Marc Etxeberria Lanz
Harmoniste reclusien
Abonné·e de Mediapart

87 Billets

0 Édition

Billet de blog 18 mai 2022

Résistance dans les Landes

Avant de me lancer sur les traces de cette histoire, j'ai dû attendre que les divagations hivernales de l'Adour retrouvent un niveau acceptable, sinon il était impossible de déambuler à proximité ou au milieu des fameuses Barthes qui l'entourent. Les barthes sont des zones humides souvent inondées qui accompagnent de Pontonx à Tarnos la descente du fleuve vers l'embouchure.

Marc Etxeberria Lanz
Harmoniste reclusien
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Pour découvrir ces empleins ou ces territoires empreints d'harmonie reclusienne, il suffit de prendre un sac à dos et un appareil-photo.

Ici une discrète faune sauvage cohabite avec le célèbre domestiqué, le barthais, un  cheval local, au cœur d’une géographie  aujourd'hui humanisée. La récente colonisation du territoire par les cigognes et les aigrettes ajoute une touche nouvelle aux belles images figées de ma jeunesse landaise. 

Les barthes de Rivière-Saubusse

Après les débordements naturels du fleuve, un mot sur cet incontournable landais, l'Adour ! C'est un spécialiste de la géographie reclusienne, Jean-Jacques Taillentou, qui nous présente le fleuve dans le chapitre 6 de sa Petite histoire des Landes :

« L'Adour et son arborescence d'affluents courent à travers la moitié sud et sud-est du département. Cet entrelacs dense de cours d'eau souvent navigables fut une formidable aubaine pour les populations avoisinantes, pouvant magnifier leur productions agricoles et manufacturières en leur donnant un débouché vers d'autres régions landaises, mais surtout vers Bayonne véritable porte océane. »

L'Adour ayant enfin retrouvé son lit printanier intéressons-nous à présent à l'histoire. 

Pour réaliser cette première sortie, j'ai dû mixer deux circuits du Pays dacquois au départ du village de Téthieu : Le bois d'Ossens avec celui de la Stèle et de l'Adour

Comme les méandres du fleuve se " reptilient " dans ces parages, j'ai glissé dans mon sac à dos les deux cartes IGN qui épousent les ondulations du fleuve.

Bien sûr, ces parcours permettent d’apprécier le Rien pour les uns et le Tout pour les autres lorsqu'on laisse l'œil disposer de sa Liberté pour balayer l'immensité paysagère ignorée par celui qui ne vit que dans la réalité, car harmoniste reclusien je suis, harmoniste reclusien je resterai ! 

À Téthieu, j'ai garé la voiture près du Mémorial de la Résistance landaise qui fut inauguré le  4 septembre 2021.

Dès les premières photos de l'imposant monument où figurent les noms des Résistants morts pour notre liberté, déportés, fusillés ou tués au combat, la sculpture d'Alain Huth impressionne ! 

Ceux qui s’intéressent à la Résistance landaise connaissent l'incroyable action d' Henri Ferrand du 27 juillet 1944 en gare de Laluque

Et plutôt que de faire des commentaires historiques inappropriés, je vais laisser Henri Ferrand la raconter : 

« […] Je surveillais le train puisque j’habitais là dans le coin et je savais qu’il se formait petit à petit. Je me suis procuré des explosifs et quand je suis arrivé à la gare, à six heures, j’ai vu écrit sur le panneau des départs : « Train de munitions pour Rennes, départ à 21 heures » 

J’avais bien les explosifs mais c’était six heures et le train partait à neuf heures. Je vous assure que j’étais bien embarrassé parce que rien n’était prévu pour essayer de stopper ce train plus loin. Alors je suis allé au WC de la gare de Laluque et j’ai préparé mes explosifs. 

[…] Je regarde mon train de munitions qui était sur une voie de garage et je m’aperçois qu’il y avait une sentinelle qui, au bout du train faisait des allers-retours. Puis, à un moment donné, le type, au lieu de revenir en arrière, a continué à marcher. Je me suis dit : « C’est le moment ! »

[…] Le premier wagon était fermé, le deuxième était ouvert alors je suis monté sur le marchepied et j’ai mis un explosif dans le wagon. Il me restait un deuxième explosif au cas où ça raterait. Je regarde et cinq wagons plus loin, j’en aperçois un autre qui était ouvert. J’ai mis ma bombe et j’ai sauté du train. 
Je suis à deux mètres et trois sentinelles arrivent vers moi. J’ai regardé par terre comme si j’avais perdu quelque chose.

 
[…] Il ne fallait pas s’affoler. Je regarde toujours du coin de l’œil si ma sentinelle s’agite. Elle tarde à m’interpeller… je me suis éloigné et j’ai réussi à quitter les lieux comme ça. 

[…] J’ai dû revenir dans le courant de la nuit. Etant requis pour travailler sur les voies, je ne voulais pas qu’on me trouve manquant le lendemain. Les policiers nazis auraient tout de suite fait la liaison. Je m’en suis vu pour traverser la voie ferrée. Il y avait des débris partout. Dans la nuit, je ne voyais rien. Il y avait de la ferraille partout en travers. Ça a été terrible comme destruction. La gare ressemblait à un champ de ruines. Il n’y a pas eu de victimes. Tout le monde a eu le temps de rejoindre les abris. »

Incroyable action de résistance d’une audace folle qui me permet aujourd’hui de déambuler en liberté totale, je dis bien totale, pour ceux qui douteraient de ce fait ou auraient une certaine appétence pour le fascisme comme on le découvre aujourd’hui en France avec la représentante officielle du Front de la Haine ! 
Il faut lire Gérard Noiriel pour comprendre que les Pétain, Le Pen, Zemmour utilisent les mêmes mots, la même sentence à l'encontre de la différence qu'ils stigmatisent, la même haine de la personne humaine et la même adoration pour l’hydre qui enferme la raison : le fascisme ! 

C'est pour cette raison que je ne fais aucune différence entre les crapules actuelles et leurs modèles antérieurs. 

Et lorsque je vois les photos de ces jeunes fachos français qui tendent le bras à la Benito ou à la Adolf, j'en déduis que ces esquintés de la médiocrité veulent que leur évidente filiation soir reconnue !

Pauvres types qui se nourrissent de leur propre détestation pour accumuler autant de haine de l'autre et de la différence. Et que l'on ne vienne pas me dire qu'ils ne connaissent pas le dictateur à la moustache ridicule aux 50 millions de morts au bas mot ! 

Pour paraphraser Vladimir Jankélévitch, il ne viendrait à l’idée d’aucune bête de construire un camp d’extermination de sa chaîne alimentaire ! Il n’y avait qu’un cerveau tordu de l’homme pour programmer cette folie criminelle, des capitalistes pour financer l'horreur et des chercheurs pour la structurer industriellement !

Photos prises en argentique en 1979 en compagnie de Jean Mi mon guide d'un jour au coeur de l'indicible !

Alors lorsque je marche dans les pas des Résistants, je me fais tout petit car je mesure chaque fois la chance de ne pas avoir été enfermé dans un camp de regroupement pour parias espingouins comme mon père ou d’être né dans un camp de concentration comme quelqu’un que je connais !    

Après le traitement historique que j'ai pris le temps de détailler, je suis revenu dans ce formidable environnement pédestre classique guidé par les balises bleues du département français XL ! Elles sont une assurance tous risques pour l’égaré de la randonnée que je suis ! 
Et le conseil départemental a même poussé la coquetterie jusqu’à mettre de très jolis panneaux indicateurs dans la campagne lorsque des circuits se séparent ou retournent à leur point de départ. 

Au loin, j’aperçus la stèle perdue au milieu d’un espace vierge.

Une plaque à côté de la stèle raconte le drame : le maquis de Léon des Landes fut attaqué le 11 juin 1944 par les allemands qui voulaient venger la mort de deux soldats abattus lors un accrochage. 
Alors Léon des Landes fit sauter le dépôt de munitions, ce qui permit la fuite des maquisards. 
Mais lors des combats qui s’en suivirent, trois seront tués au combat ici-même et les quatre prisonniers seront fusillés au bois de Boulogne à Dax, c’est que nous verrons lors de la prochaine randonnée.

Pour évoquer la mémoire de ces personnes, je cherche systématiquement dans le Maitron  :

https://fusilles-40-44.maitron.fr/

Ensuite je tape le nom de ces personnes et découvre leur parcours et leur engagement !
Deux d’entre eux avaient  à peine 20 ans au moment de leurs exécutions mais les autres n’étaient pas bien vieux non plus !  ! 

Je ne vais pas jouer les historiens, je n’en ai pas les compétences, je laisse à chacun le loin de méditer sur ces actes barbares des nazis et de leurs collaborateurs bien français dont une racine pourrie continue de sévir après s'être refait une greffe policée. 

Quant  à Léonce Dussarrat ou Léon des Landes, il faut juste noter son nom car on le retrouvera à la fin de ce billet près du Mont Valérien

Pour cette deuxième sortie, dans les Barthes de Dax, j’avais attendu sagement que le fleuve retrouve un cours plus tranquille ! 
La stèle se trouve au milieu de parcours de randonnée magnifiques, d’où cette contradiction permanente entre une géographie apaisée et une histoire traumatisée qui accompagne toutes mes sorties harmonistes reclusiennes ! 

Je me suis garé au parking qui précède la Maison des Barthes à l'endroit où nous avions fait un Tèrra Aventura dans les parages avec Kepa, ce Citoyen du Monde définitivement  parti découvrir l’incroyable beauté du monde après en avoir terminé avec l'exploration de tous les gymnases du Neuf-trois ! 

Puis j'ai commencé par me diriger vers la stèle qui se trouve sur la digue qui empêche les débordements de l’Adour.

Devant la stèle, j’ai salué les quatre résistants à ma façon car il faut bien avoir en tête que les nazis et les fascistes  français leur ont volé leurs vies ! Ils ont payé très cher leur dévouement et notre liberté actuelle ! 

Le reste de ma sortie se raconte avec une accumulation de belles images ! Je ne savais même pas qu’il y avait une belle ferme avec de vrais vaches dans les faubourgs de Dax ! 

C'est ainsi que j'ai louvoyé au cœur des barthes avant d'achever une belle boucle d'une dizaine de 10 kilomètres. Mais comme la Maison des barthes en fin de parcours  était fermée, il faudra que j' y retourne.

Pour conclure ce billet, nous allons retrouver le grand résistant landais Léonce Dussarat dit Léon des Landes et son petit-fils, Pascal Convert que j'ai très bien connu ! 
En effet, lors de ma période politique agitée au lycée Borda de Dax, en classe de Première, Pascal Convert était le délégué des élèves alors que ma mère était la déléguée des parents d'une structure de gauche, bien évidemment.

Et il fallait bien ces deux personnes pour sauver le jeune soldat communiste révolutionnaire en gestation de l'expulsion programmée ! 

Pour revenir à notre conclusion, avant de partir dans les Landes, j'ai eu la chance de boucler le GR 2024 qui fait le tour des portes de Paris. Aujourd’hui, il a été rebaptisé GR® 75

Ce parcours est absolument exceptionnel, il court sur 50 kilomètres mais il faut le coupler avec d’autre traversées de Paris (T2 et T3) pour le magnifier !

Lors de l'étape qui passait près de la Porte d'Auteuil, on m’avait interdit le passage du GR pour ne pas déranger les pousseurs de balles jaunes qui montent au filet ! 
Qu’à cela ne tienne j’avais contourné le site avec grand plaisir pour monter dans un premier temps dans les vignes de Suresnes avant d'arriver à l'entrée du Mont-Valérien.

Et là j’ai immédiatement rembobiné cette belle histoire !

Ma mère était venu voir la Cloche de Pascal Convert qui rend hommage aux fusillés du Mont-Valérien.  
Mais en arrivant devant la guitoune, la jeune fille préposé aux visites lui expliqua que seules les visites collectives étaient autorisées.
Alors la brillante syndicaliste lui raconta sa propre histoire en expliquant à son tour qu'elle était venue spécialement voir le chef-d'œuvre historique de Pascal et surtout qu'elle ne savait pas si elle reviendrait un jour à Paris vu son âge.

Pour finir, elle insista sur le fait que l'article de L'Humanité ne précisait pas le point évoqué par la jeune fille.  

Photo de la Cloche, sculpture de Pascal Convert, prise en argentique aujourd'hui scannée !

À la fin de cette négociation entre personnes subtiles, la jeune fille ferma la boutique, mit un mot sur la porte et nous fit visiter le Mont Valérien. Nous étions tous les trois seuls dans ce lieu si particulier où toute la violence de ces criminels nazis, suintait dans tous les coins de la clairière aux fusillés en passant par la petite chapelle ! 

Pour conclure ce billet, j'ai acheté La constellation du Lion de Pascal Convert pour me replonger dans une histoire complexe que l’on n’imagine même pas !  

Léon des Landes était aussi ce  Lion des Landes FFI qui ne faisait pas l’unanimité du côté du Boucau et de Tarnos, FTP.

Un jour, j’ai assisté à une conversation entre ma mère et sa camarade Cécile à ce sujet !

Et Cécile n’était pas tendre avec le personnage pour d’évidentes raisons politiques.

J’ai écouté mais je n’ai rien dit.

Ma mère m’a beaucoup parlé de cette période mais elle m’a toujours demandé de garder ces histoires pour moi. Et j’ai toujours respecté ses souhaits !

La lecture du livre de Pascal Convert fut édifiante ! Léon des Landes était un héros de la Résistance landaise et point barre !  

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Budget
Le « paquet pouvoir d’achat » ne pèse pas lourd
Le gouvernement a confirmé une série de mesures pour soutenir le pouvoir d’achat des fonctionnaires, des retraités et des bénéficiaires de prestations sociales. Mais ces décisions ne permettent pas de couvrir la hausse des prix et cachent une volonté de faire payer aux plus fragiles le coût de l’inflation.
par Romaric Godin
Journal
Assurances : les résultats s’envolent, pas les salaires
Depuis plusieurs mois, des mouvements sociaux agitent le monde des assurances où les négociations salariales sont tendues, au niveau des entreprises comme de la branche professionnelle. Les salariés réclament un juste partage des bénéfices, dans un secteur en bonne santé.
par Cécile Hautefeuille
Journal — Gauche(s)
Éric Coquerel : « Je veux travailler davantage sur l’évasion fiscale »
Élu au terme d’un scrutin à suspense, le nouveau président insoumis de la commission des finances revient sur la manière dont il envisage son mandat. Il promet un changement de pratique profond.
par Pauline Graulle
Journal — Écologie
Des élus veulent continuer de bétonner en paix
Des élus locaux, qui ont le pouvoir de rendre constructibles des parcelles de terre, mènent la fronde contre de nouvelles dispositions les empêchant de bâtir à tour de bras. Mais la protection des terres et du vivant ne devrait-elle pas constituer une priorité plutôt que de construire un nouveau centre logistique ou un énième hypermarché ? 
par Jade Lindgaard

La sélection du Club

Billet de blog
Lettre d’un électeur insoumis à un électeur du RN
Citoyen, citoyenne, comme moi, tu as fait un choix politique mais qui semble à l’opposé du mien : tu as envoyé un député d’extrême-droite à l’Assemblée Nationale. A partir du moment où ce parti n’est pas interdit par la loi, tu en avais le droit et nul ne peut te reprocher ton acte.
par Bringuenarilles
Billet de blog
Quand le RN est fréquentable…
La dernière fois que j'ai pris ma plume c'était pour vous dire de ne plus compter sur moi pour voter par dépit. Me revoilà avec beaucoup de dépit, et pourtant j'ai voté !
par Coline THIEBAUX
Billet de blog
Quels sont les rapports de classes à l’issue des élections 2022 ?
On a une image plus juste du rapport des forces politiques du pays en observant le résultat des premiers tours des élections selon les inscrits plutôt que celui des votes exprimés. Bien qu’il y manque 3 millions d’immigrés étrangers de plus de 18 ans. L’équivalent de 6% des 49 millions d’inscrits. Immigrés qui n’ont pas le droit de vote et font pourtant partie des forces vives du pays.
par jacques.lancier
Billet de blog
Boyard et le RN : de la poignée de main au Boy's club
Hier, lors du premier tour de l’élection à la présidence de l’Assemblée nationale, Louis Boyard, jeune député Nupes, a décliné la main tendue de plusieurs députés d’extrême droite. Mais alors pourquoi une simple affaire de poignée de main a-t-elle déclenché les cris, les larmes et les contestations ulcérées de nombres de messieurs ?
par Léane Alestra