Les Landes : la découverte ou l’ignorance ?

15 octobre 2020 - Médiathèque de Tarnos – 19 heures. Ce soir-là, le conférencier s'appelle Jean-Jacques Taillentou. Il présente son travail qu'il a consigné dans un livre qui s'appelle la Petite histoire des Landes.

Après avoir présenté la soirée, le maire communiste de Tarnos, Jean-Marc Lespade, céda le micro à Jean-Jacques Taillentou, l'éminent spécialiste des Landes !  

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Le célèbre historien-géographe allait nous raconter les Landes, ses Landes, ce département géant méconnu même par les landais. Pour les passionnés ou les amoureux de mon genre, il suffira de compléter les blancs que Jean-Jacques Taillentou a volontairement laissés de côté en lisant ou en étudiant son dernier livre, "Petite histoire les Landes". 

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Chose assez incroyable, je possédais une belle collection de son œuvre mais je n’avais jamais rencontré l'écrivain car c'est ma mère qui m'achetait ses livres lorsque nous vivions en région parisienne. 

En feuilletant deux jours avant la conférence, l' "Histoire du Marensin de l'Antiquité à la révolution", j’étais tombé sur la dédicace suivante alors que je n'y avais jamais fait attention  : 

« À Marc  que ce voyage dans le temps soit fructueux… et surprenant, je l'espère ! À Lit-et-Mixe, le 21 juillet 2003. JJ Taillentou ».

Puis un jour, j’ai croisé Jean-Jacques Taillentou à Tarnos. Là, je l’ai interpellé ! Chose qui m'a surpris moi-même car tout le monde ne s’appelle pas Nicolas, mon camarade reporter de l’ACER pour aborder ainsi les gens ! 

J'allais enfin pouvoir réaliser un rêve éveillé comme le suggèrent les psychanalystes : écouter Jean-Jacques Taillentou en conférence. 

Depuis ce rêve s’est réalisé par deux fois ! Et même trois si la conférence à la Maison des Barthes de Dax n'avait pas été annulée pour les raisons que tout le monde connait. Pourtant, je n’y croyais plus guère car dans mon imaginaire, les gens qui écrivent aussi bien l'histoire, ne peuvent être que des séniors ! Et s’il n’y avait pas eu la mutation tarnosienne de ma petite basquaise de femme, précédée de la mise au rencart des cycles Kondratieff de ma force de travail cognitive de type gorzienne, jamais je n'aurai imaginé le rencontrer à la frontière du Pays basque ! Car je pensais que Jean-Jacques Taillentou, comme ma sœur Fafou, évoluait dans une sphère bâtie autour d’un à-priori que je situais aux environs de Cameleyre. 

Et c'est grâce à ce retour au pays natal comme l'avait si bien raconté Aimé Césaire dans son cahier, que j'ai retrouvé une mémoire gasconne en Marensin ! Moi aussi …

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Tant que mon esprit était occupé à vagabonder au coeur de ce formidable pays de lacs, de marécages et de courants, le Marensin, j'en profitais pour saluer le formidable musée des Landes d’Antan de Lit-et-Mixe. 

Sans oublier d'adresser un clin d’œil obligé à mon éternel compagnon de marche, Élisée Reclus, car le géographe anarchiste était un grand connaisseur des Landes. 

Comme Jean Jacques Taillentou fait référence à Élisée Reclus à la page 104 de son livre, j’ai choisi un autre passage où l'on découvre un Élisée tout jeune qui parcourt notre pays landais avec son frère Onésime.  ("Les Landes à vol d'oiseau") :

« Le voyage des Landes que j'ai fait avec Onésime a été l'un des plus instructifs de ma vie. J'ai vu les dunes dans toute leur magnificence,

(…) celles de Mimizan, qui entourent la ville comme une falaise circulaire et non pu être arrêtées qu'après avoir déjà enseveli nombre de maisons.

Jamais non plus je n'ai vu la mer si belle qu'à la barre d'Adour et à celles du Vieux Boucau. Vue du haut d'une dune, la mer semblait un tournoiement du Niagara.»

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Notons que les Reclus n’ont jamais  véhiculé l’image de terres désolées, se contentant de décrire les paysages de marécages, de forêts, de dunes, d'étangs et de courants sur les chemins le long de l'Adour.  
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Depuis ce retour récent au milieu des effluves de la résine, j’ai achevé de traiter mon inhibition gasconne, trop occupé que j'étais à essayer de convaincre des camarades de m’aider à reconquérir les territoires occupés par les impérialismes français et fascistes espagnols, territoires que mon grand-père avait bêtement perdus en 1937 ! Eh, oui Pépé n’avait pas pu résister à la sanglante croisade dite nationaliste pour amuser les bonnes âmes, qui fut bénie par ces deux pies bavardes le 11 et le 12 mais aussi par les corbeaux de l'apocalypse accrédités par sa sainteté Isidro Gomá y Tomás,  le primat ou primate de Tolède.

Ma sœur Fafou avait compris très tôt qu'elle n’était pas basque lorsqu’elle devint institutrice du côté de Cameleyre.  Pourtant moi-aussi, j'avais connu cette grande époque lors de mon passage chez les Francas :  les bals gascons, Los de Nadau  que j'avais vus à Lit, aujourd'hui devenus de simples Nadau, les Perlinpinpin Fòlc, mais rien n’y faisait, je voulais être basque illusionné par le soi-disant côté révolutionnaire d’un Euskadi libre ! (J’ai déjà abordé ce sujet dans des billets précédents !)

Les Nadau  à Linxe en 2019 Les Nadau à Linxe en 2019
Et c’est en longeant l’Adour comme les muges du côté de Saint Laurent de Gosse ou de Saint Barthélémy que j’ai retrouvé mes racines naturelles !

Avant je marchais avec des groupes basques Zapeta Xilo ou Atsulai, ou encore avec Sébastien en Gipuzkoa et en Navarre. Comme ils maîtrisaient l'euskara, pas besoin d'évaluer ma basquitude puisque je parlais en français avec eux ! Et c’est lorsque j’ai parcouru la montagne basque, seul, que le choc sismique se révéla. C'est là que j'ai pris conscience de mon refoulement. 

Comme Saül, ce pleureur célèbre, personnage biblique majeur s’il en est !  Saül était un hérétique qui détestait le christianisme jusqu’à ce qu’il prenne en pleine tronche une lumière aveuglante sur le chemin de Damas. C’est bien sûr Dieu qui a allumé la torche divine pour transformer le mécréant en Saint devenu Paul par la suite. Quand je dis que je suis un spécialiste des textes sacrés (Ancien testament et l’actualisé) personne ne me croit ! 

Eh, bien moi la lumière divine, je l'ai encaissée au sommet du pic d'Orhy en même temps que la foudre mais je suis toujours là !

Aujourd'hui, lorsque je croise un basque près d’une ferme tôt, il me salue en me disant "Egun on". Surpris, je réponds la même chose car  cela ne sent absolument par les égouts, non ?  Et le soir  au retour, lorsque j’entends "Ikus arte", je comprends qu'après une rude de journée de labeur, le paysan basque souhaite aller se coucher après avoir regardé Arte. Quant à l'évolution des cultures au pays basque, il est évident que ce sont les haricots qui ont pris le pas ! Ils prononcent très mal mais c’est normal pour des basques. A chaque balade, j'entends Herriko par ci, Herriko par la ! Et comme je suis toujours coco, le herriko me va bien ! 

Les basques je les aime bien, même si je ne les comprends pas, mis à part ma petite basquaise préférée et mon grand copain Sébastien qui crèche à Donostia avec sa Dulcinée et son petit amour ! 

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À la fin de la conférence aux petits oignons de Jean-Jacques Taillentou, je me suis dit que la grande Petite histoire des Landes  avait définitivement pris le pas sur la montagne basque. Il fallait à présent que je découvre les chemins de la révolte : les résiniers en 1906-1907, les métayers en 1919-1920 !  

Et certainement d’autres que connait le poète-gascon-historien-communiste-CGT, Jojo. Un jour, il m’a présenté un document exceptionnel avant de le remettre aux Archives départementales des Landes à Mont de Marsan. Il s'agissait d'un cahier de revendications ou de doléances des camarades CGT de Sainte-Eulalie-en-Born qui, en 1906, préparaient la riposte contre les propriétaires pour faire monter le flot cher à Charles Duffart mais aussi à  Jean-Jacques Taillentou au cœur du pignadar ou du pinhadar, Fafou corrigera. 

Lorsque j’avais consulté ce document, je voyais bien que mes camarades CGT landais étaient bien moins couillons que ce que les bien-pensants l'imaginaient ! Non seulement, ils savaient écrire, mais aussi réfléchir pour plus tard se révolter … et  parfois gagner !

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Ma petite basquaise de femme avait écouté religieusement la conférence même si elle n’a jamais eu d’à-priori défavorable sur les Landes. Au contraire, elle adore marcher au cœur des Barthes de l'Adour ou le long du littoral lorsque la vague hivernale s'envole au-dessus de la plage estivale défigurée. Elle m'avoua sur le chemin du retour qu'elle s'était régalée tout comme moi !  

Il faut savoir que les couleurs landaises sont aussi exceptionnelles dans la diversité des paysages ! J’ai redécouvert la forêt, les plages abandonnées, les vagues de l'Atlantique. Les courants, les marécages que nous avons traversés dans la nuit avec Jean Mi, l’hiver denier derrière Aureilhan (sauvés par Nicole et Fafou) . Les étangs, les rivières, le fleuve Adour aussi, les dunes barkhane qui vous agressent le mollet car les Landes sont tout sauf plates. 

Sans oublier le Tursan le pays, le vin de Geaune aussi qui n'a rien à voir avec le vin jaune pour ceux qui ne connaissant pas la petite bastide. Les coteaux de la Chalosse et  les coteaux de Chalosse avec pour couronner le tout, l’Armagnac bien sûr !

En revanche, pour ceux qui ne cessent de répéter : « Dans les Landes il n’y a rien à voir, il n’y a que des pins ! », je conseille pour débuter le tour des trois marais d'Orx, le tour du lac de Léon et le courant d'Huchet.

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Pour clore ce billet, j'ai ajouté une dernière remarque bien gasconne. C'est Pascal, un copain d’Hagetmau, qui l'avait balancée au moment de trinquer, après la sévère défaite que nous venions d'encaisser lors d'une partie de pelote basque à main nue dans notre Trinquet de Saint-Brice-sous-Forêt dans le Val d'Oise : «  Allez, à l'intelligence parce que vous les basques la santé vous l'avez ! »  

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Voilà c'est fini, la Médiathèque de Tarnos avait refermé ses portes !

Merci Jean Jacques pour cette leçon passionnée et passionnante, distillée par un amoureux de ce pays assez extraordinaire ! Et grâce  à tes écrits, même Fafou a retrouvé la Mémoire dans le Marensin.

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