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Toujours harmoniste reclusien et rabelaisien au 1 janvier 2025 !

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Billet de blog 28 décembre 2025

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L’Harmonisme reclusien découvert en chemin

Ce n'est pas en lisant en lisant Bourdieu, Graeber, Clastres ou Sahlins que cette belle histoire m'est arrivée mais plus simplement en mettant mes pas dans ceux des deux géographes et de ce philosophe oublié, assassiné par des criminels ordinaires

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Je viens de déposer cette philosophie sur le quai de la gare de Puyoô afin de lui permettre de prendre le train de l’Histoire.

Car l'Harmonisme reclusien a éclairé notre  quotidien durant une très longue période. Mais il est temps de tourner la page pour découvrir une nouvelle poétique, révélée par hasard grâce à la créolisation de nos trois petits enfants qui poursuivent l'exploration du Village-monde.

Ce billet raconte cette philosophie ambulante révélée au fil des kilomètres parcourus, à pied bien évidemment. Toutes ces randonnées ou balades ont révélé l’Inconnu en littérature et en histoire sans oublier notre perpétuel accompagnateur bénévole : la Nature !

Illustration 1

Une première alerte eut lieu à Lyon, le long du quai Romain Rolland. Guidé par Iban, le grand spécialiste de la cité des Gaules, je prévins les cousines d’une prochaine suspension provisoire de la marche lorsque je suis entré dans chez un bouquiniste

Là, instantanément j'ai revu le chat gris de ma grand-mère, Marthe Descoustey. Bizarrement, elle l’avait appelé Bakounine car même si elle ignorait tout du bonhomme, elle entendait régulièrement ce nom lorsque j'écoutais Le Chien de Léo Ferré que j'avais découvert au lycée lors de ma période agitée. De plus, ce joli chat gris avait horreur de l’autorité.

Seule ma grand-mère arrivait à le diriger, et j'adorais lorsque le soir venu dans le quartier de la Vieille Poste à Tyrosse, lorsqu’elle l’appelait : « Bakounine rentre vite maintenant, je ferme la maison ! »

Et puis un jour, un sale type, notre voisin, l'a tué d'un coup de carabine. Ma mère l'avait emmené chez le véto, pas le tueur, le chat mais la balle mal placée empêchait toute intervention ! 

Triste histoire que la mort de Bakounine ! 

Ma grand-mère avait eu du mal à se remettre de ce drame et même Vanille, le chat qui avait suivi malgré sa douceur trompeuse, n'avait pu le remplacer.

Lors de cette randonnée en ville,  je cherchais de la documentation sur les événements de 1870 qui eurent lieu à Lyon. 

Je demandais alors à la libraire un livre sur l'éphémère Commune où le géant russe avait joué un rôle. Et là, elle me trouva un guide quelconque sur la ville de Lyon !  

Quel âne !, j'aurais dû lui préciser ce que j'étais venu chercher.

Et après avoir fouillé dans les rayons histoire, je n’avais rien trouvé. Pour ceux qui veulent aller plus loin pour étudier cette histoire particulière de Lyon, il faut vraiment lire Guillaume Davranche.

À 19 ans, tout ce qu'avait écrit Marx était parole d’évangile puisque j’appartenais au noyau éclairé et éclairant de la Classe ouvrière.

Alors pourquoi s'être lancé à l'époque dans une lecture aussi complexe ? Eh bien tout simplement parce que le camarade Althusser, avant qu’il ne pète les plombs et ne dézingue sa meuf, avait écrit dans l’introduction de la seconde bible clandestine que de personnes ont lue : 

[...] les prolétaires seraient plus à même de comprendre le Capital du fait qu'ils font directement l'expérience de l'exploitation.

[...] c'est la théorie de la plus-value, que les prolétaires comprennent sans aucune difficulté, parce que c'est tout simplement la théorie scientifique de ce dont ils ont l'expérience quotidienne : l'exploitation de classe.

J'avais galéré pour lire le livre premier du Capital et bien plus tard j’avais relu Bernard Maris qui avait parfaitement réussi à rendre cette vulgarisation à la portée de tout un chacun avec son Marx, ô Marx, pourquoi m'as-tu abandonné ?, avant que des timbrés ne l’assassinent avec 12 autres personnes  au sein des locaux de Charlie Hebdo le 15 janvier 2015.

Pour la petite histoire, j’ai racheté l’année dernière le Manifeste avant de partir à Taïwan mais sa relecture m’a laissé sur ma faim car les écrits de Reclus, de Kropotkine, et pour finir Landauer, étaient passés par là ! 

Mais commençons avec Pierre Kropotkine.

Je connaissais à peine son nom et puis un jour, j’ai reçu un cadeau de  mon  camarade CGT, Tatave, La conquête du pain préfacé par Élisée Reclus avec en couverture une ébauche d’un croquis de Paul Signac, rien que ça ! 

Pour les nuls en histoire de l’art, je précise qu’Au temps d'harmonie de Signac est un tableau qui s’appelait à l’origine, Au temps d'anarchie avec ce sous titre : " L'âge d'or n'est pas dans le passé, il est dans l'avenir ".

Après Octave, ce fut  au tour de Nico, le bibliothécaire ambulant de l’ACER d’intervenir. Il m'avait procuré Autour d'une vie, livre qui fut publié dans la collection Bibliothèque Sociologique des éditions Stock à Paris où Pierre Kropotkine évoque ainsi son ami  Élisée Reclus :

[…] L'homme qui inspire les autres mais qui n'a jamais gouverné et ne gouvernera jamais personne. 

Et lorsqu'un jeune collaborateur était invité à travailler à un chapitre de sa géographie universelle et lui demandait : « Que dois-je faire ?», Élisée Reclus répondait : « Voici les livres, faîtes comme il vous plaira ! ». 

Tout l'esprit d’Élisée Reclus est résumé dans cette dernière phrase, ni maître, ni disciple, chacun doit être ce qu’il est. 

J'avais abandonné définitivement l’étude du marxisme pur et dur qui, reconnaissons-le, m’avait beaucoup apporté. Je ne renie pas cette période mais lorsque j’ai commencé à mettre mes pas dans ceux des Reclus dans les Hautes-Pyrénées, j’ai définitivement tourné casaque pour reprendre une expression de ma mère ! 

Mais avant de poursuivre sur les chemins du communisme libéré, j’ai toujours pensé que tous les autocrates de tous les pays dans le cours de l’histoire de ce système économique vanté par ces assoiffés de sesterces, de pouvoir et de gloire ont toujours enfermé les idées avant d’essayer de les tuer. 

Il est bon parfois de rappeler qu’il existe une autre conception de notre monde qui m’a toujours passionné.

À mon sens, les soi-disant vainqueurs à qui on file des breloques ridicules  pour magnifier leur servitude et les premiers de la classe, sont détestables car ils ont tous besoin de tricher pour en arriver là et pour exister parce qu’ils ne sont rien ou sont nés avec des cuillères en argent ou pire en métal argenté à 2 euros le kilo ! 

Bref, au moment où je débutais la rédaction de ce billet, j'ai appelé mes amis pour une simple entraide intellectuelle bien dans la lignée de l’esprit de ces deux penseurs géographes socialistes pour rester dans l’appellation certifiée de Gustav Landauer ! Car si j’ajoute, anarchistes à géographes, tous les non-initiés vont avoir peur à force d’être à l’écoute des historiens et philosophes, chantres du roman national.

Cet arrangement à minima que l’on nous chante depuis notre enfance pour nous faire croire que l’Eden existe alors qu’on le sait, qu’à l'Eden, rien de nouveau. Il s’agit juste de penser différemment pour essayer de comprendre pourquoi ces sociétés dérangées, militarisées, policières, dénonciatrices à moindre frais attirent autant d'opportunistes qui sans s’en rendre compte, cessent de vivre pour se mettre aux services de ces accapareurs de bonheur d’exister tout simplement.

L’anarchie, que j’ai toujours appelé Harmonisme pour respecter la pensée imagée du foyen-orthézien, est une science sociale à l’opposé de la pire organisation mortifère de la société. L’association volontaire, le partage, l'échange, le bien commun appartiennent à tout un chacun sont des concepts naturels sinon nous ne serions pas là pour en parler (confère mes anthropologues préférés : Graeber, Clastres, McDonald ou Sahlins).

Certes l'individu est bien présent mais c'est le groupe qui le porte. Lorsqu'un élément s'écarte de la philosophie non écrite, non sacralisée, non légalisée mais élaborée naturellement parce qu'évidente alors que faire ?

C'est la force collective du groupe qui va redresser cet écart. 

Attention, je n’ai pas toujours été exemplaire dans cette démarche collective. Et lors d’une de nos dernières expéditions reclusiennes, je me suis parfois comporté comme une buse mettant en danger la joyeuseté  permanente de l'équipe.

A cette époque, j'étais tiraillé entre l'homéostasie harmoniste et une démarche purement stirnéenne que j’avais expérimentée depuis déjà deux bonnes années en jubilacion. Pire, j’utilisais en direct des moyens modernes de non-communication ou de communication factice que j’ai toujours dénoncés. 

Un scandale qui eut le don d’horripiler Jean-Mi ou Éric. Plus grave, je mettais en danger toute la philosophie ou l’esprit qui avait constitué le ciment du groupe. Heureusement, Txomin m’avait sorti une belle épine du pied lorsqu'il avait clôturé le débat avec cette évidence : « Pour moi la marche ou la randonnée ne sont que des prétextes, le but du séjour est de se retrouver ensemble et de partager ces instants, tous ensemble, le reste … » 

Comme quoi l'individu n'est rien seul, c'est toujours un groupe qui façonne les individus. Il en est de même pour la révolte c'est la révolte qui façonne les individus et non le contraire ! 

On n’a pas cessé de me balancer que je n'étais qu’un rousseauiste attardé car l'homme est un loup pour l'homme. Je balaie ces assertions d'un revers de main parce qu’à l’évidence un hominidé ne pourra jamais atteindre les dimensions sociales du loup. À sa décharge Hobbes ne connaissait pas William Godwin qui est né bien plus tard, mais imaginerait-on  un loup concevoir un camp d'extermination pour moutons ? 

Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Vladimir Jankélévitch qui l'écrit dans L'Imprescriptible réuni dans ces deux textes : Pardonner ? et Dans l'honneur et la dignité.

Pour moi, le groupe affinitaire est la première brique de la contestation qu’elle soit consciente ou inconsciente au formatage de ces sociétés de l’absurde.  Les deux géographes anarchistes prônaient l'intelligence de la vie qui passait par l'éducation, la conceptualisation du bonheur, le bien-être et l'entraide. Et je continue de penser que l'Harmonisme est la science évolutionniste de la société la plus pertinente.

Et pour moquer l'ambiance générale actuelle de ce monde qui marche sur la tête, oubliant la machine à remonter le temps de l'indifférence, je dois reconnaître que j’ai eu la chance de rencontrer un Dieu et un Maître, dans sa représentation passée, Élisée Reclus. 

Enfant de la classe ouvrière, je n'ai jamais oublié que si j'étais né dans une autre famille de réfugiés espagnols, j'aurai cousu de la "Stan Smith" à la chaîne au lieu d'étudier le Capital de Karl Marx ! Comme quoi, être né quelque part … 

Alors pour résister au conditionnement intellectuel de ces études formatées à la sauce capitaliste, je me suis enfermé dans une tour d’ivoire pour essayer de dépasser sur une échelle révolutionnaire des "hommes doubles" comme Victor Serge ou Daniel Guérin.

Pour cela je devais faire la synthèse entre l'autoritarisme du communisme de caserne et l'irréalité du communisme débridé et infantile dit libertaire. Quelle prétention ridicule ! Car si ces deux Authentiques de la Révolte libératrice avaient échoué, ce n'était pas un trublion à bâtardise révolutionnaire basque accolée à un gascon ressuscité qui allait y arriver.

J’ai alors abaissé mon curseur en me contentant de faire de l’action directe dans une organisation syndicale connue, la CGT et ce durant bientôt cinquante ans. C'est pourquoi je me porte intellectuellement comme un charme ; physiquement c'est autre chose, je ttanque

Eh oui, j'ai eu la chance d’appartenir à la branche historique de la CGT. Pour les nuls en Histoire sociale qui pensent que les congés, la Sécu ou les Droits des travailleurs sont arrivés par la hotte du Père Noël, j'ai mis cette info pour montrer combien ces mecs que tout le monde ou presque a oublié, sont pourtant des Historiques majeurs autres que les pantomimes royales ou les généraux criminels d’une domination colonialiste à la Renan ou la Ferry.

Ne comptez pas sur les enfumeurs des programmes d'histoire de la Soumission Nationale, cuisinée au wok pour vous en parler, alors j'ai aussi profité de ce texte pour saluer les camarades  Victor, Emile, Fernand, Pierre et Georges (Yvetot) qui n'ont cessé de peupler mon imaginaire réaliste révolutionnaire. 

Et, j'ai fini par solliciter Élisée Reclus dans ces quatre pèlerinages Harmonistes de Communist pilgrim de Sainte Foy-la Grande en passant par Orthez, la Suisse et pour finir, Quélern. 

Au retour de Limoges, j’ai refait à deux variantes près ce classique du genre : de la bastide de Sainte-Foy où l’on respire cet air reclusien à tous les coins de rue jusqu'à Pineuilh, où j’ai emprunté le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle !

Avouez que pour un pèlerinage de l’immanence-transcendantale, ça commence fort. Moi aussi je peux dire autant de conneries que les philosophes de la voyance comme ces nazes à la mode que je ne citerai pas !    

Deux kilomètres plus loin, toujours sur le chemin des étoiles des neiges d’antan, je repensais à ce blasphème (mort de rire !) proféré en terre sainte basque près de Saint Pied de Port, plus exactement à la chapelle de Soyarza située au cœur d’un paysage étourdissant se prêtant autant au rêve qu’à la méditation. Ce jour-là, en présence de Peio, l'ex plus grand guide de randonnée d'Euskadi, de Jean Mi, l’homme qui m’avait dévoilé l’Anarchie appliqué en Suisse et de Txomin, ce grand penseur basque qui disait comme son père que " ne rien faire ne lui avait jamais fait peur ", je consultais le livre d’or de la chapelle ! Et je fus assez étonné de voir que tous ces égarés de la conscience remerciaient une irréalité de les avoir fait souffrir ! N’y tenant plus, j’écrivis cette évidente réalité :

" Le GR 65 n’a pas besoin de scories irrationnelles, il se suffit à lui-même, signé un ancien de la Colonne de Fer, Bakounine ", sous les yeux scandalisés de Peio et amusés de Jean-Mi et de Txomin !

J'avais relu ma provoc' cinq ans plus tard puisqu'aucun pèlerin sérieux n'avait osé la biffer. Et lorsque j’y suis repassé avec Thierry, le petit navarrais à filiation cénétiste, l’ordre religieux avait fermé la chapelle ! 

Je redevins sérieux dans la traversée des vignes jusqu’au panneau où l’on pouvait lire les réflexions poétiques et philosophiques d’Élisée Reclus avant de revenir vers la Dordogne après un égarement coupable programmé par mon inconscience. La cité foyenne retrouvée, je pensais à ces Reclusiennes  qui sont organisées ici-même en juillet depuis 2013.

Puis plus tard d'agréables surprises m'attendaient ! Je reçus un livre envoyé par Éric ! Un sacré cadeau car il s'agissait d'un pavé qui s'intitulait Le génie des frères Reclus. Elisée Reclus : 1830-1905 de Gérard Fauconnier, l'orthézien. 

Illustration 2

Et depuis notre migration en Béarn, j’ai alors repris avec délectation mes balades reclusiennes car dans ce coin, il y a du Reclus à tous les coins de rue. Au retour, je me suis arrêté à l’extraordinaire librairie de Salies, Le Moment Librairie.

J’ai alors acheté le livre de Béatrice Giblin pour compléter ma collection  reclusienne. Et ça continue encore et encore avec le cadeau de Jean Jacques Taillentou Le littoral aquitain, Elisée Reclus. Et pour finir, je fus surpris de lire le joli message d'Edwy Plenel Voyage en terre d'espoir que j'avais acheté à Amiens pas loin du Temple-1906 de la Rue Rigollot, pour conclure avec Élisée :  

[...] Le plus original des géographes, précurseur de l'écologie politique et libertaire intraitable, figure évidemment au Maitron. Avec toute sa tribu tant la famille Reclus est une mine inouïe, où les engagements citoyens s'accompagnent d'audaces intellectuelles.

C’est lors de la dernière étape de la traversée des Monts d’Arrée à la Presqu’île de Crozon avec les Harmonistes du Trinquet que j’ai retrouvé le Fédéré Élisée Reclus enfermé ici-même avec ses compagnons d’infortune, communalistes ou communards.

Cette terre comme celle du Larzac avait été confisquée par l’armée, et puis un jour, comme pour la Septième Compagnie au Clair de lune, elle s’est retirée pour laisser la place à la traversée de la beauté paysagère de la triangulaire de Crozon. 

Enfin pour son exil en Suisse, mon professeur fut Jean Mi. Il avait commencé par me révéler la naissance de l’Anarchie au cœur des  Fruitières de sa région, la Franche-Comté et le Jura suisse.

Puis il m'avait fait rencontrer Proudhon à Besançon et Courbet à Ornans, avant de me conter sans jeu de mots l'histoire de l'industrie horlogère dans le Jura. Les visites de La Chaux-de-Fonds et du Locle avaient clôturé ma formation.

Illustration 3

Alors pourquoi ces villes suisses ? Tout simplement parce que ces sites racontent l'histoire des Internationalistes Constant Meuron,  James Guillaume ou Adhémar Schwitzguébel  de la Fédération Jurassienne.

Car après leur désastreuse exclusion de 1872  à La Haye, ils fondèrent alors l’Internationale antiautoritaire des Collectivistes révolutionnaires à Saint-Imier en septembre 1872 ! Quant à Reclus, il arrive en Suisse car le Communard est banni ! Fuera Eliseo, la France de la Réaction versaillaise ne veulent pas de l’intelligence, les capitalistes ont besoin d’une Force de Travail docile …  

Lorsque la Suisse accueille des réfugiés politiques, des proscrits de la Commune et des révolutionnaires russes, au milieu de cette belle équipe internationale, Reclus va commencer à s'occuper aussi de sa Nouvelle Géographie universelle. Et il va ainsi rencontrer un géographe anarchiste (encore !), Charles Perron qui est aussi un illustrateur génial ! Ce dernier dessinera plus de 3 000 cartes en noir et blanc et quelques-unes en couleur pour son camarade Élisée.

J'avais découvert Charles Perron dans le livre La joie d’Apprendre en compagnie de Reclus mais aussi de Kropotkine, (et oui quand on aime, on ne compte pas !).  Charles Perron pensait que l’éducation et l’instruction dispenseraient un progrès social qui irait vers la transformation de la société. Bon depuis que je viens de le relire, j’ai de sérieux doutes sur cette annonce même si ce n’est pas une raison pour se laisser aller. En 1876 Reclus et Perron voulaient créer des écoles libertaires et des universités populaires.

Mais j’arrête là car même si Reclus a aussi travaillé à une autre façon d’apprendre avec Francisco Ferrer ; et on sait  ce qui est arrivé au pédagogue espagnol, je ne vais pas ouvrir une nouvelle parenthèse car je dois repasser la frontière pour aller en Béarn ! 

Pour clore ce chapitre suisse, précisons que Reclus était un homme doux alors que Jean Mi, mon anarchiste Bellegarriguien préféré, lui, vient du Doubs.  

Et le dernier que j’ai connu : Gustav Landauer !

Qui était Gustav Landauer ? Gustav Landauer  était un philosophe et un socialiste libertaire selon ses dires. Il fut assassiné en mai 1919 lors de la répression de la République des conseils de Bavière.

Pour mieux le connaître, je lirai bientôt l’indispensable Communauté et révolution chez Gustav Landauer d’Anatole Lucet !

Mais en attendant, revenons sur la découverte lors d’une balade à Bordeaux  avec le camarade Jean Pierre, plus connu sous son appellation clandestine : le Lider Maximo de la Txapela Taldea

Il m’avait emmené dans son lieu préféré de sa période bordelaise, la librairie La Machine à lire.

Et après quelques sauts dans le temps, Jean Pierre m’avait porté l’Appel au socialisme enfin réédité  lors d’une autre randonnée sur les bords du lac d'Aureilhan (Landes) lorsque nous avions la jubilación presque voisine !

Gustav Landauer pensait que le socialisme devait être vécu pour être inventé. Il fut commissaire du Peuple à l'éducation lors de l’éphémère République des Conseils de Bavière. Putain ! Un anarchiste, juif de surcroît, à l'éducation, mais ou va-t’en ?

Autant le flinguer pour arrêter ça tout de suite. Où irait le système capitaliste mercantile si on laissait vivre ces rêveurs ?

Horrible, c'est ainsi que la connerie s’apprenait vite et qu'elle continue à se déverser ! 

Je le redis : il devint en avril 1919, responsable ou ministre de la culture de la République des Conseils de Bavière. Il sera assassiné par l’Armée le 2 mai 1919. Classique ! Or, on l’a assassiné, à la militaire proprement, il est abattu par des soldats envoyés de Berlin. Un officier courageux en diable le frappe au visage, les soldats crient pendant ce temps : « Le provocateur, il faut le tuer, abattons-le ! ». Ces autres grands courageux lui tirent dans le dos et ils l’achèvent à coup de pied. Landauer est assassiné ! 

L'utopie flinguée, c'est un classique des dictateurs, petits ou grands chefs des horribles totalitarismes militarisés que les deux derniers siècles ont connus. Mais je ne vais pas perdre mon temps à critiquer les inepties des augures totalitaires noirs ou rouges, le conditionnement de l'éducation est une constante de tous ces systèmes autoritaire.  

Alors pour se remettre de ces chocs, nous avions été boire un Entre-deux-mers aux Halles de Bacalan avant de revenir en ville s'estanquer dans le restaurant fétiche de Jean-Pierre. 

Alors merci Reclus, Kropotkine, Landauer, vous m’avez remis la tête à l’endroit et merci à vous tous avec qui j’ai eu la chance d’explorer la Tout-Monde, vous étiez d’incroyables Intermittents de l’Harmonisme Reclusien.

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