Marcher en liberté assistée ?

Pour répondre à cette question, il faut d'abord être un inconditionnel de la randonnée. Pour ensuite se demander à quoi peut bien correspondre ce concept bizarre de liberté assistée ? GPS ou carte IGN ? Allons voir ce dilemme de plus près.

Il ne s’agit pas de polémiquer en opposant ces deux assistances. Je précise que lorsque la carte devient inopérante comme lors de la traversée des marais autour du lac d'Aureilhan en pleine nuit,  c'est bien le GPS de Jean-Mi qui nous a sortis de ce mauvais pas.

Il m'est arrivé exactement la même chose l'autre jour lorsque je ne pouvais pas traverser la lette noyée entre  Ondres et Tarnos pour rejoindre la plage salvatrice.

C’est encore le GPS de mon téléphone qui  m'a tiré du piège arachnéen toujours à la nuit tombée. Et là, la lumière est revenue lorsque j’ai lu : chemin de la Bidassoa - 3 Kilomètres 500.

Enfin rassuré, j'ai juste accéléré le pas y compris en traversant les derniers marécages rencontrés avant que n’apparaissent les premières lumières du centre hippique et donc de la civilisation. Dans les deux cas, le GPS a joué son rôle de bouée de sauvetage mais il faut dire que comme je n'avais jamais vu les Landes de mon enfance dans cet état ! Que d'eau, que d'eau !

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C'est en lisant le livre de David Breton Marcher la vie - un art tranquille de bonheur que m’est venu l'idée de commenter la liberté assistée. À la page 46 de son livre, voilà ce qu'en pense le sociologue randonneur :

« En ce sens, sauf exception pour ceux qui se sont sérieusement égarés, le GPS est contraire à la philosophie de la marche, il transforme le chemin en parcours, il le subordonne au but et le dissout pour le transformer en pur passage indifférent. Il efface la poétique du monde en le réduisant à une série des données numériques, l'écran captant d'ailleurs un regard qui ne se soucie plus du paysage ou de l'ambiance. »

On l’aura compris, cet outil de navigation n’a pas les faveurs de David Breton. Pourtant le GPS fait partie de la panoplie des groupes de randonnée.  

Le groupe des Imprévus est aujourd’hui guidé par Olivier qui utilise ce moyen depuis que les cartographes à l'ancienne, Jean et Michel ont été écartés par ces dames qui n'avaient pas confiance.

Pourtant je peux confirmer que tous les deux étaient des maestros de l'itinéraire en vadrouille. Jean l'avait démontré dans la traversée des Caps d'Opale et Mikel lors des dernières sorties en Seine-et-Marne. Mais bon les Pimpims du groupe historique du Collège Les  Mousseaux de Villepinte ont fait jouer leur 49.3 afin de marcher en toute sécurité.

La rumeur dans le Val-d'Oise a même propagé qu'Eric se serait équipé de cet outil. Mais je dois reconnaître que cet instrument diabolique qui enferme l’imaginaire dans un carcan structuré a tout de même des avantages. 

Lorsque Jean-Mi nous guide, mes yeux étirent le paysage pour laisser le temps à mon appareil photo d’opérer même si en ce moment il a de sacrés ratés car il ne déclenche que lorsque bon lui semble.

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Un petit bémol amusé en ce qui concerne le GPS.

Lors d'une belle virée en Navarre en compagnie de Pascale, de son Szgabooniste de mari Pascal, de Thierry et de Jean-Mi au moment où nous venions d'atteindre le sommet de l'Irubelakaskoa, deux randonneurs nous rejoignirent au sommet après avoir gravi l'Arrête de Castille.

Après les salutations classiques, ils nous expliquèrent que leur GPS ne fonctionnait plus et qu’ils ne savaient plus comment rejoindre leur point de départ situé à  Sumus ?  Alors Cirque des asphodèles ou plongée derrière Okoka Lepoa et sa belle chaussée des Géants ?

Afin de les aider  à faire leur choix, j’ai gentiment déplié ma belle carte IGN sur un rocher afin que le jeune homme prenne en photo ce qui l'intéressait.

Bon, j'en ai un peu rajouté pour me moquer légèrement de ces asservis de la technique car je reste persuadé que la randonnée à l'ancienne réserve encore de belles surprises. Moi je ne changerais pas ma structure mentale qui a été façonné par des années de colonie.

Rien à voir bien sûr avec l’exploitation et l'oppression de la folie impérialiste, non ces colonies étaient des modèles d’éducation pacifique drivées par les Francas. En ce temps-là on marchait sans cartes  juste à l'expérience, même en montagne,

J'ai découvert les premières cartes IGN chez mes parents ou chez mon beau-père Peio. Encore que ce dernier possédait une telle science du terrain que je l'ai rarement vu consulter la carte où les cartes qu'il possède encore aujourd'hui.

Urkulu dans le brouillard, repérée grâce à la science de Jean Mi ! Urkulu dans le brouillard, repérée grâce à la science de Jean Mi !
Peio et Jean-Mi possèdent cette science innée de l'orientation. Ce qui leur permet de se sortir  de se sortir de situations difficiles surtout dans la nébuleuse pyrénéenne de la montagne. 

À l'inverse je possède un handicap sérieux. En effet depuis le CM2 je n'ai toujours rien compris aux points cardinaux, aux longitudes et latitudes, à l'étoile du Berger et aux galaxies. Bref je suis une buse en orientation. La preuve j'ai fait deux  courses d'orientation dans ma vie et à chaque j'ai fini bon dernier.

C'est aussi pour cette raison que j'adore la chanson de Graeme Alwright : Jusqu'à la ceinture que j’ai chantée des centaines de fois en imitant Graeme ! Juste un bémol, je n’ai jamais su jouer de la guitare mais j’ai eu la chance de faire des séjours avec des copains qui eux étaient des maîtres dans ce domaine ! Allez on y va …   

Une nuit au mois de mai

Le capitaine nous montre un fleuve

Et c'est comme ça que tout a commencé

On avait d'la flotte jusqu'aux g'noux

Et le vieux con a dit d'avancer

(…)

Le lendemain, on a trouvé son corps

Enfoncé dans les sables mouvants

Il s'était trompé de cinq cents mètres

Sur le chemin qui mène au camp

Un affluent se jetait dans le fleuve

Où il croyait la terre tout près

On a eu d'la chance de s'en tirer

Quand le vieux con a dit d'avancer

La dernière fois que je l'ai chantée, j’étais encore occupé à patauger dans les marécages de l’Adour ! Alors je me suis transformé en dégonflé de Sergent plutôt que ce vieux con de capitaine d’une nuit au mois de mai !    

Lors d'une randonnée du côté de la Petite Venise briarde en compagnie de la Txapela Taldea,  le camarade Gilbert (ancien Franca lui-aussi) voulait en savoir un peu plus : 

«  Toi Marc tu maîtrises tout ça, l'orientation, la carte ? C'est super !

Et il n'allait pas être déçu : 

Tu vois Gilbert la seule chose qui m'a toujours sorti de l'embarras, c'est la carte IGN. et lorsque je sors de mon tracé théorique ou si je n'arrive plus à faire le lien entre mon positionnement sur le terrain et la carte, alors je suis perdu ! »

La tête de Gilbert, je ne vous raconte même pas. 

C'est pour cette raison que j'ai banni de mon vocabulaire les verbes qui n'ont aucun sens pour moi comme se tromper, se perdre, je leur préfère les génériques : rêver, cheminer, prendre son temps. 

C'est le chemin et uniquement le chemin qui permet de se retrouver. Alors à chacun sa façon d'être, de marcher et de penser, je me suis toujours interdit d’imposer ma façon d'appréhender la randonnée même si je reconnais, je me suis très mal exprimé par le passé.

Je vais donc illustrer ces propos en évoquant la dernière marche effectuée en janvier 2021. La randonnée classique offrait un parcours inédit : l'Ursuia au départ de Zelai quartier d’Hazparne !

Le quatuor était composé de Jean-Mi et de Christian deux énormes montagnards et aussi deux féroces marcheurs de l'insoumission intellectuelle, j'ai bien dit intellectuelle et rien d'autre.

Thierry au sommet de l'Ursuia Thierry au sommet de l'Ursuia
Celui qui complétait l'équipe n'était autre que le navarrais volant Thierry, que j'avais baptisé l'aviateur anglais lors des précédents billets qui évoquaient le Réseau Comète

Cette balade est magnifique car elle révèle des points de vue agréables de tous les côtés puisque l'Ursuia se trouve à l'écart du massif pyrénéen. Au loin, la neige colonisait encore quelques sommets des deux côtés d'un Euzkadi fantasmé. Enfin Ossau et Annie dominaient les arrondis d’Irati.

Près de l’Adour, c’est l'Ossau-Boucau, et en montagne c'est l'Ossau-Irati.

Je n'avais pas oublié la touche historique avec la stèle des évadés de France.

Saluons ici la mémoire de tous ceux qui ont fui la dictature fasciste du criminel infâme Pétain pour ensuite traverser l'Espagne fasciste avant de rejoindre Gibraltar après mille et mille et une péripéties.

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Beaucoup de jeunes gens courageux ou des malheureux parias qui tombaient sous le statut du 3 octobre 1940 se lançaient dans l’aventure !

Pour ceux qui ignorent de quoi il retourne, il suffit de demander au front de la haine d'expliquer ce que cela fait de porter une étoile jaune lorsqu'on est considéré comme autre chose qu'un Hominidé. Une rouelle, une patte d'oie, une étoile ou tout autre signe distinctif pour hiérarchiser l'infamie depuis que des tarés valident une quelconque supériorité raciale ou autre 

Heureusement, et je le répète, il y a eu des gens courageux, des passeurs basques qui ont mis leur vie en danger pour baliser les chemins  de la Liberté

Après une très belle traversée, nous avons trouvé une table qui allait permettre de profiter de ce moment pour échanger en dégustant les produits made in randonnée. Je savais que cette table existait mais j’ai eu du mal à la trouver tout simplement parce qu'une fois n'est pas coutume j'avais oublié ma carte IGN.

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La conclusion de ce billet est simple : il n’est pas question d’opposer le GPS à la carte IGN, la randonnée en groupe à la randonnée en solitaire. Ayant expérimenté toutes les formes par le passé, je ne dirais même pas où vont mes préférences, cela n’aurait aucun intérêt car ce qui compte c’est de randonner.

 

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