrières travaillant le feutre pour ceux qui découvrent comme moi cette appellation). Il remontait doucement en direction du hameau de Sicioreix. Après une boucle qui louvoyait autour d’étangs secrets,  je retrouvais l'ancienne usine de feutres.

Là, le long de la rive droite de la Glane, ce ne fut que de l’enchantement.

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Bientôt j’arrivais  à hauteur du rocher où Corot immobile car sculpté dans la roche, me saluait sans trop m’adresser de reproches ! 

Je l’ai compris en détaillant son regard bienveillant. Je lui adressais mes excuses par-dessus la Glane pour l’avoir délaissé dans l’Essonne par exemple, juste avant l’arrivée d’un pêcheur itinérant qui, s’il m’avait surpris, aurait pu se demander si je n’étais pas un peu pec de parler à la roche nue !  

Puis je me posais sur une  solide table en rondins ! Pratique pour poser la bouteille de rouge ! Et c’est là que j’ai commencé à cogiter. Je trouvais la Glane exceptionnelle ! Mais il  y avait quelque chose qui clochait …

Après le ravitaillement, je décidais d’abandonner le sentier des Aubespins qui complétait celui des Feutrières car je voulais essayer de mesurer ce contraste entre la lumière formidable du ruisseau et son passage antérieur près de l’indicible !

J’ai continué  à assurer mes photos jusqu’à une écluse ou quelque chose qui ressemblait à ce type d’ouvrage puis je suis remonté vers le stade ! Parvenu à la voiture sans me tromper cette fois-ci, j’ai regardé la montre, pour voir si c'était réalisable ? Oui, c'était jouable !

Les ténèbres se trouvent à Oradour !

Je voulais prendre en pleine figure ce choc, où comment peut-on passer de la sensibilité lié à l’art à la folie meurtrière d’un massacre ?

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Les ruines d’Oradour permettent de visualiser le crime gratuit, la violence guerrière, à défaut d’en comprendre la rationalité ! Une seule fois en plein hiver, avant l’arrivée des premiers scolaires, je me suis retrouvé seul dans le village figé dans l’horreur !

Ce jour-là, j’ai pensé qu’en faisant appel à la morale, à la mémoire et à l’histoire, on ferait tout pour que ces crimes ne se reproduisent pas ! 

Aujourd’hui, j’ai de plus en plus de doutes ….

Voilà la raison qui a fait que j’ai changé mon programme initial de ma balade le long de la Glane.

Lorsque je suis arrivé  à l’entrée du village ruiné par la rue principale, le ciel était magnifique.  Et là, je me suis demandé comment on pouvait envisager l’acte criminel qu’ils soit  politique ou autre ?  

Déjà pour tuer légalement, il faut un gouvernement, une industrie de guerre, une armée, une police pour arrêter les déserteurs, et le must : la bombe atomique ! Des essais atomiques. Puis larguer des bombes atomiques. Et tout ce mic-mac guerrier effroyable se poursuit !

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Alors bien sûr, j’ai une pensée attristée pour ces gens qui ont cessé de vivre  à cause de la barbarie nazie, pour ces enfants que l’on a privé à jamais du plaisir de rire !, pour ces espagnols massacrés qui avaient échappé aux criminels et aux tueurs de Franco, l’immonde Franco, mais j’ai aussi  une pensée pour tous ceux qui se font massacrer aujourd’hui encore et toujours,  et une pensée pour ceux qui demain  vont se faire massacrer …

Parfois par des gens bien, parfois par des miliaires bien, aux ordres ou en roue libre  (il suffit de lire Les crimes de l'armée française en Algérie 1954-1962 de Vidal Naquet pour comprendre que tous les militaires sont des gens bien.) sans oublier parfois par des tueurs ordinaires comme les SS !

Ah, j’allais oublier les donneurs d’ordre bien sous tous les rapports !  Ceux-là, ce sont les pires car ils se protègent derrière la raison d’état car  ils savent que des historiens complaisants les excuseront en arrangeant les mémoires falsifiés ou oubliées !

 Alors combien d’Oradour aujourd’hui et  combien d’Oradour demain ?  

Je continuais ma réflexion pour passer derrière le mausolée ! Une plaque indiquait le nom du criminel en chef  le général Heinz Lammerding, commandant de la division SS Das Reich, responsable des massacres de Tulle, d'Oradour-sur-Glane et d'Argenton-sur-Creuse. 

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Cet homme finira paisiblement sa vie  en chef d’entreprise respectable et mourra dans son lit en 1971, la conscience tranquille … 

La suite de mon interrogation, je l’ai terminé doucement avant d’aller acheter un livre non pas sur l’histoire, je les ai à peu près tous lus  mais celui-ci car je ne le connaissais pas :  Oradour le roman d’un procès de François Guéroult !

Extrait de l'opuscule "Le Massacre d'Oradour sur Glane par les hordes hitlériennes"  édité par le Front national (l'authentique ! Rien à voir avec  celui des fascistes). Avec l'autorisation de Jean Pierre Cremon, fils et neveu de Résistants FFI - FTP ean Pierre Cremon Extrait de l'opuscule "Le Massacre d'Oradour sur Glane par les hordes hitlériennes" édité par le Front national (l'authentique ! Rien à voir avec celui des fascistes). Avec l'autorisation de Jean Pierre Cremon, fils et neveu de Résistants FFI - FTP ean Pierre Cremon
  Comme je suis arrivé une bonne demi-heure avant la sortie de l’école, sur la parking. j'ai relu cette communication de l’Agence France Presse :

(…)  L’avionneur doit déjà livrer 28 Rafale à la France entre 2022 et 2024. (…) Le montant de la commande des douze appareils d’occasion et six neufs par Athènes se situe « entre un et deux milliards d’euros » selon le cabinet de la ministre.

Mais bon sang si on fabrique des armes en France et dans le monde, c’est pour s’en servir  sinon elles vont rouiller ces armes de destruction massives mais surtout absurdes. Mais pour fabriquer des armes, il faut des cerveaux, des techniciens, des ouvriers aussi !

Désolé mais j’avais un cousin qui était ingénieur chez un fabricant d’armes ! Lorsqu’il m’a expliqué son métier, je ne savais pas quoi lui dire en l’écoutant débiter son flot d’imbécilités pour justifier ses actes de criminel à venir. L'inconscient ! Je ne l’ai plus jamais revu tellement son discours kafkaïen était pitoyable ! Etre aussi brillant pour sortir autant de sornettes ! Quelle triste vie …

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On dit souvent que les pacifistes sont très cons parce qu’ils sont hors de la réalité. Pour avoir lu le livre de guerre le plus célèbre au monde, je vous laisse deviner de quoi je parle, je préfère passer pour un con que de donner un blanc-seing à des criminels même par procuration !

Mes deux petits créolisés préférés Ainhoa et Eneko, n’étant toujours pas sortis, j’ai consulté mes SMS.

Incroyable, j’ai reçu cet article du Populaire que m’ont envoyé mes deux compagnons acéristes (de l’ACER !) Jordi et Nico. J’ai eu juste le temps de le lire lorsque la cloche a sonné …

L’article en question évoquait Oradour sur Glane.

Un historien espagnol avait sorti de l’oubli Ramona Dominguez Gil accompagné de ce titre :

Une 643 ième victime du massacre.

C’est l’historien David Ferrer Revull avec l’aide des Archives départementales de la Haute Vienne qui a mis à jour l’identification de cette  nouvelle victime inconnue de la barbarie nazie.

On trouve l’ensemble de cette affaire sur la toile ou sur le blog de mes amis de l’Ateneo Republicano du Limousin.

Incroyable ce dénouement qui allait clore cette sortie "sol  y sombra" sur la Glane !

Le lendemain, mes deux petits-enfants n’ayant pas école, logique puisque nous étions mercredi, nous sommes partis avec leur accord, je précise, pour une nouvelle « lumière et ténèbres » à Nexon.

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La lumière s’allumait grâce au fantastique Terra Aventura « En selle pour suivre la piste de Nexon » que les deux petits conclurent brillamment en flashant le QR Code au milieu des rochers au cœur de ce parc remarquable qui se trouve derrière la mairie de Nexon.

Moi, dans ce jeu de pistes, je n’assure que les photos, les gamins gèrent eux-mêmes le parcours et le GPS (même si j’ai toujours la carte IGN dans le sac à dos)   !

Puis sans rechigner, mais il est vrai qu’ils sont vraiment adorables, ils m’ont accompagné jusqu’au camp de concentration de Nexon que je cherchais depuis un moment (merci à la jeune demoiselle de l’office de tourisme qui me l’a indiqué en notant son emplacement sur la carte qu’elle m’a donnée).

J’ai garé la voiture devant la gare et là nous avons exploré les alentours tout en découvrant la formidable exposition sur l’histoire du camp de Nexon : des indésirables espagnols jusqu’à la rafle des « juifs » du 29 août 1942  à Nexon !

Cette rafle survenue quelques semaines après la rafle du Vélodrome d'Hiver, fut réalisée en zone dit libre, par les sordides collabos de Vichy.

Je bouclerai plus tard un chemin de la mémoire théorique pour approfondir cette découverte.  

Et voici la dernière réflexion d’Eneko (6 ans)  à propos du camp. Comme le camp de Nexon a été détruit en août 1944, entre le cul de sac de l’impasse Jean Moulin qui coupe le supposé chemin central du camp entre la gare et la stèle, après avoir lu les mentions portés sur la stèle,  Eneko m'avait dit : « Et bien donc Aitatxi, ça a bien changé depuis car il y a des maisons à la place du camp ! »

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Mais à l’avenir il faudra que je fasse attention aux mots que j’utilise car Ainhoa (bientôt 10 ans) est aussi une férue d’histoire et Eneko n’est pas en reste.

Et comme, nous avons l’habitude d’arpenter en randonnée les chemins de la Résistance lorsque je suis de garde en Limousin, il faudra que je reste vigilant car mes dires sont paroles d’évangile si je peux utiliser cet artifice,  pour les deux !  

Nous avons déjà parcouru les flancs du Mont Gargan mais il faudra y revenir pour boucler le Terra Aventura qui s’appelle « La bataille du Mont Gargan » au départ de Saint-Gilles-les-Forêts.

Une autre fois, nous avons été en balade pour aller voir cet incroyable acte de résistance où le sang-froid et le courage de Georges Guingouin furent à leur apogée dans la nuit du 8 au 9 mai 1943 au Palais sur Vienne lorsqu’il a saboté l'usine de caoutchouc Wattelez qui travaillait pour les allemands.  

J’ai voulu finir par ce rayon de lumière afin de garder en tête que si la guerre est criminelle avec son lots d’atrocités, la résistance est l’essence même de la  vie de l’être humain même si le courage comme disait  Camus n’est pas quelque chose de naturel, bien au contraire !  !

Quant à mes deux petits-enfants, j’ai repris les prénoms Ainhoa et Eneko que je leur ai donnés dans la trilogie romanesque que je finis d’écrire !

Leur créolisation (merci au camarade Édouard Glissant pour ces brillantes explications du Tout-Monde de demain !), que je raconterai dans le roman, plonge leur imprévu dans :

  • la déportation de millions d’africains qui a servi en triangle à l’accumulation primitive capitaliste via les célèbres ports négriers de France
  • la guerre d’Espagne avec les camps de concentration de parias en France que ma famille a inauguré dès 1936 !

Mais comme dit le camarade historien Hubert, ils sont le produit authentique créolisé de ces histoires fussent-elles dramatiques !

Et en ce qui me concerne, ils font un brillant, amusant même en ce qui concerne Eneko, pied de nez aux galéjades eugénistes propagées par le Front de la Haine qu’ont déjà initié par le passé les fascistes français et qu’ont conceptualisé dans l’horreur la plus incroyable, les nazis  à cause d’un peintre raté !

Ah s’il avait eu le talent de Camille Corot notre peintre raté !, il n’aurait pas écrit « son combat » à la con de perdant radical selon la formule Hans Magnus Enzensberger, et cela aurait permis à 50 millions de personnes de vivre un peu plus longtemps !

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Alors chassons les ténèbres pour retrouver la lumière et pour cela rien ne vaut un bon chevalet pour rester comme Corot au château d’If  !     

 

 

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