L'illusion dépassée de la sacro-sainte Structure !

Ce billet raconte la concrétisation hasardeuse d'une histoire qui s'est mise en marche en s'affranchissant de l'absurdité de la norme, il y a de cela 30 ans. Et cette anomalie se poursuit encore aujourd'hui !

Pourtant au départ aucun d'entre nous n'appartenait à une chapelle ou à une quelconque association avec son lot de tiques en toc qui les parasitent habituellement ! On avait juste en tête un imaginaire ambulant sans direction précise. 

Bon d'accord, il ne s'agit que de randonnée mais cette histoire vaut tout de même la peine d'être racontée puisque les sacs à dos se portent en ce moment en mode dégradé ou sont parfois à l'arrêt durant cette période particulière.   

b-ossau-207-1-231
Alors comment marche cette destructuration ? Difficile à expliquer car il faut tout d'abord solliciter la chance. Ensuite, il faut l'apprivoiser si l'on veut que l'acte fondateur fusionne le non-conventionnel avec la rencontre hasardeuse. 

Et ça ce n'est pas toujours évident ni naturel !

Car tous ces concepts vont à l'encontre de toutes ces théories labellisées dans ce monde promu par ces formidables grimpeurs de cette cordée magnifiée alors qu'ils ne sont que de simples illusionnistes, de beaux parleurs, ou parfois de simples bonimenteurs qui détestent le bien commun. Mais je ne vais pas m'attarder sur l'histoire sans intérêt de ces anti-sociaux à sang froid qui l'ont aujourd'hui totalement perdu !

C'est un banal temple de la raison qui nous a réunis. Où se trouve-t-il ? Mystère car même l'irraisonné de cette histoire n'a pas d'origine certaine. On pourrait tout de même  le situer au pied du Temple de la philosophie cher à Jean-Jacques Rousseau du côté d'Ermenonville pour ceux qui ont besoin de certitudes.  

Les personnages raisonnables qui ont donné naissance à cet impensé ont tous été estampillés par le hasard : 

Txomin fut le découvreur

Éric le fameux Gourou,  le premier accompagnateur

Pascal le Chouchou, le frère de Txomin fut mon point d'entrée. 

Une fois de plus c'est bien un concours de circonstances qui va construire notre pérégrination atemporelle. 

Car après avoir vérifié mes sources auprès de Txomin, ce dernier m'a bien confirmé que la rencontre historique a bien eu lieu à l'automne 1991 ou au printemps 1992. Logique puisque l'ainé des biarrots s'est par la suite envolé chez  Gilles Servat en 1992 en écoutant cette ballade : " je dors en Bretagne ce soir !". 

Je rappelle au passage à Jordi et à tant d'autres qui se mélangent les lacets, que balade avec un L se marche alors que ballade avec LL s'écrit en vers ou à l'endroit pour se poétiser et même se chanter comme notre barde basque à nous Txema !

Et nos troubadours occitans se sont baladés en s'accompagnant de leurs ballades !   

Quant à nous, si Txomin n'avait pas été jouer au tennis de table près de notre grange dimière qui sera bientôt l'annexe principale de notre temple de la philosophie, le temporel raisonnable de cette aventure ne se serait pas révélé.

Après la constitution de ce quarteron de jeune héros à la retraite, excepté Pascal, je vais relater trois colloques internationaux que nous avions organisés lorsque Éric a eu l'idée de monter ce Groupe Philosophique ès Randonnée (le fameux GPR), un soir d'agapes clandestines toujours dans notre repaire.

Et pour respecter les consignes éditées par Jean Mi, je m'en tiendrais uniquement à ces trois rencontres.

Le Premier colloque international se situait au-dessus du gouffre de la Pierre-Saint-Martin

Éric et les canadiens Éric et les canadiens
Il réunissait de jeunes Canadiens, des Australiens, des Américains dont une camarade chauffeuse de taxi à San Francisco et une avant-garde éclairée d'Espingouins-Gauchistes (car nous avons tous les quatre des rhizomes espagnols) pour rester dans l'ambiance "Castor Junior "actuelle.

Le thème de ce colloque était centré autour d'une question qui pourrait paraitre irrationnelle mais qui était essentielle aux yeux et surtout aux oreilles de nos amis canadiens.

Ils désiraient connaître l'influence ou le poids de la soupe aux choux dans la pétaradante filmographie française ! Les réponses apportées eurent l'air de les satisfaire. Nos jeunes amis Canadiens assurant la traduction en anglais à nos amis américains et australiens. Et le bruitage aussi bien sûr !

Mais cette histoire ne fut pas anodine car le lendemain, nous entendîmes glouglouter nos amis québécois  Le Glaude et La Denrée dans le brouillard des Arres d'Anie au dessus du gouffre de la Pierre Saint martin, alors que nous étions dans les choux ! 

Le second colloque se déroula dans un coin perdu à la limite du Larzac et des Cévennes

grh-235
L'animatrice Nicole, d'obédience communiste nous proposa un nouvel éclairage sur la guerre des Gaules et la domination impérialiste des Romains.

Un intervenant d'origine italienne, du Trentino même, le fameux Jean-Mi, eut même l'outrecuidance de soutenir la thèse du colonialisme bienfaiteur de ses ancêtres. 

Quant à Éric il doutait de l'intervention stratégique de Titus Labienus pour sortir Jules César du piège dans lequel l'avait enfermé les Bellovaques.

Grâce  à ce colloque, on sait à présent que Messalla Corvinus nous a battus, nous les aquitains-espingouins-xarnegou  en 28 ou 27 av. J.-C. d'où la tour d'Urkulu qui orne ce sommet important de la montagne basque  ! 

Le troisième colloque international avait investi la montagne jurassienne 

Pour prendre de la hauteur après la conférence de Valérie Pour prendre de la hauteur après la conférence de Valérie
Il aurait pu tourner au fiasco lorsque la très réactionnaire intervenante, Valérie Prêtresse, lança un anathème violent à l'encontre de tous les professeurs et instituteurs de France et de Navarre ainsi qu'aux autres fonctionnaires qui étaient pourtant ses principaux clients.

On n'est pas à une contradiction près lorsque au seigle, on préfère l'oseille et le blé. Elle avait dû faire les grandes écoles en compagnie des premiers de Corday comme Charlotte, pour être aussi inconsistante.  

Les premiers couteaux de Corday qui mettent en second la charlotte sur la tête, c'est promis c'est la dernière fois que je la recycle !  

Mais revenons à la madame la Procureure ! Son discours était tellement pitoyable qu'elle avait réussi à énerver Alain, notre envoyé spécial bigourdan, lui qui est d'habitude d'un calme olympien.

Et si elle se met en marche notre Valérie,  c'est de la graine (pour rester entre l'oseille et le blé) de ministre de l'enseignement supérieur tellement elle fut pitoyable ce soir-là !

Nos pauvres apprenants belges étaient complètement déboussolés en entendant ces rengaines classiques sans intérêt anthropologique ! 

Alors pour les sortir de leur torpeur dans laquelle la Prêtresse les avaient plongée, nous leur avons proposé d'étudier la triste histoire des sorcières au Pays basque. 

Et ça tombait bien car ils connaissaient parfaitement le pays, en particulier Zugaramurdi et Urdax, ces villages basques où eurent lieu d'authentiques chasses aux sorcières.

De véritables possédées, ces sorginak-gauchistes, pourchassées par un autoritaire déjanté qui aurait rendu fou Lacan et Freud tellement il était hystérisé force 6 sur l' échelle de Richter. 

Un Pierrot dans la lune  qui avait jeté l'ancre. Aussi Rosse le gui que la Valérie !

Mais nos amis belges en ressortirent enchantés. Et ils conclurent : « Nous étions venus dans le Jura pour étudier l'histoire de ce pays et on ne s'attendait pas à voyager au pays des basques. Mais il faut reconnaître que ce fut passionnant ! »

Bien sûr il y a eu d'autres d'autres colloques internationaux qui ont balisé le chemin  mais comme j'ai fait vœu de concision, je vais m'arrêter là ! Lorsque nous avons pris possession du temple de la raison, nous avons poursuivi l'œuvre spirituelle de la négation de l'autorité et du pouvoir absolu afin de la partager et de la mettre à disposition.

Réunion de travail dans le Gers ! Réunion de travail dans le Gers !
Un séminaire dans le château du Grand Meaulnes des Dolare de la Forge fut nécessaire pour intégrer les correspondants et les intermittents du camino despejado dont deux d'entre eux, Xebo et Patxi ont fini par exporter leur dimension sociale à l'étranger.

Mais le concept de la grange aux dîmes est resté, transmis par des vecteurs authentiques pour continuer à philosopher et à marcher sur une période de 30 ans. Oui, nous avions choisi les bonnes voiles pour apprivoiser les vents favorables afin de traverser ensemble ces allégories de bonheur partagé. 

Mais il serait impossible et même prétentieux d'essayer d'expliquer comment on arrive à constituer un groupe qui n'en n'est pas un. Après ce dont je suis sûr, c'est que cet atypisme sociétal est bien plus fréquent que l'on ne l'imagine y compris dans des domaines plus consistants que la philosophie randonneuse. Mais le marketing qui promeut l'oseille et le seigle n'a aucun intérêt à faire de la publicité pour cette décélération intellectuelle qui serait dit-on à contre courant ?  

Tu penses bien que de parler à longueur d'antenne goebbelsienne de Gobineau, Drumont et de leur héros criminel Pétain, c'est ça qui va te faire progresser l'intelligence sociétale moyenne !  

Quant à notre lancement sur les chemins de l'autre histoire, nous le devons à Txomin. Au départ, il s'en va dépanner un copain en allant jouer une partie officielle de Tennis de table à côté de la grange aux dîmes dont il ignore tout de l'histoire.

Et lorsqu'il découvre notre futur sanctuaire, Txomin met en pratique la philosophie de son père Michel qui lui avait certifié que : « Ne rien faire ne lui avait jamais fait peur ! ». 

Il faut juste réfléchir  à la portée de cette phrase. Car chaque individu dans n'importe quelle cordée doit se demander ce qu'il en ferait surtout devant la brièveté de la vie. Txomin, lui, a compris que l'on ne vivait qu'une fois ! Et que dans la vie, contrairement aux allégations de certains farceurs,  il n'y a pas de redoublants ! 

Après Txomin, vint Éric qui avait fini par diluer sa puissance physique en une incroyable puissance intellectuelle (d'où son appellation contrôlée de gourou que lui a donné Patxi). Comme il ne serait pas raisonnable de lister toutes ses interventions humanitaires sous peine d'encaisser en retour une violente diatribe, on en restera aux portes de l'imaginaire de sa théorie.

Notons simplement qu'Éric est un élément indispensable dans la constitution d'un groupe qui n'en est toujours pas un ! Éric est un personnage atypique qui fait progresser le Groupe lorsqu'il immisce sa forte personnalité à l'intérieur ! 

Enfin j'ai gardé Pascal pour la fin car j'ai eu la chance de le croiser l'autre jour dans un territoire communiste n'en déplaisent à tous les pisse-froids qui s'attablent autour de la carcasse du bien commun que les rapaces nécrophages considèrent comme dépassé.

Je vais juste raconter cette anecdote pour montrer combien l'apport transcendantal de Pascal sort de l'ordinaire.

Dans la vallée de l'Epte Dans la vallée de l'Epte
Depuis que je marchais autour de Tarnos, je n'avais jamais réussi à trouver le passage au milieu des marécages qui encadrent un triangle indéfini entre Tarnos, Boucau et Bayonne.

Et bien il a suffi de la venue de Pascal en ce mois de février 2021 pour découvrir un chemin étroit, banal, anodin qui longeait la confluence de ruisseau sur notre gauche et d'un ancien moulin sur notre droite.

L'improbable chemin se faufila discrètement entre une rangée de platanes avant de remonter vers les champs cultivés à la frontière de Bayonne. Le bienvenu nous permit de rejoindre le mont Parnasse à hauteur de Saint-Étienne, un quartier de Bayonne et plus loin Castillon du côté de Tarnos. 

Le bilan globalement positif de 30 ans de plaisir partagé, la structure ayant toujours été en grève illimitée. 

Il ne s'agissait pas ici de démontrer la pertinence de cette expérience. Ni de saluer les performances de la démocratie directe. Non, simplement, rappeler la pertinence de la théorie de  Txomin qui a toujours estimé que la randonnée n'était qu'un prétexte, et que ce qui comptait, était tout simplement le partage de l'instantané.

Les correspondants et les intermittents en mission. Les correspondants et les intermittents en mission.
Et lorsque le quatuor et les nombreux correspondants se retrouveront, la philosophie-autre se prolongera une nouvelle fois.

Certes les correspondants permanents à l'étranger étrangers ne viendront pas. Mais on se rendra compte de notre évolution avec modération pour ne pas importuner les autres. 

Avant le départ de nos deux correspondants permanents à l'étranger en Asie pour l'un et en Euzkadi pour l'autre Avant le départ de nos deux correspondants permanents à l'étranger en Asie pour l'un et en Euzkadi pour l'autre
Et je n'ai pas oublié Txema notre correspondant chargé des relations avec le transcendantal incertain. Hélas, à part notre ascension mythique du Txindoki, il ne nous a pas souvent accompagnés à cause de cette mission difficile que nous ne lui avons jamais confiée. 

Alors Txema pour te saluer comme il se doit : comme ils disent en chalosse, ainsi soit Tilh !

Ce billet pourrait s'apparenter  à une fable à cause des nombreuses métaphores qui l'occupent ! Certes, mais derrière l'ironie masquée se cachent des évidences que ne partagent pas tous nos compagnons

Pour appuyer cette analyse, je vais conclure avec cette dernière anecdote. Lorsque nous possédions des titres officiels lors de la gestion de la grange aux dîmes, en particulier Éric et moi-même, nous avions détruit le pouvoir après nous en être emparé.

Mais pour que la chose reste silencieuse, nous avions nommé un roi ! Mais pour ne pas être importunés, le roi était nu ! A lui la représentation, à nous l'utilisation du pouvoir qui n'existait plus sous sa forme antique.

Pour ne pas l'affecter et le divertir, nous lui avions laissé ses sceptres magnifiques qu'il arborait sous forme de truelle ou de pinceaux ! C'était aussi un excellent animateur et très bon allumeur de barbecue ! 

Mais pour partager le bonheur il vaut mieux une bonne démocratie directe avec son corollaire le pouvoir abandonnée ou laissé de côté.

Et comme dans toutes les fables, il me faut conclure par une morale.  Pour cela, j'ai sollicité ma philosophe préférée Hannah Arendt

Comme je revendique mon statut d'Espingouin-Gauchiste, rien de mieux que ces vers de la camarade apatride trouvés dans :

Heureux celui qui n’a pas de patrie !

La blessure du bonheur
veut dire stigmate, et non cicatrice.
Seule en témoigne
la parole du poète.
La fable écrite par lui
est demeure et non refuge.
 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.