Et par voie de conséquence la guerre 14-18 !
Rappelons que la grande majorité des « socialistes » au sens large du terme, l'avait cautionnée tel Léon Jouhaux alors secrétaire de la CGT qui lorsqu'il rallia l’Union sacrée en 1914, proposait aux ouvriers de devenir des « soldats de la liberté » !
Des syndicalistes, même des anarchistes ont mis leurs convictions de côté pour bouter le "boche" hors de France !
Mais je n’oublie pas cette remarque de Louis Lecoin, le camarade CGT qu'on devrait apprendre à l’école :
« S’il m’était prouvé qu’en faisant la guerre mon idéal avait des chances de prendre corps, je dirais quand même non à la guerre. Car on n’élabore pas une société humaine sur des morceaux de cadavre. »
Et des balades s’imposaient dans ce département car l’Aisne est à mon humble avis le pays de la Randonnée comme le sont le Cantal et les Landes dans mon imaginaire reclusien !
C’est un pays de forêts, de vallons et de rivières qui enchantent le chemineau qui aime voir ce qui se cache derrière la vitrine historique aussi riche soit-elle !
Il m’est arrivé de louer ces paysages lorsque je travaillais en Picardie à des autochtones qui n’en étaient pas convaincus. Comme lorsque je disais à mes collègues picards que la baie de Somme était une des plus belles baies au monde !
Hélas ce territoire remarquable a été défiguré par cette foutue guerre de 14-18. Commençons cette dérive par une première halte à Coucy le Château avant de retrouver Vingré !
I Succès damné du Cousin Germain de la Grosse Bertha près de Coucy le Château
Ce jour-là, je partais à la découverte du site de Coucy pour convertir en réalité une image d’Epinal, qui m’obsédait depuis mon enfance, où l’on voyait Enguerrand sire de Coucy tenir tête au roi de France !
J’avais programmé une sacrée belle balade agrémentée d’un zeste de hors-piste comme à chaque fois que mon instinct de descendant de chasseur-cueilleur me reprend pour suivre la traces de gros animaux.
C’est ainsi que je me suis retrouvé à la sortie de la forêt de Saint Gobain au milieu d’un champ de colza avec un cerf d’un côté et les biches de l’autre ! Bien avant qu’il ne déguerpisse, l’animal majestueux me toisait !
Je décidai de le prendre en photo pour fixer son regard hautain mais avant qu’il ne s’élance, lorsque je déclenchais, un affreux bip-bip m’annonçait que la carte mémoire de l’appareil était pleine !
Comme un nul, j’avais laissé la carte mémoire dans le micro en transférant les photos de la balade parisienne de la veille que j’avais effectuée en compagnie de mon frère « prolétaire » de Liévin, Philippe !
Ce n’était que la troisième fois que je manquais l’immanquable : la rencontre exceptionnelle avec le roi de la forêt !
Mais là j’enrageais, et je ne pouvais plus prendre de photos.
Plus question d’aller voir le site des Prémontrés, je filais directement vers Septvaux avant de virer de bord en direction de Coucy !
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Et j’ai fini par me poser au cœur de l’emplacement d’une batterie monstrueuse ! Enfin, je l’imaginais car le cousin « Germain » de la « Grosse Bertha, n’était plus en place !
Bertha était le prénom du capitaliste allemand Krupp qui avait conçu des canons à son nom !
Désolé mais je ne connais pas le nom de la fille de Schneider, le capitaliste français fabricant de canons, je ne sais pas s’il y a eu une seule fille ou des filles !
Et comble de malchance, je ne connais pas les noms des filles de tous ces banquiers capitalistes qui ont gagné et la guerre et des sous !
Je ne sais même pas si Bertha la fille de Krupp était grosse, en revanche vu l’emplacement du cousin de la « Grosse Bertha », le canon « Fritz » cousin de Bertha devait être énorme !
Quelle folie pousse les hommes à diriger des intelligences scientifiques vers des œuvres de ce type : des canons pouvant balancer des obus à plus de 40 kilomètres, au jugé !
Pour qui ? Pourquoi ?
J’étais tombé par hasard dessus et sans l’incident du cerf, je ne l’aurai pas trouvée. C’est en consultant la carte IGN que j’ai tilté !
J’ai tombé le sac à dos et j’ai commencé à réfléchir à cette séance dirigée par les maîtres ! Quels maîtres ?
Tous ceux qui vendangent leur inutilité sociale en échange de leur pouvoir égocentré de nombrilismes crapuleux !
En voici le rendu imaginé de cette inutilité sociale :
- L’innocent : Tu fais quoi comme métier ?
- Le maître : Je fabrique des canons
- L’innocent : A quoi ça sert ?
- Le maître : A faire la guerre !
- L’innocent : Et toi, tu fais quoi comme métier ?
- L’autre maître : Moi, je fabrique des cerveaux ! On me livre des enfants ! Je les trie en fonction de leur pedigree. Les cerveaux élitistes, je les bichonne pour qu’ils puissent plus tard construire des canons, les cerveaux plébéiens, je leur apprends juste à se servir d’un canon !
- L’innocent : Mais pourquoi vous faites ces choses inutiles ?
- Les deux maîtres : Mais tu es vraiment un innocent ! Pour gagner de l’argent ! Tiens, beaucoup d’argent ! Énormément d’argent car une Main invisible nous a consacrés comme Maîtres du Monde. Une fois qu’on arrive à un niveau de canons satisfaisant, il faut bien les utiliser ! Alors on demande à nos copains qu’on a placés comme chefs de la Patrie de déclencher une guerre. Régulièrement, pour assurer la rotation. Et lorsque les canonniers commencent à contester, on leur dit de ne pas s’inquiéter, qu’on va faire d’eux des hommes avec des médailles à la clef pour les plus performants !
- L’innocent : Et pour ceux qui ne sont pas d’accord ?
- Les deux maîtres : Mais tu es vraiment un modèle d’innocence ! Les pacifistes comme Louis Lecoin, il y a les prisons qui les accueillent ! Quant aux canonniers qui refusent de tirer, on les fusille pour l’exemple ! C’est pour ça que l’on dit aux enfants de la Plèbe de bien travailler à l’école, les meilleurs auront le droit de bichonner le canon et puis les autres la chance de tirer au canon. Tu vois on n’oublie personne. Les mauvais élèves, on les prévient, ils savent que s’ils ne suivent pas les cours, il y a la prison qui les attend ! Les plus récalcitrants, les rebelles ou les malchanceux, on les tire au sort, et ils reçoivent les balles de leur copains pour annihiler leur médiocrité !
- L’innocent : Mais c’est absurde !
- Les deux maîtres : Non c’est logique ! C’est la loi du plus fort ! Attention à toi tout de même ! Mesure tes paroles surtout si tu écris un article sur nos échanges, sois correct sinon on appelle les gendarmes et ils t’emmèneront visiter Vingré !
Pour sortir provisoirement du cauchemar, je me servis un dernier coup de canon bien agréable celui-là avant de rejoindre Coucy !
II Vingré et les fusillés pour l’exemple !
Au départ de Vic sur Aisne c’est une très belle randonnée ! Il ne faut pas manquer d’explorer les carrières de Confrécourt même si le point central de la sortie reste le village miniature de Vingré.
J’étais parti une première fois reconnaître les lieux afin de la refaire plus tard avec différents groupes pour que les amis se rendent compte de l’absurdité guerrière.
En 14-18, le soldat français était attendu de face par une balle allemande et de dos par une balle d’un sous-officier ou d’un officier français et en cas de désertion, par un gendarme français, il avait peu de chance d’en réchapper. D’où la collection incroyable de monuments aux morts où l’on lit la bien hypocrite : « Morts pour la France ! ».
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Pour illustrer ce billet, j’ai retenu la balade effectuée en compagnie de Mikel, Marie, son neveu Seb, du groupe des Xitaké, Jordi de l’ACER (que je ne présente plus), Pascal des Harmonistes du Trinquet, Laure et Patrice les nouveaux gardiens amiénois de la Mémoire de la Charte d’Amiens !
Au cœur du village, des fantômes criminels en uniforme venaient hanter ces lieux ! Car ici, un conseil de guerre avait condamné à mort des soldats pour mieux justifier l’incurie d’un officier !
L’affaire est connue, je n’y reviens pas !
Mes camarades découvraient les lettres et les portraits des six soldats fusillés qui sont placardées sur six façades différentes de six habitations ! Impressionnant. Sur les six lettres, un seul soldat remettait en cause cette horrible méprise, et la trahison des militaires dont voici l’extrait :
(…) Dernière lettre de moi, décédé pour un motif dont je ne sais pas bien la raison. Les officiers ont tous les torts et c’est nous qui sommes condamnés à payer pour eux. (…) !
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Au cœur du village, avec Jordi nous sommes descendus à l’intérieur de la cave où les six hommes avaient passé leur dernière nuit. Une nuit entière sans possibilité de fuite, horrible !
Jordi prit la pose pour rendre l’horreur de cet instant. Un monument en face de la cave rappelle que ces « fusillés pour l’exemple » le 4 décembre 1914, ont été réhabilites !
Ces soldats payaient de leur vie, la sinistre absurdité de la guerre que ce corps d’inutiles armés s’ingénient à faire avec la vie des autres ! Tant qu’ils porteront des fusils, je dirai la même chose à leur sujet.
Plus complexe, à midi au moment de tomber le sac à dos, on a pu constater que tous les problèmes abordés ont donné lieu à des débats contradictoires, et c’est tant mieux ! Plus surprenante l’alliance gaulliste spontanée, inédite entre Jordi et Marie mais je ne pourrai l’évoquer car cela nous éloignerait du sujet !
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Découvrant l’enfermement des soldats dans les carrières de Condrecourt, on sait aujourd’hui qu’ils n’avaient que très peu de chances de se rebeller tant leurs faits et gestes étaient épiés ! Restent ces sculptures pour repousser une mort prochaine !
III Direction le Chemin des Dames
Environ 40 kilomètres pour rejoindre ce site grandiose qui a vu l’offensive Nivelle du 16 avril 1917 se diluer en une farce macabre qui laissera 160 000 figurants sur le carreau (chiffre estimé par les historiens sur la période du 16 avril au 5 mai), soit l’équivalent morts à quelques epsilon près, de la bombe atomique d’Hiroshima !
Les chiffres de ces massacres m’ont toujours impressionné ! Pour me rendre compte de l’ampleur, je les rapporte au nombre d’habitants de villes comme Dax ou Bayonne tellement c’est effrayant !
J’ai toujours du mal à imaginer l’horreur surtout lorsqu’on parcourt des sites aussi paisibles ! Mais je n’oublie jamais ces pauvres gosses, allemands, anglais, français, sénégalais, marocains et tant d’autres qui sont venus se faire « trouer la paillasse » comme disait ma mère !
Première reconnaissance
Par un temps glacial pour un mois de juin qui ressemblait à cette météo de ce funeste mois d’avril 1917, je désertai la tente familiale dressée dans le Parc de l’Ailette. Mon épouse et les deux enfants transis de froid se blottissaient à l’intérieur de l’habitacle !
Le joli circuit que j’avais tracé consistait à découvrir le territoire à l’inspiration.
Première surprise la découverte de ce monument discret où je lisais : Ici fut Ailes
Le village avait été entièrement détruit et jamais reconstruit !
Un peu plus loin, ce furent les fantômes de l’abbaye de Vauclair, qui m'accueillirent car le village de Vauclerc-et-la-vallée avait été englouti sous les bombes !
Je m'engageai dans la forêt de Vauclair en faisant attention car un copain de Guise m’avait dit qu’il était risqué de s’aventurer dans ces endroits bourrés de munitions qui ne demandaient qu’à servir !
C’est le même copain qui m’avait proposé de rencontrer le père Jean-René Courtois, gardien de la mémoire des poilus et des ruines de l’abbaye, mais n’étant pas historien, j’avais décliné l’invitation car je ne voulais pas le fatiguer avec mes questions à l’emporte pièces, une de mes grandes spécialités !
Je me suis contenté de ce montage pour saluer son œuvre au cœur de l’abbaye !
Après avoir photographié les ruines, je découvris de belles étendues au-dessus de Neuville-sur-Ailette avant de plonger vers Chamouille.
Craonne en compagnie des Xitaké !
J’avais délimité le circuit au cœur d’un territoire historique bien précis : le vieux Craonne, Craonnelle, le monument des Basques, la Ferme Urtebise, l’abbaye de Vauclair, le monument de Haïm Kern et l’observatoire pour finir !
Je m'étais appuyé sur l'étude de Noël Genteur l’ancien maire de Craonne, qui avait remis les choses au clair à propos de de cette immonde boucherie décidée par de vieilles badernes galonnées.
Validée par des politiques inconscients comme le sont ces « au-dessus- des-lois », représentants des seuls intérêts de la bourgeoisie, classe sociale usurpatrice, destructrice de bien commun et donc de vie sociale !
Grâce à ses écrits sur Craonne et sur cet épisode meurtrier, j’ai appris un tas de subtilités que l’histoire officielle occulte ou passe sous silence ! Par exemple, il ne dit pas mutins mais Révoltés !
Mon vieux camarade Roland, m’ayant offert « Le Grande guerre Inconnue » de François Roux avec ce sous-titre : « Les poilus contre l’Armée française ! »
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Dans ce billet, je devais aussi évoquer Yves Gibeau qui est enterré au cimetière du vieux village de Craonne !
Le véritable Craonne, celui dont la légende noire fait encore de nos nos jours trembler l’institution !
Yves Gibeau est aussi l’écrivain d’«Allons z’enfants ». J’avais acheté le livre au hasard lorsque j’étais encore dans ma période « marxiste-léniniste » avec en point de mire la Révolution au bout des fusils !
Dans ma piaule de Nanterre du Foyer Jules Siegfried, j'ai commencé à le lire à 21 heures et je l’ai terminé au petit matin. C'était la première fois que cela m'arrivait !
D'où l’importance de ce livre que je garde comme une « bible » personnelle ! Merci Yves Gibeau pour ce cadeau inestimable.
J'ai arrêté ce groupe de petits marcheurs plus occupés à rouscailler qu’à s’intéresser devant le monument des Basques.
Non pas pour saluer mes origines incertaines mais pour raconter la folle épopée de Vincent Moulia qui avait échappé par miracle à cet acte classique en ces temps absurdes : « Fusillé pour l’exemple » à la suite des rébellions de la « Chair à canon » de l’offensive Nivelle sur le Chemin des dames !
Tiré au sort pour comparaître devant les habituels justiciers criminels, il est condamné à mort le 7 juin à Maizy.
Le baraquement où il est retenu prisonnier est bombardé ! Il s’enfuit. Et après un périple assez extraordinaire via Paris, il finit par se cacher dans son village natal : Nassiet dans les Landes !
L’ensemble de cette histoire fut racontée par Pierre Durand, journaliste à l’Humanité, aujourd’hui décédé : Vincent Moulia – Les pelotons du général Pétain aux éditions Ramsay.
Lorsque j’ai appris cette histoire, j’ai immédiatement fouillé la librairie parisienne spécialisée de Paris jusqu’à tomber sur la Librairie Gay Lussac !
« Hélas me dit le libraire trotskiste, les Éditions Ramsay étant en liquidation judiciaire, le livre a dû être pilonné ! ».
Pour me consoler, il m’ a proposé Vie et mort de Léon Trotsky de Victor Serge que j’ai fini par acheter !
Quelques jours plus tard, je racontais cette histoire à ma mère qui connaissait le nom de Vincent Moulia parce que ses camarades CGT et communistes des Landes l'avaient accompagné afin qu'il obtienne une réhabilitation officielle.
Elle en toucha un mot au camarade André Curculossse ! Et le miracle eut lieu à compter de cet entretien !
André Curculosse possédait encore trois exemplaires du livre de Pierre Durand. Il eut la gentillesse de m’en faire parvenir un exemplaire.
La vie se résume parfois à une simple histoire de livres.
Pierre Durand et Yves Gibeau furent des plumes qui ont bouleversé ma vision guerrière de la Révolution. Sur ces paisibles et merveilleux chemins, j’avais enjambé 160 000 cadavres !
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Derrière l’abbaye de Vauclair, Jean l’aviateur me sortit d’une foutue fondrière où je m’étais bien enfoncé. Sans son intervention, je n’aurais pu raconter cette chronique pacifiste.
Dès 1912, la Grande muette demandait au politique de mettre en œuvre une répression sévère à l’encontre de ceux qui s’élèveraient contre la vérité officielle.
Je me suis toujours demandé si j’appartenais à la même civilisation que ces hommes politiques qui avaient fomenté ces meurtres légaux !
Je repense à cette histoire que me livra un jour mon beau-père Peio !
L’instituteur pacifique ayant dirigé des soldats qui se battaient contre leurs frères en Algérie. C’est un ministre de la Défense qui passe en revue des soldats basques.
- Lieutenant basque interrogeant un soldat : Soldat Antton, que représente pour vous la Patrie ?
- Soldat Antton : La Patrie, c’est ma mère mon lieutenant, c’est elle qui me nourrit, et je suis prêt à mourir pour elle !
- Lieutenant basque : Bien, très bien soldat Antton et vous soldat Txomin ?
- Soldat Txomin : La Patrie, c’est la mère d’Antton mon lieutenant ! »
Fermez le ban ! « Maudite soir la guerre » ! Et la patrie ? Une pure invention.
La preuve : fils d’immigré espagnol, j’habite la France, parle le français (seule langue que je maîtrise) mais je suis avant tout citoyen du monde.
Et lorsqu’on me branche sur le sujet, je sollicite mes ancêtres cueilleurs-chasseurs qui évoluaient au cœur d’un territoire sans frontière. Ils ignoraient la propriété privée et se contrefichaient qu’un prophète à venir naisse en Palestine ou qu’un autre aille faire des bonnes affaires du côté de Pomarez ou de Saint Justin (celle-là je la dédicace à mon pacifiste de beau-frère).
Après la superstition, la sédentarisation et le vol historique ont donné naissance à tous ces parasites qui ont su s’entourer d’ilotes près à tout pour être à la droite du père et du Saint-Père tout en devenant un pair du royaume !
Si vous contestez ces dires je vous renvoie vers des spécialistes comme Pierre Clastres ou David Graeber !
Moi, j’avance …